Atteinte des droits humains dans la région du Sahel au Burkina : Human Right Watch épingle les islamistes armés et les forces de sécurité

Publié le lundi 14 octobre 2019

Le rapport, rendu public le 22 mars dernier, analyse plus de 40 meurtres commis par des groupes armés islamistes sur des personnes soupçonnées de collaborer avec le gouvernement, ainsi que l’exécution de plus de 115 personnes accusées de soutenir ou d’héberger les islamistes armés par les forces de sécurité. Le gouvernement a promis d’enquêter sur ces allégations. Le Conseil de sécurité des Nations Unies, attendu au Burkina fin mars, pourrait évoquer cette question avec l’exécutif.

Les faits se sont produits dans 32 hameaux, villages et villes de la région du Sahel, surtout à Arbinda, Tongomayel et dans les communes de la province de Soum, entre mi-2018 et février 2019. Human Rights Watch (HRW) dit avoir interrogé 92 victimes et témoins de violations, des leaders religieux et communautaires ; des responsables des ministères de la Justice et de la Défense ; du personnel sanitaire ; des diplomates ; et des analystes des questions sécuritaires.

42 civils abattus par les islamistes armés

Selon les témoignages recueillis, 42 civils ont été tués par des islamistes armés entre avril 2018 et janvier 2019, soit parce qu’ils collaboraient avec le gouvernement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, soit parce qu’ils avaient soutenu la formation d’un groupe d’autodéfense. La plupart de ces victimes appartiennent aux ethnies foulsé, bella et mossi. 12 personnes ont été tuées dans le village de Gasseliki le 10 janvier 2019 et 8 autres le 15 janvier. A Sikiré, 9 personnes ont été abattues le 27 du même mois. Sur les 42 meurtres, 13 ont visé des conseillers municipaux, des chefs de village, des marabouts, des représentants du gouvernement ou des membres de leur famille.
Les islamistes ont également « enlevé et intimidé des leaders locaux, pillé du bétail, détruit des écoles, interdit aux femmes d’avoir des relations sociales ou de vendre des produits sur le marché, et aux villageois de célébrer les mariages et les baptêmes ; et obligé plusieurs commerces à fermer leurs portes », lit-on dans le rapport.

116 exécutions sommaires seraient commises par des éléments de l’armée nationale

En réaction à ces attaques, 116 personnes, soupçonnées de soutenir ou d’avoir hébergé des terroristes ont été « sommairement exécutées » au cours de 19 opérations, révèle le rapport. Les opérations, selon les témoins, se sont déroulées dans les communes d’Arbinda, de Tongomayel, de Koutougou et de Baraboulé. Entre autres, 10 hommes ont été tués à Pétagoli en septembre ; 12 à N’Gaika Ngota et 14 à Taouremba en octobre ; 15 à Demtou, 4 à Béléhédé et 12 à Gasseliki en novembre et décembre de l’année 2018 ; 12 à Souma et 9 à Belharo en février 2019. La majorité d’entre elles sont de la communauté peule et avaient des impacts de balles sur la tête ou la poitrine.
Selon HRW, au Burkina tout comme au Mali, les groupes terroristes ont concentré leurs recrutements sur l’ethnie peule en exploitant les frustrations sociales dues à la pauvreté, l’injustice pour les crimes les plus courants et le comportement abusif des forces de défense et de sécurité.
Les auteurs de ces tueries, d’après les témoins rencontrés par HRW, étaient habillés en tenue de camouflage jaune foncé et marron et sont décrits comme étant de soldats burkinabè. D’après leurs témoignages, toutes les victimes ont d’abord été détenues par ces derniers avant d’être retrouvées mortes quelques heures après. Toujours selon des témoins, les victimes ont été indexées par des civils aux « visages complètement masqués », opérant aux côtés des militaires. Et elles n’étaient pas armées au moment de leur arrestation.

Le gouvernement répond à Human Right Watch

Le 8 mars dernier, Human Rights Watch a transmis une lettre énumérant les principales conclusions de son rapport et les recommandations au gouvernement burkinabè. En réponse à cette lettre, le nouveau ministre de la défense nationale et des anciens combattants, en poste depuis le 25 janvier 2019, a indiqué dans une lettre datée du 18 mars que le gouvernement « prend acte des allégations » et s’engage à mener des enquêtes sur les supposés abus.
Moumina Sheriff Sy a confié que le gouvernement travaille à ce que les forces de sécurité constituent « une protection et non une menace pour les populations », précisant
que la lutte contre le terrorisme « ne peut se gagner au mépris de la dignité humaine » (lire sa lettre in extenso).

Par Gaston Bonheur SAWADOGO


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