Palabre infinie sur les rives du Djoliba

Publié le lundi 23 juillet 2012

Par Germain B. Nama

Ce qui se passe sur les rives du fleuve Djoliba nous convainc de plus en plus que la démocratie malienne pourrait n’avoir été qu’un mirage. Qu’une classe dirigeante soit haïe par une partie du peuple au point que celle-ci se refuse à accepter un compromis historique rendu nécessaire par les circonstances exceptionnelles que traverse le pays, donne à réfléchir sur l’état de la démocratie malienne.

 

La démocratie suppose avant tout l’acceptation des valeurs de tolérance. Tolérance des différences ethniques et religieuses et tolérance aussi des idées. Or ce que révèle cette crise malienne, c’est la difficulté de coexistence entre compatriotes pour des raisons religieuses et/ou politiques. Ce qui se passe à Tombouctou, à Gao ou à Kidal n’est pas si différent du spectacle que nous offrent les politiciens de Bamako.

 

Si les uns usent du terrorisme pour imposer la charia, les autres se prévalent de la force des baïonnettes pour pratiquer l’exclusion et imposer leur vision unilatérale de sortie de crise. Et dans cette cabale de misère, la tolérance est la chose la moins bien partagée. La ligne de fracture, qui divise actuellement les maliens, risque de les conduire droit au mur s’ils ne regardent pas avec lucidité l’avenir de leur pays.

 

Quand un pays est en proie à une sécession amenée par des forces hétéroclites et obscures dont les slogans et les pratiques sont une menace réelle pour ce que l’on a de plus cher, à savoir les libertés fondamentales et les droits humains élémentaires, il n’y a plus lieu de tergiverser. Le seul combat qui vaille est celui de la liberté et de l’unité du pays. Dieu merci, autour de cet impératif, il existe une coalition nationale, régionale et internationale large. Seuls bloquent les intérêts politiciens partisans.

 

Tous ces intérêts sont légitimes et loin de nous l’idée de les sous-estimer. Le Mali appartient à tous les maliens. Il est donc opportun de s’engager dans la voie d’un consensus national fort, d’autant plus fort qu’il ne laissera personne en rade. Cela est important pour relever le pari de la reconquête de l’unité territoriale mais aussi celle de l’unité des maliens. Est-il si difficile de mettre au rencart les divergences politiques mêmes profondes, le temps d’affronter les graves périls qui menacent au Nord ? Sans doute le minimum de cohésion nationale appelle des remises en cause, voire des bouleversements susceptibles de perturber les équilibres politiques traditionnels. C’est peut-être cela le compromis nécessaire pour sauver le Mali. Il revient donc aux maliens de prendre le sort de leur pays en main. S’ils présentent une solution viable, il sera difficile de leur refuser le soutien indispensable des pays de la sous région qui sont tout aussi exposés à la même menace terroriste. Le temps joue contre le Mali. Il y a un temps pour parler et un temps pour agir. La palabre africaine qui procède de la conscience d’un temps indéfini et sans limite ne peut que conduire à des lendemains qui déchantent.

 

Certes la pression qui s’exerce sur le Mali est extrêmement pesante. Elle irrite et agace le sentiment nationaliste de certains maliens. Mais ces derniers doivent comprendre qu’il y va du sort des pays de la sous région. Et c’est bien parce qu’il existe cette solidarité sous-régionale que les djihadistes n’ont pas poussé leur avantage jusqu’à Bamako. Ils n’affichent pas moins leur ambition, de mettre un jour tout le Mali sous charia. Le temps est donc venu d’aller de l’avant. Les tergiversations bamakoises qui n’en finissent pas de durer risquent d’échauder l’opinion africaine qui ne comprend pas que des considérations politiques locales menacent de plonger la région dans une insécurité durable !

 


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