ACCAPAREMENTS DE TERRES RURALES : les « terres mal acquises » débattues à léo

Publié le samedi 3 mars 2012

La problématique de
l’accaparement des terres
rurales se pose avec acuité
dans plusieurs pays africains.
Les « nouveaux riches » sont
friands de terres. Ils écument les
campagnes et se rabattent sur les
réserves villageoises. Le Service
néerlandais pour le développement
(SNV) et ses partenaires ont mené une
étude sur les pratiques des « agro
investisseurs » dans cinq pays de
l’Afrique de l’Ouest, à savoir le
Burkina Faso, le Mali, le Niger, le
Bénin et la Guinée Bissau. Dans
chaque pays, deux sites ont été
identifiés pour l’étude. Au Burkina, ce
sont les communes de Niangoloko dans
la Comoé et Bieha dans la Sissili qui
ont été retenues. La restitution de
l’étude a eu lieu à Léo, chef-lieu de la
province de la Sissili le 17 janvier
dernier. Les données récoltées dans les
différents pays mettent en évidence des
caractéristiques communes. D’abord,
sur l’origine et le statut des
« accapareurs », terme cher au ROPPA,
il se dégage que ce sont en majorité des
nationaux venant des villes (55%) et
occupant des postes dans l’appareil
d’Etat. Ensuite ce sont les zones péri
urbaines les endroits les plus convoités.
Elles sont d’accès facile, moins de 2h
des grandes villes. L’exemple type,
c’est Bougoum dans le département de
Kollo. Ce village est situé à moins de
15km de la ville de Niamey. Il est
traversé par l’axe routier Niamey-
Burkina Faso. C’est un bassin
important pour le fleuve Niger. C’est
un terrain de 25 000 ha exploités par les
éleveurs (couloir de passage, aire de
pâturage) et les exploitants de bois de
chauffe. Depuis les années 2000, il est
convoité par d’autres acteurs, les nantis
de Niamey. Ainsi, plus de 10 000 ha
ont été déjà pris. Ils sont répartis entre
cinq individus : 4500 ha pour un
député, 5000 ha pour deux opérateurs
économiques, 50 ha pour un cadre du
ministère des Affaires étrangères et le
reste à une femme député. Au Mali, ce
sont les terres de l’office du Niger qui
sont en ligne de mire des « nouveaux
acteurs ». Selon les organisations
paysannes représentées à l’atelier, les
« prétendus agrobusiness men »
occupent 700 000 ha dont 100 000 ha
cédés à un des fils de Kadhafi. Elles ont
écrit au gouvernement malien et au
Conseil national de la transition (CNT)
libyen pour demander la restitution des
terres. Pour le moment, ces
organisations paysannes n’ont reçu
aucune réponse. D’autres démarches
sont entreprises pour lutter contre la
« dépossession » des terres. Ainsi un
comité de 33 chefs de village a été
formé pour défendre les intérêts des
paysans. Ils sont soutenus et
« surveillés » par des organisations de
la société civile. Leurs actions aurait
permis de freiner l’accaparement des
terres et de libérer les personnes
arrêtées lors des manifestations contre
les agrobusiness men. Les candidats à
l’élection présidentielle d’avril
prochain ont été approchés et certains
ont même pris des engagements écrits
de procéder à la rétrocession des terres
en cas de victoire. Au Burkina, le maire
de la commune de Bihia est loin de la
démarche malienne. Dans sa
commune, ce sont les « hauts placés »
appartenant souvent à son parti
politique qui mènent le bal des
accaparements. Ses actions pour
freiner la course à la terre se heurtent
aux interventions des « gourous », mais
aussi à l’incompréhension de certains
paysans qui s’adonnent à la vente des
terres. Au regard de cette situation
critique, la Fédération Nian Zoan
(FNZ), co-organisatrice de l’atelier de
restitution de l’étude, appuie les
femmes da,s leur union pour acquérir
ce qu’on appelle les « parcs de karité ».
Ce sont des réserves négociées auprès
des communautés pour les femmes.
Elles sont délimitées et protégées
contre toute exploitation en dehors de
la collecte des noix de karité. Il y en a
une quarantaine dans la province de la
Sissili et le processus de délimitation
va se poursuivre dans toutes les
communes de la région du Centre-
Ouest, selon le plan d’action de la
FNZ. Pour les participants, il est grand
temps de passer à l’action. C’est
pourquoi les pouvoirs publics sont
fortement interpellés pour que non
seulement les lois soient appliquées (là
où elles existent), mais aussi que les
terres mal acquises soient retirées.

Par Idrissa Barry


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