Fada : L’enrôlement biométrique attire

Publié le mercredi 11 juillet 2012

Au secteur 7 de Fada, le centre d’enrôlement est pris d’assaut. A la veille de l’arrêt de l’opération, (nous sommes passés le 14 juin), l’opérateur Maïga et son aide Ouali ne chôment pas. Il n’y a pas une foule immense sur les lieux, parce qu’ils ont trouvé un moyen astucieux de ne pas faire perdre trop de temps aux gens. Avec le système des numéros, chacun gère son temps et revient au moment opportun. Vers 11 heures, au moment de notre passage, pour la seule matinée, plus de 80 personnes s’étaient déjà fait enrôler. Environ une cinquantaine avec des numéros, sont repartis , attendant leur tour pour revenir. Le centre est particulièrement animé. Il n’est pas loin des grandes écoles de Fada, sur la sortie route de Ouaga. Une joyeuse bande d’étudiantes de l’école nationale du génie, attendent, avec leur papillon, assises sur leur moto. Pour la plupart, c’est la première fois qu’elles s’inscrivent sur une liste électorale. Elles sont impatientes de passer pour obtenir cette fameuse carte, dont la beauté sur les panneaux d’affiche, les a subjuguées littéralement. Elles pensent, qu’il y a un « ken » à faire avec ça. Dans le langage « jeune branché » Ken, veut dire « deal ». Lequel ? « Pour un petit job, au moment des scrutins par exemple » répond, Amélie. Ce n’est donc pas, à proprement parler, dans l’intention de voter, qu’elles sont là. Mais peu importe. La biométrie exerce son attrait et les chiffres sont nettement meilleurs que pendant la présidentielle de 2010.

Ce seul centre a enrôlé plus de 2000 personnes et généré cinq bureaux de vote. Mais si les demoiselles, futurs ingénieurs du génie, sont impatientes de voir à quoi va ressembler leurs jolis minois sur les cartes, d’autres sont là, avec des opinions bien campées. Batouré, la trentaine, illettré, vient de passer l’enrôlement et tient délicatement sa carte. Le nom inscrit est « CONGO », une erreur, qu’il ignore. Avec sa carte, il compte voter pour son « parent », puisque c’est ce que « tout le monde fait maintenant ». Honte à qui mal y pense ! L’opérateur a fait une erreur en introduisant le numéro de sa CNIB générant une carte d’électeur avec le nom d’un « CONGO ». Tout à sa joie, Batouré, s’en retournait avec une carte portant sa photo, mais avec l’identité d’un autre. Un « vote » à priori perdu pour son éventuel parent candidat, si le hasard n’avait pas mis un journaliste sur son chemin. L’erreur sera réparée et Batouré s’en ira avec une carte valide. Combien de personnes détiennent ainsi des cartes inutilisables ? Sans doute, un bon nombre. Les opérateurs travaillant dans des conditions et un environnement peu propice ont dû commettre de nombreuses erreurs de ce genre. Très souvent, la trop forte luminosité ambiante, l’opération se déroule à l’ombre des arbres, ne permet pas de bien lire sur l’écran d’ordinateur. Parfois aussi les opérateurs sont distraits et n’appliquent pas rigoureusement les consignes. Selon les prescriptions, il faut lire à haute voix, le nom qui s’affiche et obtenir l’acquiescement de l’intéressé avant de valider l’inscription. Ce que certains ne font pas toujours.

Le hasard a sauvé Batouré. Nos demoiselles, par contre, sont reparties déçues, elles n’ont pas aimé les cartes d’électeurs, trop légères et pas exactement comme présentées sur les panneaux publicitaires de la CENI.

 

La biométrie attire vraiment

 

Peu de gens rencontrées ont vu ou entendu l’opération communication, à plus de 500 millions francs cfa de l’agence EDIFICE. A Fada ville, ceux qui empruntent la nationale ont pu voir les rares panneaux de l’agence. Par contre, personne n’a vu les ambassadeurs et les crieurs publics qui devaient faire de la sensibilisation pour inciter les populations à aller s’inscrire. La grande caravane de sensibilisation s’est produite sur la Place de la mairie. « J’ai vu une animation sur la Place de la mairie. C’est après que j’ai su que c’était la caravane d’information de l’agence de communication de la CENI » confie, Baapouguini Julien Lompo, président de la CEPI N’Gourma.

 A Boudangou, un gros village d’un millier d’âmes, à une vingtaine de kilomètres de Fada, sur la route de Bilanga, le centre d’enrôlement est vide. L’opératrice et son aide s’ennuient dans la petite salle d’un bâtiment en friche au milieu du village. Elles ont enrôlé 284 personnes (dans l’après midi du 14 juin) sur un potentiel à recenser d’environ 347 personnes. « C’est la curiosité pour la technologie qui a attiré les gens. Avec la photo sur la carte ça motive les gens. Le conseiller communal qui n’habite pas le village est passé faire le porte à porte pour sensibiliser les gens. Il a été le seul à le faire ». témoigne l’opératrice du Kit. Avez-vous aperçu les ambassadeurs de la CENI ? « On n’a vu personne » répondent presqu’en chœur les deux opératrices. De quelques minutes, nous y avait devancé une animatrice du Réseau ouest africain des jeunes leaders des nations unies (ROJALNU-OMD/BF).

