Education : Université de Ouagadougou Quand commence l’année universitaire ?

Publié le jeudi 19 juillet 2012

A proprement parlé, c’est la roue libre à l’université de Ouagadougou. Personne ne sait plus exactement à quoi correspond encore une année universitaire. Les dates ne sont plus connues, les retards s’accumulent et les promotions de première année se chevauchent. A l’UFR/LAC deux promotions sont actuellement en première année. Avec les bacheliers de la session qui a commencé le 21 juin dernier, elles seront trois à se retrouver en première année. Comment a-t-on pu en arriver là ? L’impression c’est que personne ne veut plus vraiment s’y intéresser. Le gouvernement fait l’autruche, l’ANEB est quelque peu émoussée et les parents d’étudiants s’y tiennent à distance. Les instances de l’université se démènent dans une crise qui au fond, n’est pas de leur ressort. Elles peuvent trouver des solutions techniques, or il en faut plus pour soigner l’enlisement actuel de l’université de Ouagadougou. Quand le gouvernement décidera t-il de prendre ses responsabilités et arrêter la course folle de cette roue libre ? Une université en retard de deux années académiques, y a pas d’autres mots, c’est la perdition.

Nous avons décidé de consacrer plusieurs éditions à ce sujet.

 


 

Le chevauchement des promotions conduit à l’impasse

L’administration de l’UFR/LAC se fait des soucis devant l’entassement des promotions dans l’UFR.

Le 21 juin a débuté l’examen du bacalauréat session 2012. Ils sont 49 492 candidats cette année.

Au niveau des universités publiques du Burkina qui accueilliront la majorité de ces nouveaux bacheliers, c’est un nouveau casse-tête qui se prépare. L’université de Ouagadougou plus particulièrement a du mal à se faire avec ses effectifs et ses cumules de promotions. Les bacheliers de la session de 2011 viennent à peine d’effectuer leur rentrée académique 2011-2012. C’est un record jamais réalisé en matière de retard à l’Université. Pour prendre la juste mesure du retard qui menace notre système universitaire, nous sommes allés à l’UFR/LAC en ce mois de juin.

 

La rentrée académique 2011-2012 n’est pas encore totale à l’Unité de Formation et de Recherche en Lettres, Arts et Communication (UFR/LAC). C’est le constat que nous avons fait en nous y rendant le 15 juin. Etudiants, syndicats d’étudiants et responsables de l’UFR sont unanimes sur le fait. C’est un retard jamais égalé au niveau de cette UFR. Sur les trois dernières années, le retard s’est accentué. Illustration : Ousmane Belem, le Délégué Général de l’Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB de l’UFR/LAC), nous explique le retard à partir de son cas personnel. C’est à la rentrée 2009-2010 qu’il est arrivé à l’Université. Inscrit en première année de Lettres Modernes, cette année-là, sa promotion avait fait la rentrée académique dans le mois de mars.

L’année qui a suivi (2010-2011), il était en deuxième année et sa rentrée a eu lieu en avril soit un mois de retard par rapport à l’année qui précédait. Pour sa troisième année de Lettres Modernes, il vient d’effectuer sa rentrée 2011-2012 ce mois de juin. Comparativement aux années antérieures, le retard s’est creusé de deux mois. Ce fossé de retard qui ne cesse de s’étendre vaut pour toute l’UFR/LAC, voire pour toute l’université. Le Directeur Adjoint de l’UFR/LAC, le Pr. Yves Dakuyo qui est responsable de la programmation des cours dans son UFR nous confirme l’accentuation du retard. Sur les huit départements que compte l’UFR, ce sont le département de Communication et Journalisme et celui des études germaniques, qui ont pu effectuer leur rentrée plus tôt, c’est-à-dire dans le mois d’avril. Mais même eux (ces heureux borgnes aux pays des aveugles) accusent un retard de 7 mois par rapport à une année normale dont la rentrée se fait en octobre. Dans une année universitaire normale, le mois de juin correspond aux évaluations de la première session. Les mois de juillet et août sont consacrés aux vacances et les résultats de la première session sont publiés en septembre, suivis de la composition de la session de rattrapage encore appelée deuxième session ou session de septembre. Hélas ! Au moment où les étudiants devraient être en examen de la première session de 2011-2012, bon nombre attendaient les résultats de l’examen de la deuxième session de 2010-2011. Telle est la situation à l’Université de Ouagadougou.

