Economie : Evolution de la pauvreté au Burkina Faso Comprendre la pauvreté des ménages agricoles dans le temps

Publié le mardi 10 juillet 2012

La difficulté à appréhender la pauvreté a conduit à la définir, selon les auteurs, de plusieurs manières. C’est sans doute cette absence de consensus sur la définition qui ne manque pas de soulever la controverse à chaque publication des données annuelles sur l’évolution de la pauvreté au Burkina Faso. Les divergences portent pourtant moins sur les questions théoriques que sur les résultats. L’analyse suivante retient comme indicateur de base la production agricole des ménages pour comprendre l’évolution de la pauvreté des ménages agricoles.

 

Pourquoi retenir la production céréalière ?

 

Une analyse de la pauvreté monétaire a montré que la pauvreté est un phénomène de masse qui frappe principalement le milieu rural et particulièrement les agriculteurs. En effet, la contribution du milieu rural à la pauvreté nationale a régulièrement dépassé 92% entre 1994 et 2003. L’analyse par groupes socioéconomiques montre également que la pauvreté monétaire et non monétaire frappe particulièrement les agriculteurs qui emploient plus de 80% de la main d’œuvre active. Retenir le groupe socioéconomique des agriculteurs, revient alors à analyser près de 90% de la pauvreté nationale.

L’indicateur de bien-être retenu pour l’analyse de la pauvreté au sein des ménages agricoles est la production céréalière par tête. Trois principales raisons font de cette production céréalière par tête, un facteur central de bien-être des ménages agricoles. Ces raisons sont : (1) les cultures céréalières constituent la principale activité agricole, (2) elles sont peu vendues mais destinées principalement à la consommation alimentaire familiale, (3) elles sont la principale source d’énergie calorique des ménages notamment agricoles.

En conséquence, les céréales produites représentent la base du bien-être et de la pauvreté alimentaire des ménages agricoles. Les autres sources de revenu (cultures de rente et élevage) sont des alternatives de revenu monétaire qui ne sont vraiment utilisées au plan alimentaire qu’en cas d’insuffisance de la production céréalière autonome. Le bien-être et la pauvreté alimentaire des agriculteurs dépendent principalement de cette production céréalière.

Au niveau national, les céréales représentent entre 73,87% et 84,77% des superficies cultivées des ménages agricoles. On note une forte variabilité régionale des parts des céréales dans les superficies cultivées, variant de 43,28% à 99,27%. Les céréales occupent dans les différentes régions, la part la plus importante des superficies comparées aux autres cultures.

Les céréales sont peu vendues mais destinées principalement à la consommation familiale. Selon les données du Ministère de l’Agriculture, en 2002 et 2003, seulement 10% de la production céréalière est vendue sur le marché (DGPSA, 2007). L’autre partie de la production céréalière (c’est-à-dire 90%) est destinée à la consommation familiale, à la constitution de stocks familiaux de sécurité et à d’éventuels dons. Ce sont les cultures de rente qui sont les plus vendues.

Selon toujours les mêmes sources, la contribution des céréales au revenu monétaire des ménages agricoles est estimée à 10,38%. Le revenu monétaire agricole estimé à 204 950 FCFA en 2006 par ménage agricole provient essentiellement des cultures de rente (44,51%) et du bétail et produits animaux (34,32%). Le revenu monétaire agricole représente 60% du revenu monétaire global (agricole et non agricole). Lorsque la production céréalière est déficiente, les ménages ont recours à la vente du bétail, des produits animaux, au commerce et à la vente des cultures de rente et des produits artisanaux pour assurer l’accès aux produits alimentaires.

Les céréales constituent la principale source énergétique alimentaire. Selon le Ministère de l’Agriculture, les céréales traditionnelles (sorgho, mil, maïs) principalement auto produits par les ménages agricoles contribuent à plus de 80% à l’énergie alimentaire des ménages. Le riz, produit principalement importé, contribuent pour moins de 2% à l’énergie alimentaire.

En partant de la production céréalière comme facteur de bien-être et de pauvreté, la question du seuil mérite toutefois d’être discutée. Le seuil officiel utilisé par le Ministère de l’Agriculture est fixé à 190 Kg par tête et par an. Ce seuil est utilisé pour définir trois concepts utilisés dans les politiques agricoles et de sécurité alimentaire du Ministère : (1) le déficit céréalier lorsque la production céréalière annuelle disponible est inférieure à 190 Kg/tête, (2) la pauvreté céréalière lorsque le disponible céréalier annuel (Production + Réserves +Achats + Cadeaux reçus) est inférieure à 190 Kg/tête, (3) la pauvreté céréalière autonome lorsque la production domestique céréalière annuelle est inférieure à 190 Kg/tête.

L’analyse se base donc sur ce seuil de 190kg de céréales par tête et par an, en prenant en compte les implications de son utilisation. Comment se présente la situation de la pauvreté en tenant compte de cet indicateur ?

 

L’évolution dans le temps du bien-être des ménages agricoles

 

Le tableau n°1 montre l’évolution de la production céréalière par tête entre 2002 et 2007. On note une évolution en dents de scie dépendant de la qualité de la saison pluviale. On peut noter que les productions céréalières par tête de l’année 2005 sont faibles comparativement aux autres années. 

 

Sources : Résultats des auteurs

 

Le tableau de changement de la situation des ménages agricoles encore appelé matrice de transition en effectifs et en pourcentage par rapport au total par ligne sont données dans le tableau n°2.

Quatre catégories de ménages agricoles ou niveaux de bien-être peuvent être distingués :

  • ceux dont la production céréalière n’atteint pas le seuil Z et qui sont pauvres,
  • ceux dont la production céréalière par tête est comprise entre Z et 1,2*Z,
  • ceux dont la production céréalière par tête est comprise entre 1,2*Z et 1,5*Z,
  • ceux dont la production céréalière par tête est supérieure à 1,5*Z. 

Sources : Résultats des auteurs

 

Sur la période de l’étude (entre 2002 et 2007), le tableau ci-dessus indique que 63,47% des pauvres en 2002 sont restés pauvres en 2007. Au total, 36,63% de ceux qui avaient une situation confortable c’est-à-dire, une bonne production céréalière (>1.5*Z) en 2002 sont tombés dans la pauvreté en 2007 tandis que seulement 46,66% ont conservé leur situation initiale confortable.

 

Conclusion

 

En somme, il existe une autre possibilité que celle de l’approche purement monétaire de connaître l’évolution de la pauvreté au Burkina Faso. En considérant la production céréalière, on abouti à la conclusion que la pauvreté des ménages évolue dans le temps en fonction de leur production. Les aléas climatiques qui influencent le niveau de production impacte le niveau de bien être des ménages. Ceci implique un meilleur ciblage des zones à fortes potentialités de production agricole en vue de lutter efficacement contre la pauvreté n

 

ZIDA P. Médard Francis

Équipe du Burkina Faso

Dr Claude WETTA ; Dr Samuel T. KABORE, Dr Ludovic KIBORA ; Dr Aude NIKIÈMA ; Michel KONE, Dr Mafing KONDÉ ;

Marie-Eugénie MALGOUBRI ; P. Médard Francis ZIDA ; Abdourahyme SAWADOGO, Honorine SAWADOGO.

* 6ème article d’une serie de 12 tiré du rapport « Pauvreté Chronique et Transitoire au Burkina Faso.

Une analyse de la dynamique à partir de données agricoles ». Version finale Septembre 2011


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