On a prorogé le mandat de la belle mère… comme redouté !

Publié le jeudi 21 juin 2012

Par Newton Ahmed Barry

Le conseil des ministres l’a fait finalement le 8 juin dernier. Le mandat à la tête de la chambre de commerce de Alizeta Gando est prolongé de 12 mois. Les élections pour le renouvellement des instances prévues pour ce mois de juin seraient impossibles à tenir. Le conseil des ministres a donc prorogé le mandat jusqu’en août 2013. Pourquoi ce n’est pas possible ? Parce que le gouvernement veut opérer des reformes. La composition actuelle du CCI-BF ne serait pas représentative de la situation des milieux d’affaires de notre pays. La communication en conseil des ministres est bien courte, pour justifier ce statut quo.

 

C’est vrai que ce n’est pas la première fois que le bureau du CCI-BF a du mal à se renouveler. Le dernier mandat que conduisait, le regretté Oumarou Kanazoé, avait aussi donné lieu à des tractations interminables.

Il avait fallu faire plusieurs va et vient chez Blaise Compaoré, pour qu’il décide finalement d’ordonner à Kanazoé de rester à la tête de la chambre de commerce. En son temps déjà, la belle mère voulait le poste.

 

A la première entrevue, le vieux l’a annoncé au président. Celui-ci aurait fait semblant de n’avoir rien entendu et serait passé à un autre sujet. Au moment de prendre congé, il aurait instruit Kanazoé de « rester en attendant ». Quelques mois après, le vieux revient à la charge. Blaise Compaoré lui dit finalement « d’aller se faire élire ». C’est comme ça qu’il est resté jusqu’à sa mort à la tête de la chambre du commerce.

 

Blaise Compaoré avait-il jugé que le moment n’était pas encore venu de confier une telle responsabilité à la belle mère ? C’est fort possible. Mais peut-être aussi que le vieux Kanazoé remplissait parfaitement les attentes du président. Tenir la chambre de commerce, c’est le meilleur moyen de tenir les milieux d’affaires du pays. Le vieux jouait bien ce rôle. Il était rassembleur et contrairement à la Gando nationale, il n’avait pas « la main dure » (en bon français, il n’est pas pingre).

 

Maintenant que Kanazoé n’est plus là, les choses se posent autrement. La belle mère est aujourd’hui le moindre mal. L’allié le plus sûr pour tenir les milieux d’affaires. Elle est contestée mais dans cette période où le CDP connait une fronde sans précédent, avec un risque d’implosion, il faut ne pas se précipiter pour renouveler les instances de la chambre. Qui sait entre quelles mains elle pourrait tomber.

 

Le projet du nouveau CDP a besoin, pour se réaliser, de s’assurer la fidélité des opérateurs économiques. En cette période, il y a trop d’incertitudes. Mais de toute façon et nous l’avions écrit dans ces mêmes colonnes, le projet de François Compaoré de succéder à son frère à la présidence du Faso, commande que la belle mère s’impose à la tête du monde des affaires. C’est vital pour sa réussite.

 

Les allégations de reformes sont une pure diversion. Et puis pourquoi douze mois pour le faire ? Le mandat actuel court jusqu’en août 2012. On peut donc penser que le président qui a toujours eu la haute main sur ce dossier veut se donner le temps, en espérant que l’année prochaine, à cette période, il aura réglé la question du CDP et pourrait donc, sans trop de casses, faire droit aux rêves de la belle mère.

 

Mais comme on dit, douze mois, ce n’est pas douze jours. Et diantre ! Si en juin 2013, la situation n’était toujours pas favorable, la belle mère pourrait se consoler d’avoir fait quand même un demi-mandat à la tête de la chambre de commerce.

Elle aura alors assuré le plus loin intérim à la tête de cette instance tant convoitée.


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