Union Fraternelle des Croyants de Dori : Le vivre ensemble au-delà des religions

Publié le lundi 14 octobre 2019

L’Union Fraternelle des Croyants de Dori (UFC) est un cas d’école de coexistence pacifique et fructueux entre croyants ou tout simplement entre humains. Dans un monde où les quiproquos et autres stéréotypes ne facilitent pas le vivre ensemble, les « croyants » de Dori démontrent à souhait que la cohabitation entre croyant est possible.

Le ministère des arts et de la culture a organisé les 5 et 6 novembre à Dori, un colloque national sous le thème : « Rôle de la culture dans la prévention, la lutte contre l’extrémisme violent et la promotion de la cohésion sociale au Burkina Faso ». Parmi les recommandations, les participants ont émis le vœu de voir l’exemple de l’Union Fraternelle des Croyant de Dori s’étendre sur toute l’étendue du territoire national aux fins de prévenir l’extrémisme violent et renforcer la cohésion sociale. En tout cas dans un contexte de montée d’actes de violence au nom de la religion, le cas de l’UFC s’avère être un moyen pour prévenir et désamorcer d’éventuels conflits communautaires. Dans un sursaut salvateur, l’UFC a tiré des personnes du péril de la famine. Pourquoi pas du péril de l’extrémisme violent ?

Des actions contre l’extrémisme violent

Pour mieux connaitre l’UFC, nous avons voulu échanger avec des cadres de cette organisation. C’est ainsi que nous avons rencontré M. Cissé Mahamoudou, grand imam de Dori et l’abbé Arcadius Sawadogo, curé de la paroisse cathédrale de Dori et Vicaire général du diocèse. Sur la question qui prévaut dans leurs localités et dans une bonne partie du Burkina, ces leaders religieux assurent que l’UFC n’est pas indifférente à la situation. Ils affirment que c’est une préoccupation face à laquelle ils ne restent pas les bras croisés. L’organisation a déjà initié, selon l’abbé Arcadius Sawadogo, des activités de sensibilisation à l’endroit des populations et notamment des jeunes. Elle les incite à l’utilisation des numéros verts pour alerter sur toute situation grosse de danger. Des rencontres et des symposiums sont organisés entre les populations civiles et les forces de défense et de sécurité afin de susciter la confiance mutuelle. L’UFC initie des formations au profit des hommes de médias pour leur permettre de maitriser certains concepts afin de mieux jouer leur rôle de sensibilisation. Des rencontres de leaders religieux sous l’égide de l’UFC sont organisées pour leur permettre de prendre connaissance du phénomène de l’extrémisme violent afin qu’ils parlent le même langage et agissent les approches de sensibilisation. Pour joindre l’utile à l’agréable, des thés-débats sont organisés pour permettre aux jeunes d’échanger directement avec les leaders religieux. Selon l’abbé Arcadius des militaires s’associent à ces activités, ce qui contribue à briser la méfiance des populations. La lutte contre le phénomène de l’extrémisme violent interpelle tous les Burkinabè et chacun doit donner du sien pour « bouter hors du pays le fléau » estime le curé de Dori. Les leaders religieux souhaitent que leur organisation s’étende à l’ensemble du pays dans notre quête d’une véritable cohésion sociale. Comme si l’UFC voyait les choses venir, un centre pour la paix a été créé en 2006 et dédié à la promotion de la paix. Et pour Bayala Privat, chargé de communication de l’UFC, c’est un moyen de faire tomber les préjugés entre croyants.
A l’UFC, on est conscient que la différence est une volonté divine. Cela est d’ailleurs démontré par des passages des livres saints de chaque communauté. Ainsi dans la Bible il est écrit : « Quand Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » (Psaume 85, verset 11). Et dans le Coran : « Si Allah avait voulu Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez-vous donc dans les bonnes œuvres » (Sourate Al-Mà’ida, verset 48). Le dialogue est un des piliers de l’organisation. Pour M. Bayala Privat, l’UFC veut à travers le dialogue renforcer la concertation et la culture des principes d’acceptation mutuelle, la promotion de la tolérance et du dialogue pour la paix au sein des communautés membres de façon spécifique et plus globalement au sein de la communauté humaine dans son ensemble. Les différentes communautés se retrouvent plusieurs fois chaque mois pour apprendre à se connaitre et développer des stratégies pour renforcer le vivre ensemble. Des formations sont organisées sur des thématiques bien déterminées pour permettre à chaque communauté de connaitre l’autre. Par exemple, des formateurs musulmans et chrétiens viennent tous deux exposer sur des thèmes comme l’amour. A l’issue des échanges et des discussions sont menées et à la fin les uns et les autres se rendent compte que l’amour est quelque chose de commun à toutes les communautés. L’abbé Arcadius affirme qu’il a y eu un brassage tant et si bien qu’à Dori chrétiens et musulmans s’entendent bien. Ils acceptent manger ensemble et ils ont intégré la vertu du dialogue dans leurs habitudes.

Des actions socio-économiques pour le développement durable

Comme à son origine, l’UFC s’est positionnée dans une logique de libérer l’homme de toutes emprises calamiteuses. Après avoir vaincu la famine en 1969, l’UFC entreprend des actions de développement pour l’épanouissement de ses membres. Ainsi, elle a construit des boulis qui sont de petites retenues d’eau permettant à des groupements de producteurs de développer des activités de maraîchage qui leur procurent des revenus. Ce qui contribue à améliorer leurs conditions de vie. Des centres de formation sont également construits pour permettre aux femmes et aux jeunes filles d’avoir un emploi. Des ateliers de mécanique sont aussi érigés pour apprendre la mécanique aux jeunes garçons et aux jeunes filles.

Bref rappel historique

L’UFC est une union interconfessionnelle qui regroupe les chrétiens et les musulmans. Elle a été fondée en 1969. L’organisation est née à la suite d’une famine qui sévissait dans la région. Le père Lucien Bidaud, missionnaire à l’époque a décidé d’agir pour tirer les personnes en souffrance des griffes de cette famine. « La famine ne fait pas la distinction entre musulmans et chrétiens entre ceux qui ont la foi ou pas », souligne M. l’abbé. Le missionnaire a donc entrepris des démarches auprès de ses connaissances pour avoir les moyens d’aider ceux qui souffraient de la faim. Son appel a été entendu. Pour la distribution des vivres, le missionnaire a mobilisé 6 chrétiens et 6 musulmans. Après la distribution, il est venu à l’idée du religieux de garder l’équipe de distribution afin de prévenir d’autres calamités. Une première structure nait : l’Association Fraternelle des Croyants de Dori qui deviendra plus tard l’Union Fraternelle des Croyants de Dori. Au départ il y avait de la réticence de part et d’autre. Pour la désamorcer, le missionnaire a mis en place des ‘boulis’ qui sont des lieux où tout le monde va travailler. A travers cette approche les gens ont appris à se fréquenter et petit à petit les préjugés et les peurs sont tombés.
« La religion est, selon le cas, le plus bienfaisant des remèdes ou la pire des maladies. » Citation de Victor Cherbuliez ; Les pensées extraites de ses œuvres (1913).

Par Hamidou TRAORE


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