Son association a entrepris, à 48 heures de la fin de l’opération de l’enrôlement, de sensibiliser les jeunes à s’inscrire. Mais vraisemblablement elle n’avait pas prévenu de son arrivée. Elle n’a eu donc personne pour l’écouter.

14h30, nous arrivons à Yamba, une commune rurale à quelques 30 kilomètres de Fada. Au chef lieu, il y a deux centres d’enrôlement. Le premier, sur la place de l’école primaire, tenu par Aminata Traoré n’est pas opérationnel. Son groupe électrogène est en panne. Mais elle a déjà enrôlé plus de 330 personnes. Le lendemain, dernier jour de l’opération, coïncide avec le jour de marché. « il devrait y avoir de l’affluence » nous assure l’opératrice qui pense atteindre le nombre de 372 inscrits sur un potentiel de 460 électeurs. Le deuxième centre est logé dans les locaux de la préfecture. Il est aussi tenu par une femme, Aminata Ouédraogo, maîtrise en droit, et mécanicienne aussi, doit régulièrement nettoyer la petite bougie du groupe pour le maintenir en marche. Elle a inscrit près de 400 personnes. La grosse commune de Yamba, avec ses 43 villages compte environ 10 000 habitants. Le 14 juin, sur l’ensemble de la commune 5732 personnes s’étaient fait enrôler.

 

L’absence de papiers limite les enrôlements

 

Dans le village de Dircomba, habité par les éleveurs peulhs, un des villages de la commune de Yamba, seulement 19 personnes ont été enrôlés. « Ils n’ont pas de papier. Surtout les femmes » se désole l’opératrice. Le constat est qu’on aurait pu inscrire d’avantage, si l’opération d’établissement des jugements supplétifs avait été efficiente. « Quand vous sortez sur le terrain, c’est choquant de voir des gens qui veulent s’inscrire et n’ont pas de papiers » s’insurge Lompo Alassane, superviseur de ROJALNU-OMD. C’est pourquoi, explique t-il son Réseau a pris une initiative avec la commune de Fada de recruter 10 jeunes volontaires pour aider le service de l’Etat Civil, tenu par un seul agent. Cette initiative aurait permis d’améliorer la délivrance des jugements supplétifs. Le ROJALNU pense qu’une telle initiative pourrait-être généralisée aux autres zones, qui vont accueillir l’enrôlement dans les mois à venir, en mettant à profit le Programme spécial de création des emplois (PSCE) du ministère de la Jeunesse. Ce serait, en tout cas, idiot de ne pas exploiter toutes les opportunités pour maximiser l’enrôlement qui coûtera à la fin de l’opération pas moins de 15 milliards de francs cfa au contribuable. 

 

Résultats somme toute encourageants

 

Sur l’ensemble des centres d’enrôlement, les inscriptions ont été plus qu’honorables. Dans les cinq provinces de la région de l’Est, les inscriptions ont été triplées. Le potentiel était de 580 654 électeurs. Plus 310 000 ont été enrôlés. Vu les conditions dans lesquelles l’opération a démarré, avec une sensibilisation à minima, les premiers résultats sont franchement bons. Reste aussi la qualité des Kits et des groupes électrogènes. Dans beaucoup de centres, l’opération a été ralentie par les problèmes avec les prises d’empreintes. Visiblement, le matériel n’était pas prévu pour les doigts paysans. Il y a eu beaucoup de difficultés pour capter les empreintes. Aminata Traoré, à Yamba, a pu contourner la difficulté en demandant aux gens de se mouiller les mains avant. « Quand les gens se mouillaient les mains, la captation était plus facile. Il fallait maintenant savoir le leur demander sans les frustrer ». Autres difficultés, les groupes électrogènes. Il faut espérer que Gemalto, les a en stock suffisamment, parce que beaucoup ne tiendront pas, au regard de ce que nous avons vu à Yamba préfecture.

 

L’enrôlement continue !

 Après cette première sortie des opérateurs de kits pour l’enrôlement dans la première zone qui a pris fin le 15 juin passé, les opérateurs de kits jetteront leur dévolu sur la zone II. Le début des opérations y est prévu pour le 23 juin (cela a déjà commencé). Les régions concernées sont la Boucle du Mouhoun, le Centre-Ouest et le Centre-Est où respectivement 1233, 881, 1114 kits sont déployés. Au total, 3228 kits serviront à l’opération dans les trois zones concernées par la présente phase.

 


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