Pollution industrielle La poussière de Diamond tue Cement menace les « riverains »

Publié le jeudi 21 juin 2012

Cela fait dix (10) ans que les machines de Diamond Cement Burkina SA tournent pour produire du ciment. Cependant, ce matériau produit de la poussière qui indispose les populations riveraines. Ces dernières jugent en effet l’attitude des responsables de l’usine négligente et ont entrepris de recourir à la justice. L’administration de Diamond Cement se défend sans convaincre d’avoir mis les moyens pour réduire cette nuisance. Un véritable dialogue de sourds.

 

« Nous, commerçants et Jeunes des villages de Zongonabitenga, Darsalam, Koumdayouré, Zongo et environnants, avons l’honneur de vous saisir par la présente afin de vous informer des difficultés de cohabitation entre Diamond Cement Burkina SA et les villages riverains. » Ce passage extrait de la lettre adressée au 1er ministre, Luc Adolphe Tiao le 30 mars 2012 en dit long sur cette situation entre les populations et l’usine. Les riverains se plaignent en effet de la poussière que dégage Diamond Cement à longueur de journées. Ils estiment que cette pollution est une « charge sociale » pour leur vie. Pour Saada Ouédraogo (48 ans), la poussière du ciment cause des problèmes de santé tels que les maux d’yeux, la toux, des problèmes respiratoires. Elle rend également, selon ses propos, « improductifs les arbres fruitiers et les récoltes. » Selon Issa Kabré, un vieux de 66 ans, dans la journée, lorsque le vent souffle à leur direction, il transporte la poussière qui vous « fend la peau » du fait qu’il s’agit du ciment. Les femmes de leur côté sont obligées d’attendre que le vent emprunte une direction favorable pour étaler le linge « sinon, déclare une d’elles, tu va faire un double travail ». Certaines maisons, même vitrées, n’échappent pas à l’agression : « La poussière envahit également les maisons vitrées » fait savoir El Hadj Boukari Ouédraogo âgé de 56 ans.

 

Le début du ‘’mal’’

Le problème remonte aux années 1997, à l’époque de Ciment Burkina. Selon Issa Kabré, suite à leur plainte contre la poussière de ciment qui polluait leur environnement, ils se sont plaint à l’administration. Celle-ci avait trouvé les moyens de stopper cette pollution. Mais depuis 2002, avec Diamond Ciment, les choses se sont dégradées estime le vieux Kabré. Leur lettre adressée au 1er ministre va plus loin. « Avec la reprise de Diamond Cement Burkina SA, nous avons constaté un rejet important de la poussière de ciment dans l’atmosphère qui expose dangereusement la vie des populations et dégrade considérablement l’environnement dont le pâturage des animaux. (…) Courant 2009, nous avons adressé des correspondances à Diamond Cement Burkina SA et aux autorités de l’arrondissement de Boulmiougou pour les interpeler à agir vite pour freiner la dégradation de la santé des populations riveraines de l’usine mais malheureusement ce fut un dialogue de sourds » Impuissants, ils ont alors fait appel à leurs fils en ville qui se sont mobilisés pour intervenir. Comme il n’y a pas eu d’accord effectif avec l’administration de Diamond Ciment, « l’affaire a été poussée en justice en 2010 » Une rencontre s’est tenue le 29 juillet 2010 entre les représentants des habitants des villages de Zongonabitenga et Darsalam et la Direction de Diamond Cement. La société était représentée par son directeur Général, Valluri Adinarayana et un autre, Dominique Béré. Il s’agissait de trouver une solution consensuelle à la « plainte déposée en justice contre Diamond Cement pour pollution des villages et espaces environnants. » Les responsables de la société ont alors pris « l’engagement d’arrêter la poussière dans un délai de six (6) mois en plus d’autres engagements dont la construction d’un CEG, un CSPS » La condition pour ce faire était alors que les populations « retirent leur plainte en justice ». Ce qui a été. 

 

Promesses non tenues !?

Après une longue attente de près de dix huit (18) mois, les riverains disent n’avoir pas constaté de changement. Pire, la poussière de ciment sur les villages s’est intensifiée. Par ailleurs, les autres points du protocole n’ont pas été exécutés en totalité à l’exception du CEG. Ils en veulent au directeur commercial de l’usine, Hyppolite Diendéré qui ne serait pas conciliant. On lui prête des propos du genre : « Je ne suis pas là pour vous. Je saurais comment vous contactez en temps opportun » aurait-il dit un jour dans son bureau. Cette situation ‘’fâcheuse’’ les a obligés à relancer l’action judiciaire. Mais jusque là aucun résultat. Les riverains sont gagnés de plus en plus par le pessimisme quant à l’aboutissement de ce dossier. Ils redoutent le directeur commercial qui leur aurait fait savoir qu’ « il peut bloquer l’affaire en justice plus de cinq ans. » M. Diendéré qui réfute le terme de riverains pointe un seul individu : « il n’y a qu’un seul individu, Amidou Caro, qui manigance tout le village. Sinon, Diamond Cement n’a aucun problème avec les populations » A preuve, les projets en cours dans le village de Darsalam : « On leur a demandé ce qu’ils veulent pour leur village, ils ont dit une maternité. Nous allons donc transformer leur dispensaire en un CSPS ». Sans oublier le CEG dont la construction a occasionné celle d’un forage dans le village de Nabitenga. M. Diendéré reconnait tout de même que la société pollue. « Il n’y a pas d’usine qui ne fait pas de pollution » dit-il. Cependant il y va de leur responsabilité de trouver les voies et moyens pour juguler cette nuisance. Diamond Cement a dans ce sens dépensé l’année passée « 10 milliards de francs CFA pour acheter des machines qui aspirent la poussière » confie Hyppolite Diendéré. Mais l’agitation actuelle est entretenue par le Sieur Amidou Caro qui a perdu ses avantages sur instruction de l’ancien patron. « Il croit que c’est moi qui ai rayé son nom des bénéficiaires de ciment ». Diamond Cement a changé de méthode. C’est une association de Nabitenga, le village de Caro qui bénéficie des dotations de ciment. C’est une manière pour la société d’aider les populations dans leur développement dans la mesure où « les bénéfices qu’elle peut en tirer vont profiter à tout le village » n

 

Basidou KINDA


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