Les sirènes du Faso : Quand la sensibilité féminine dicte la règle

Publié le lundi 14 octobre 2019

Sur pied depuis 2008, le groupe musical « les sirènes du Faso » est composé de femmes instrumentistes. Apres un renouvellement de quelques membres l’année passée, c’est une équipe de 8 dames qui se repositionne dans l’univers musical avec un dynamisme nouveau. Le chef d’orchestre est Marie Jeanne Idani. Alain Hema, comédien, metteur en scène et directeur de la compagnie « Théâtre éclair » est le promoteur du groupe.

« Véhiculer des messages édifiants sur fond de patrimoine culturel du pays des hommes intègres »tel est l’un des objectifs phares du groupe. Chantée en français mais aussi en langues nationales, la musique des sirènes, ce sont d’abord des textes forts sur les questions sensibles telles que « Tenga Nooma » de Naradja, « Burkina » de Cynthia, « Zabré » de Tipoko mais également des réflexions autour des tables rondes sur les questions sociales. Ce sont également des classiques telles que « il n’est jamais trop tard » de Bembeya Jazz, « Malaika » de Myriam Makeba repassés à la casserole et étudiés comme cas d’école. Pour ce qui est du genre musical du groupe, le promoteur dit faire confiance aux instincts des filles« c’est ce qui va ressortir entre elles qui fera l’identité du groupe » a-t-il expliqué. Quant au nom « les sirènes », il est donné au groupe en référence à ces êtres qui sont de belles créatures mais également réputés pour leurs belles voix explique Alain Hema.
Les instruments utilisés sont les guitares, la batterie, le piano avec une ouverture sur les instruments traditionnels. Il explique que l’idée de créer ce groupe lui a été inspirée par les colombes de la révolution « J’avais ramené du matériel de l’Europe et j’ai voulu créer un orchestre à l’image des colombes de la révolution. J’ai juste voulu reprendre le flambeau ».
Venues d’horizons divers, elles sont ingénieure, assistante de direction, juriste, comédienne, costumière-accessoiriste, projeteur bâtiment, journaliste, étudiante… à avoir décidé de se mettre ensemble pour exprimer leur passion commune : la musique. Ainsi, elles travaillent d’arrache-pied en conciliant leur profession respective et la musique. Pour ce faire, les filles bénéficient du savoir-faire d’un encadreur, Athem Romuald Ouédraogo, lui-même formé à l’Institut National de Formation des Arts et de la Culture.
Selon la chef d’orchestre Marie Jeanne Idani tout se passe pour le mieux : « les filles s’encouragent et s’entre aident mutuellement pour donner le meilleur d’elles-mêmes. Nous faisons tout pour maintenir l’ambiance qui nous donne l’assurance pour aller de l’avant »
Carène la plus jeune du groupe, qui est par ailleurs étudiante dit avoir choisi la batterie parce qu’elle est attirée par l’inconnue : « je n’avais jamais vu aucune femme jouer cet instrument. Quand je m’y suis adonné à fond, j’ai commencé à aimer l’instrument ».Pour Tipoko la bassiste qui joue également à un instrument très masculin, elle dit avoir choisi la basse parce qu’elle avait certaines facilités : « Au départ je jouais à la guitare, quand j’ai essayé la basse, l’encadreur a trouvé que ça m’allait bien. Finalement j’ai moi aussi apprécié l’instrument. Au départ c’est très difficile parce que les cordes font mal aux doigts. Mais lorsqu’on à l’amour de l’instrument, on surmonte les difficultés.
Présenté au grand public en octobre dernier, le groupe a donné un concert à Ouagadougou le 8 mars dernier et un autre le lendemain 9 mars à Bobo Dioulasso. Il envisage à long terme « faire des productions phonographiques mais également des tournées ».
Les difficultés ? Selon le promoteur, il n’en manque pas. « Il est difficile de gérer les femmes » reconnait-il. Mais elles sont surtout financières. Mis à part le soutien à titre privé de Arouna Kaboré, ministre du commerce de l’industrie et de l’artisanat, le coût du projet est totalement porté par le promoteur, Alain Hema. Les filles entrent en résidence de juin à Aout prochain pour préparer une tournée qui aura lieu en septembre à Dédougou, Koudougou et Ouahigouya.

Assita SANOU


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