Médiation au Mali : Blaise a échoué

Publié le samedi 23 juin 2012

Cette fois au Mali, la recette n’a pas marché. D’abord à voix basse, puis de plus en plus ouvertement, les pairs de Blaise Compaoré le lui ont signifié. Sa médiation dans la crise malienne, n’a rien solutionné. Elle a plutôt poussé à l’enlisement.

 

Comme il a été parrain de tous les présidents actuellement aux affaires à la zone cedeao, longtemps, ils se sont gardés de contrarier sa médiation. Or fin mars déjà, certains avaient commencé à s’inquiéter de la tournure de la médiation. « elle faisait, disait-on, la part trop belle aux putschistes ». Ce à quoi avait répondu, Djibril Bassolet qu’il était impossible de faire sans Sanogo. Les accords du 6 avril font naturellement de la junte un partenaire de la cedeao pour surveiller les organes de la transition. Le capitaine Sanogo qui dit avoir les meilleurs conseillers juridiques du Mali, décide alors de tout bloquer en attendant son heure , le 22 mai, la fin constitutionnelle de la période intérimaire. Il a eu ainsi le temps de consolider son pouvoir, en continuant des nominations à des postes clés de l’armée et des forces de sécurité. Le 21 mai, ses partisans organisent un véritable attentat contre Diancounda au palais de Koulouba, en le frappant à la tête à coup de pieds et de marteau. Evacué à Paris, les médecins ont diagnostiqué une fracture au crâne et ont dû procéder à une intervention chirurgicale, le 30 mai, à l’hôpital de Val-de-Grâce.

Cette agression a sonné aussi le glas de la médiation de Blaise Compaoré. C’est l’ONU qui, depuis la capitale ivoirienne, sonne la première la charge par Gerard Araud, à la tête d’une délégation du Conseil de sécurité de l’ONU : « Il nous a semblé que les efforts diplomatiques conduits par la Cédéao pour trouver une solution fondée évidemment sur le départ de la junte, je ne veux pas dire qu’ils ont échoué mais en tout cas, ils ont été mis en danger par les derniers développements et il faudrait peut-être considérer d’autres voies. »

Aussitôt dit, aussitôt fait, le dossier Mali a été retiré à la CEDEAO et traité maintenant par l’Union africaine dont le président en exercice Yayi Boni a décidé de faire autrement les choses. Obtenir un mandat du Conseil de sécurité, imposer et protéger les institutions de la transition par une Force internationale, puisqu’il n’est pas possible de déployer la Force en attente de la CEDEAO (FAC). Engager une guerre contre l’occupation du Nord, sans recourir aux militaires fidèles à Sanogo. Le dispositif est déjà dessiné et devrait prendre appui sur les éléments para commandos (bérets rouges) du colonel Guindo, les hommes du général Gamou, actuellement massés du côté du Niger. Ce scénario rencontre évidemment l’assentiment du président Issoufou du Niger, qui pense que l’agenda de la médiation burkinabè conduit à l’Afganisation de la région. Son interview avec Pelman, de France 24 est sans équivoque. Il faut arrêter de trainer et aller aux choses sérieuses. La région est déjà infestée de Djihadistes venus de tous les horizons.

 L’Union africaine va saisir le Conseil de sécurité de l’ONU, pour une résolution. Les puissances occidentales, la France et les Etats Unis devraient fournir la logistique et notamment le renseignement et les drones, ces avions tueurs d’islamistes. Il semble aussi que l’Algérie, l’autre puissance militaire de la région est d’accord pour s’impliquer, avec l’appui aérien seulement. Le temps de la médiation burkinabè est donc « over ». Le capitaine Sanogo et le CNRDRE savent que dans ce scenario, il n’y a pas de place pour eux. Leurs hommes de main dans le gouvernement de Cheik Modibo veulent leur ménager une porte de sortie, mais c’est pas sûr que ça marche encore. De l’autre côté, Blaise Compaoré a reçu, en express, une délégation du MNLA, le vendredi 8 juin dernier. Sauf qu’il n’est plus dans le coup.

 

NAB

 


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