Les Burkinabé ont-ils raison d’avoir peur ?

Publié le mardi 10 juillet 2012

Par Germain B. Nama

 

Il y a comme une angoisse qui s’est emparée des Burkinabé. Les nouvelles en effet sur le Faso ne sont pas bonnes. On nous dit que Blaise Compaoré notre président, est en train de tout mélanger chez nos voisins et que cela va nous péter à la figure. L’ennui c’est qu’il n’y a personne pour nous aider à comprendre ce qui se passe réellement. Il n’y a pas pire situation pour un journaliste que de patauger dans le flou, quand on attend de lui un peu de lumière. Nous sommes dans une société fermée où l’opacité est érigée en culture. Dans ces conditions, l’oiseau de mauvais augure est forcément le journaliste, qui à défaut de pouvoir éclairer, s’érige en témoin des inquiétudes, voire des angoisses de ses compatriotes. De quoi s’agit-il ? Il y a quelques jours, sept soldats des Nations unies ont trouvé la mort aux environs de Taï, une petite localité située à la frontière de la Côte d’Ivoire et du Libéria. Le gouvernement ivoirien s’est empressé d’accuser l’opposition gbagboiste, le coupable tout désigné, d’autant que, croît-on savoir, c’est à lui que profite le crime. Interrogé sur la question, M. Bruno Latsou, le premier responsable des nations unies en charge du maintien de l’ordre s’est montré moins affirmatif, laissant croire que le coup pourrait avoir d’autres commanditaires.

 

Et voilà que dans ce doute s’engouffrent les dirigeants du Front populaire ivoirien pour mettre en cause des mercenaires burkinabé : « Les sept casques bleus ont été tués le 08 juin dans une embuscade tendue par les mercenaires burkinabé qui au nombre de quelques 3 000 aidés par les Dozos opèrent sous les ordres de Amadé bien connu du régime Ouattara. Se sentant floués et non récompensés par Ouattara qu’ils ont porté au pouvoir, ils arrivent chaque jour en plus grand nombre réclamer leurs dus et n’entendent en aucune manière se laisser désarmer. Les soldats nigériens de l’ONUCI ont été victimes du traquenard qui leur a été posé par les mercenaires burkinabé ; massacre dont la responsabilité a été imputée aux prétendues milices pro Gbagbo. »* Certes ces accusations ne sont pas étayées par de réelles preuves. Pour autant, elles ne sont pas dépourvues de fondement. C’est un secret de polichinelle que des mercenaires burkinabé ont combattu aux côtés des FRCI.

 

On sait aussi que tous n’ont pas été désintéressés à la hauteur des promesses qui leur ont été faites. Dans cette affaire, l’impression qui en ressort est parfaitement désagréable, en ce que les Burkinabé apparaissent effectivement comme un peuple de mercenaires dans l’imaginaire des peuples de la sous- région, hier au Libéria et en Sierra-Léone, et comme on le voit aujourd’hui, en Côte d’Ivoire. Et pour ne rien arranger, voilà que se greffe une autre version, tendant à accréditer l’idée que les événements de Saho et de Taï participent de la sourde compétition entre Blaise Compaoré et Alassane Ouattara pour le leadership sous régional. Et si l’on ne fait rien, la désinformation, si c’en est une, s’installera dans l’esprit des Burkinabé et des africains.

 

Il en va de même pour la situation au Mali. On ne comprend pas grand-chose de la stratégie du médiateur burkinabé si ce n’est qu’elle ressemble à une manœuvre dilatoire pour permettre aux rebelles maliens de renforcer leurs positions au Nord. Pas plus hier qu’aujourd’hui, il ne sera possible de faire cohabiter la chèvre et le choux. Demander aux djihadistes d’Ansar dine de se renier, eux dont la raison d’être est la charia, c’est se foutre le doigt dans l’œil. Dans une négociation, les concessions se font sur la marge. Ces ‘’fous de Dieu’’ ne renonceront jamais à être ce qu’ils sont pour les beaux yeux de Blaise. Il faut vite sortir de l’illusion et regarder la réalité en face. On ne pourra pas faire l’économie d’une guerre. Et si on attend un miracle, ce n’est pas des négociations qu’il viendra mais plutôt de nos prières, afin que l’inévitable guerre soit la moins meurtrière possible. Nous ne sommes pas des va t-en guerre. Mais laisser croire que nous sommes des magiciens, c’est se livrer à un jeu dangereux qui peut nous couter cher. Tant de suspicions sur le Burkina font peser de graves menaces sur les Burkinabé. C’est pourquoi, nous avons raison d’avoir peur.

 

*Extrait de la déclaration liminaire de Miaka Oureto, président par intérim du FPI

 


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