PROJET DE CIMENTERIE à NOUMOUNDARA : l’argent de Diamond Ciment divise

Publié le samedi 3 mars 2012

La société Diamond Ciment veut
installer une usine dans les environs
de Bobo-Dioulasso pour faciliter son
approvisionnement dans les régions
Ouest et Sud-Ouest du pays. Le
village de Noumoundara dans la
commune de Peni (moins de 40 km
de Bobo) semble être le site idéal
selon les études réalisées par la
Sonabel et Sitarail, les partenaires
techniques de la société. Le site est
situé à moins de 100m des rails et de
la voie bitumée. La société n’aura
pas à faire des investissements
lourds pour l’embranchement.
Reste l’accord des propriétaires
terriens. Tout le monde n’est pas
« acquis » pour le moment. L’argent
(9 millions de CFA) distribué à
certains dans le village a réveillé des
appétits et révélé surtout la violation
de la procédure en matière
d’acquisition des terres en milieu
rural.

C’est le directeur
commercial de
Diamond Ciment,
Hyppolite Diendéré,
qui conduit les
« opérations » à Bobo-Dioulasso.
Depuis 2010, il prospecte un site pour
installer une usine de fabrication de
ciment dans cette région ouest du
Burkina Faso. Selon des études de
Sitarail et de la Sonabel, le meilleur
emplacement de l’usine serait le
village de Noumoundara, dans la
commune rurale de Peni. Le site
identifié est prêt des rails et de la voie
bitumée, 25km sur l’axe Bobo-
Banfora. Le promoteur Diamond
Ciment a effectué des relevés par GPS
du site qui ferait 31 hectares. Sur les
31 ha, 25 appartiennent à la famille du
doyen Khalifa Ouattara (qui possède
un verger sur place) et trois autres
familles (dont le chef du village) se
partagent le reste. Pour approcher les
propriétaires terriens, Diendéré est allé
voir son ami Karim Barro, maire de
l’arrondissement de Konsa. Ce dernier
connait un employé de
l’arrondissement qui est originaire du
village. C’est ce dernier qui les a
introduits auprès du chef de canton, du
chef du village et du président du
Conseil villageois pour le
développement (CVD). Ces trois
responsables du village sont d’accord
pour l’installation de l’usine. Mais il
reste à gagner l’adhésion de la famille
qui détient la plus grande superficie
sur le site, à savoir la famille de
Khalifa Ouattara. Dans la famille, ils
sont trois vieux. Khalifa, le doyen et
ses deux cousins Domba et Soungalo.
Les deux premiers cités vivent à Bobo-
Dioulasso. Au village, c’est Soungalo
qui fait office de doyen de la famille.
C’est à ce titre qu’il avait chassé le
maire Barro et les techniciens de la
Sonabel qui gambadaient dans ses
champs situés sur le site. Pour avoir
son accord, Diendéré et Barro sont
alors passés par son fils Soma qui est
le vice-président du CVD. Il faisait
partie des 15 personnes convoyées à
Zagtouli pour visiter l’usine de
Diamont Ciment. Cette visite avait
deux objectifs : les convaincre de
l’utilité de l’usine qui créerait
beaucoup d’emplois pour les jeunes et
les femmes et démentir les rumeurs sur
les « tonnes de poussière » que
dégagerait une telle usine et qui
seraient nocives pour les riverains.
Selon d’autres sources, c’est lors de
cette visite que le fils de Soungalo a
reçu près de 6 millions de F CFA pour
son papa en contre partie des 25 ha.
C’est depuis ce temps que ce dernier a
revu sa position sur le projet. Le chef
du village et les deux autres familles
ont reçu également leur part, ce qui
ferait en tout 9 450 000 F CFA. Pour
Hypolitte Diendéré, ce n’est pas un
achat, mais un don pour permettre aux
propriétaires d’acquérir d’autres
champs et d’acheter des engrais.
L’acte de cession « à titre gratuit » a
été signé entre les parties devant un
notaire le 10 novembre dernier. Mais
les deux vieux, Khalifa et Domba ne
sont pas d’accord pour la cession de
leurs terres, les 25ha. Ils disent que ni
Soungalo encore moins son fils ne sont
habilités à céder les terres. Ils sont
soutenus par l’Association de
développement Tiefo Amoro. Elle a
tenté de « raisonner » le promoteur et
ses « démarcheurs » en vain. Ils se
seraient entêtés, forts de leur position
et de l’appui des responsables locaux
du village. Les différentes rencontres
initiées par l’association et le
gouverneur de la région n’ont pas
permis d’aplanir les désaccords entre
les parties. Dans le village, il s’est
formé en effet deux camps. Le premier
est celui des responsables coutumiers,
de Soungalo et de son fils. Ce camp a
l’adhésion des jeunes à qui on a fait
miroiter des emplois si le projet voyait
le jour. L’autre camp est composé des
deux vieux basés à Bobo et soutenus
par l’association Tiefo Amoro. Ces
derniers ne sont pas contre le projet,
mais contestent la procédure suivie par
le promoteur. Pour eux, il faut
respecter la tradition en matière
d’acquisition des terres dans les
villages. C’est le doyen de la famille
qui est habilité à négocier en la matière
et non le cadet. En outre, le chef de
village n’a pas autorité pour
« exproprier » une famille, les terres
étant gérées à l’intérieur des lignages.
L’accord du chef n’engage pas
forcément les familles. Dans le cas-ci,
Diamond Ciment a traité avec un cadet
(Soungalo) en lieu et place du doyen
(Khalifa). Elle s’appuie fortement sur
les chefs au détriment des familles.
Cette stratégie « pyramidale » a montré
ses limites.
Sur le plan de la loi moderne, il y a
également entorse. L’acte notarié
brandi par la société Diamond Ciment
ne serait pas valable. La loi 034
portant régime foncier rural ne prévoit
nulle part un tel document. Elle parle
plutôt d’attestation de possession
foncière. C’est la commune qui est
habilitée à délivrer cette attestation à la
demande du ou des propriétaire (s).
C’est avec cette pièce que toute
transaction ou cession peut se faire.
Dans le décret d’application de la loi,
il est en outre stipulé que toute
transaction qui concerne plus de 10ha
doit faire l’objet d’une délibération du
conseil municipal. Rien de tout cela
n’aurait été respecté dans ce cas-ci.
L’acte notarié produit par la société est
contesté par les doyens Khalifa et
Domba. Ils ont assigné Diamond
ciment en justice pour demander
l’annulation de l’acte. Pour ne pas
exacerber les tensions dans le village,
le promoteur aurait mieux fait de se
conformer aux règles établies, surtout
que personne ne s’oppose réellement à
l’installation de l’usine dans le village.
Aux dernières nouvelles, cette
approche serait privilégiée du côté du
promoteur. Une rencontre serait même
prévue entre les doyens de la famille
Ouattara et le représentant de
Diamond ciment.


Commenter l'article (3)