Force devrait rester à la loi pour tous !

Publié le samedi 3 mars 2012

« Au
même moment, à
Bomboré V5, dans la
province du Ganzourgou, non
loin de Zorgho, une communauté
burkinabè est dans un désarroi
innommable depuis la nuit du 1er
décembre 2011. Les Peulhs de Bomboré
V5 (ils habitent le village depuis plus
de35 ans) sont chassés brutalement de
leur village par leur voisins mossi
(agriculteurs), en représailles à
une rixe qui a opposé un
jeune berger à un
agriculteur »

Le gouvernement a fait montre
d’une fermeté, qu’il ne nous
avait plus habitué, dans l’affaire
de Boussouma. L’affirmation de
l’autorité de l’Etat, surtout quand
elle s’appuie sur la loi, est toujours
rassurante pour le citoyen. N’y voyez pas
l’exaltation de ce que l’on nomme
abusivement « l’Etat fort ». L’Etat est
justement fort quand il agit strictement
dans le cadre de la loi et non quand il s’y
écarte.
A Boussouma, sans préjuger du fond de
l’affaire, on ne peut qu’acquiescer la
décision du gouvernement de faire
prévaloir la force de la loi. Car que
deviendrait notre pays, si chaque
mécontent d’une autorité publique se
mettait à vandaliser et à brûler ses biens ?
Invivable naturellement. Puisque dans
ce cas, nous serions dans une
république des « plus forts ».
Il était donc temps qu’on y
mette fin et les petits
malins qui s’adonnent à
ce jeu devraient le
payer. Il n’y a pas de
justification à l’atteinte
à l’intégrité physique
d’un autre citoyen et à
la destruction des biens
d’autrui.
L’Etat, à travers le ministre
de la Sécurité (MATDS) et du
représentant de celui de la Défense
sont allés le dire aux populations. Le
conseil des ministres qui a suivi cette
sortie a tenu à apporter son soutien au
maire et à rappeler que la force restera à la
loi.
Au même moment, à Bomboré V5, dans
la province du Ganzourgou, non loin de
Zorgho, une communauté burkinabè est
dans un désarroi innommable depuis la
nuit du 1er décembre 2011.
Les Peulhs de Bomboré V5 (ils habitent le
village depuis plus de 35 ans) sont chassés
brutalement de leur village par leurs
voisins mossis (agriculteurs), en
représailles à une rixe qui a opposé un
jeune berger à un agriculteur. Le constat
du dégât du champ n’a jamais été fait.
Personne ne s’en préoccupe de toute
façon. Les autorités locales n’ont pas
voulu s’en préoccuper. Informée dans la
nuit du 1er décembre, c’est le lendemain
qu’une escouade de gendarmes et de
policiers est arrivée sur les lieux. Les
victimes n’ont vu les forces de l’ordre que
bien tard dans la journée, vers 14 heures,
indiquent les témoins. Un petit tour et les
voilà repartis, en conseillant aux victimes
de déguerpir des lieux pour sauver leur
vie. Une semaine plus tard, deux
responsables des victimes sont convoqués
par le Haut Commissaire, en présence du
maire de Mogtédo, du conseiller du
village et d’un certain Pacéré Seydou,
tous représentants de la communauté
« adverse », pour entendre confirmer la
fatwa du déguerpissement. Le Haut
commissaire donne une semaine aux
Peuls pour qu’ils partent. Leurs
représentants désarçonnés, implorent
deux semaines. Finalement, le Haut
commissaire « magnanime » accède à la
supplique et accorde les deux semaines.
Une fois retournés, les Peulhs se hâtent
pour tenir le délai. Ils rassemblent le peu
de biens que les flammes ont épargné et
les voilà partis du village. Ils sont
actuellement à Gadeguin, un village
voisin. L’Etat à travers l’Action
sociale les y a rejoints avec
quelques tentes, des nattes,
des sacs de maïs et de riz.
Ce sont des Burkinabé
exilés dans leur propre
pays.
Le Haut commissaire
que nous avons joint
au téléphone (le 24
janvier au matin)
explique l’expulsion
comme une mesure
conservatoire, pour sauver
la vie des Peulhs. Il était au
moment de l’entretien, en attente
d’une réunion avec les Mossi pour leur
demander de laisser revenir les Peulhs.
C’est l’instruction qu’il aurait reçu du
gouverneur.
Que pense-t-on de tout cela ? Chacun s’en
fera sa propre opinion. Il semble
cependant que ces dérives sociales
indisposent tout le monde et en même
temps, personne ne veut réellement les
adresser. Le gouvernement n’en dit jamais
rien. Les associations de défense des
droits humains n’en parlent jamais, les
politiques encore moins. Aucun parti
politique n’a encore fait une déclaration
en rapport avec ces situations de conflits
intercommunautaires.
Il y a donc un problème quelque part.
Qu’est-ce qui ne va pas dans ce pays ? La
force ne peut-elle pas aussi rester à la loi,
quand de semblables situations se
produisent ? Le parquet de Ouagadougou,
dont relève Bombore V5, n’avait pas
ouvert d’information sur le problème.
Pas à notre connaissance en tout cas.
Il nous a été impossible de le vérifier
auprès du parquet.


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