 

Une accumulation d’années blanches non décrétées

 

Le cas des « anciens nouveaux bacheliers » est symptomatique d’une université durablement installée dans les retards. Ceux qui viennent d’effectuer leur entrée en première année le 4 juin passé, sont ceux-là qui ont obtenu leur BAC en juin 2011. Leurs dossiers d’admission à l’université avaient été déposés en octobre 2011. Il leur a fallu attendre une année (de juin à juin) avant que les amphithéâtres ne s’ouvrent à eux. Pour ces étudiants, ils ont perdu une année à attendre et une année perdue équivaut à une année blanche. Ces retards ont créé un imbroglio en Science et Technique (c’est la nouvelle appellation, version LMD, des l’UFR/SEA et SVT fusionnées). Dans ce domaine d’étude (puisque en LMD l’appellation UFR est remplacée par domaine), il y a deux premières années en ce moment. Il y a d’une part, la première année des bacheliers de 2010 qui sont en train de terminer le deuxième semestre de l’année 2010-2011 et d’autre part, la première année des bacheliers de 2011 qui viennent de faire leur rentrée 2011-2012 le 4 juin dernier. Ce télescopage fait dire aux étudiants que le Système Licence Master Doctorat (LMD) entrainera davantage de retard à l’Université. Selon Rodrigue Tagnan, étudiant en 4ème année de Communication et Journalisme et Délégué général adjoint élu des étudiants de l’UFR/LAC, les promotions qui accusent le plus de retard sont celles qui sont entrées dans le système LMD. Son propos est soutenu par le délégué général de la corporation ANEB de l’UFR.

Ces retards s’expliqueraient par le fait que dans le système LMD, l’année est divisée en deux semestres et chaque semestre comprend deux sessions dont un premier examen et un deuxième examen de rattrapage. Deux sessions par semestre, cela reviendrait à quatre sessions dans l’année au lieu de deux sessions habituellement. A cela il faut ajouter le temps qui est accordé aux étudiants après chaque session pour déposer leurs réclamations avant que les procès-verbaux (les résultats) définitifs ne soient affichés. En général, le temps qui sépare les résultats provisoires des résultats définitifs compte beaucoup dans le retard parce qu’avant les résultats définitifs, les étudiants refusent d’entamer les activités académiques suivantes. C’est exactement le problème qui se posait à l’UFR/LAC lors de notre passage. En effet, certains professeurs avaient commencé leurs cours en 2ème année de Linguistique (pour la rentrée 2011-2012) alors que les résultats définitifs de la 1ème année (année académique 2010-2011) n’étaient pas encore disponibles. Cette situation met dans l’embarras certains étudiants de 1re année qui ne savent pas s’ils passeront en 2ème année ou s’ils reprendront leur année. Certains profs avaient commencé leurs cours depuis mi-mai avant même les évaluations du deuxième semestre de la première année. Sur intervention de la corporation ANEB de l’UFR/LAC, les professeurs ont dû suspendre leur cours mais cela ne s’est pas passé sans altercation. Il a fallu l’intervention de l’administration pour suspendre les cours en attendant tous les résultats de cette première promotion.

 

L’Université fait face à une surpopulation.

 

L’université de Ouagadougou n’arrive plus à contenir ses effectifs. Le ratio nombre d’étudiants par nombre de places disponibles au campus laisse voir un surnombre ingérable. Les infrastructures sont insuffisantes et les capacités d’accueil des amphis existants sont dépassées par les effectifs des promotions. Au cours de l’année 2010-2011 qui s’achève, le plus grand amphi mis à la disposition de l’UFR/LAC avait une capacité de 800 places. Les promotions de premières années de Lettres Modernes (LM) ou d’anglais ont chacune 1200 étudiants environ. La promotion de LM 4 qui atteint 400 étudiants est souvent programmée dans la salle 501 qui ne peut contenir plus de 120 étudiants. Voilà une raison suffisante pour rendre les cours non obligatoires à l’Université de Ouagadougou.

D’après le Directeur adjoint de LAC, cette année, la présidence de l’Université a affecté à son UFR, un amphi de 1000 places en remplacement de celui des 800. Cela fait un gain de 200 places mais l’équation n’est pas résolue. Par ailleurs, 200 places gagnées en LAC correspondraient à 200 places perdues dans une autre UFR parce que ces grands amphis sont affectés de manière tournante entre les différentes UFR. C’est aussi une façon de faire tourner le calvaire. Selon les étudiants, le manque d’infrastructures est la cause la plus plausible pour expliquer le retard. En effet, quand il s’agit des cours, les promotions peuvent être programmées dans des salles ou amphis sans tenir compte de leurs capacités d’accueil. Mais lorsqu’il s’agit d’une évaluation, la tâche est plus complexe pour le Directeur adjoint de l’UFR.

La programmation d’un devoir entraine de facto la suspension des cours dans deux à trois promotions pour bénéficier de plus de salles et permettre de donner une place assise à chaque étudiant. Le manque de salles occasionne le report massif des cours ou des évaluations parce que plusieurs promotions se retrouvent programmées aux mêmes heures dans une même salle. Le Pr. Yves Dakyuo soutient que le véritable problème de l’UO c’est sa « surpopulation ».

L’Université de Ouagadougou a atteint ses limites et le Directeur adjoint de l’UFR/LAC pense que « l’heure des grandes universités est révolue ».

Il soutient que si l’Université disposait, comme au lycée, d’une salle de classe pour chaque promotion elle ne connaitrait pas le niveau de retard d’aujourd’hui. Le manque d’infrastructures est donc le nœud gordien de cette université publique. Le gouvernement a décidé de la construction de deux amphis cette année mais on attend toujours le démarrage des travaux. Alors que ces infrastructures sont très attendues pour la rentrée 2012-2013, les délégués ANEB avertissent que « ces amphis sont dépassés avant même d’être construites ».

Par Boukari Ouoba


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