Cyanure et pesticide : Risque imminent d’un empoisonnement national

Publié le lundi 23 juillet 2012

Par Newton Ahmed Barry

 

Alors que la saison des pluies s’installe difficilement sur notre pays, dans les campagnes un péril se fait jour. L’utilisation non encadrée des herbicides. De plus en plus les paysans commencent à en faire usage. Deux choses l’expliquent. Les coûts relativement faibles de ces pesticides, quelques produits coûtent moins de 5000 f cfa (les plus mauvais, surtout) et de plus en plus l’absence de la main d’œuvre. Cette année particulièrement, la main d’œuvre agricole est introuvable à cause des mines d’or et de la reprise en Côte d’Ivoire.

 

L’utilisation des herbicides prend ainsi de l’ampleur, dans un environnement non encadré. Il y a une loi sur les pesticides, mais elle n’est pas appliquée. Les paysans, de toute façon, n’en savent rien. Dans les campagnes, c’est par mimétisme que les choses se font. Le voisin a fait on a vu, on fait aussi. C’est ainsi que dans de nombreux champs, sans aucune précaution, les paysans utilisent les pesticides sur des espaces ouverts et sans la moindre mesure d’auto protection.

 

Les conséquences sont graves, pour les utilisateurs, pour la nature (la qualité douteuse des produits) et pour les animaux. Les produits utilisés dans des espaces ouverts sont dangereux pour les animaux, qui viennent brouter dans les environs. Il y a de nombreuses morts inexpliquées d’animaux, dans les villages. En l’absence de contrôle vétérinaire de la viande, ces animaux morts sont consommés par les populations, avec les risques graves d’empoisonnement général. On ne peut pas arrêter le progrès. Les gens ont découvert les herbicides, il va être impossible de les interdire. Par contre, l’Etat peut et doit encadrer leur utilisation. C’est une question de santé publique. Surtout que l’analphabétisme aidant, les paysans n’ont pas conscience de la nocivité des produits qu’ils utilisent.

Le deuxième péril, c’est l’utilisation du cyanure. Les sites d’orpaillage poussent partout sur le territoire national. Les orpailleurs ne sont pas encadrés et suffisamment informés des risques.

Les sites d’orpaillages, sont des zones de non droit et de toutes les déliquescences. Jusque là, l’Etat ne s’en est pas trop préoccupé. Avec l’utilisation presque systématique du cyanure dans les procédés d’extraction de l’or, il est urgent que l’Etat intervienne.

 

Avec la présente saison des pluies, les ruissèlements devraient entrainer ces produits dans les cours d’eau. Il est inutile de se représenter la catastrophe qui se profile. Catastrophe pour tout le monde, les hommes, les animaux et la nature. C’est là encore une question de santé publique et d’atteinte à l‘environnement. 

 

Ces sujets de préoccupation ne peuvent hélas pas attendre. Si on ne fait rien pour mieux encadrer l’utilisation des pesticides, notamment les herbicides, et le cyanure, alors il faut s’attendre, et le mot n’est pas exagéré, à une catastrophe sanitaire et humanitaire sans précédent.

 

Il faut se représenter les nombreux sites d’orpaillage du pays. Sur l’ensemble de ces sites, le cyanure est utilisé, sans réglementation. Il en est de même pour les herbicides. Dès que les paysans sèment, ils sont répandus directement sur le labour nu. Comme les produits sont dans une grande proportion des produits de contrebande, les sols sont contaminés ainsi que les cours d’eau les plus proches. Les utilisateurs eux-mêmes ne s’en protègent pas.

 

C’est en ce moment qu’il faut faire prévaloir la nécessité de l’encadrement des services de l’agriculture. Ne pas le faire est presque criminel, tellement le danger est réel et imminent. Les produits sont répandus dans les zones rurales, mais les conséquences n’y seront pas circonscrites. Quand on mange une brochette aujourd’hui dans nos villes, il faut se demander si l’animal n’a pas brouté de l’herbe empoisonnée . S’il n’en est même pas mort ?

C’est extrêmement sérieux.


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