Cantines scolaires, l’hypothétique sort de milliers d’élèves

Publié le mardi 9 avril 2019

Le 12 février dernier, la direction de l’allocation des moyens spécifiques aux structures éducatives (DAMSSE) a animé une conférence de presse sur le sujet des cantines scolaires. Selon le compte rendu fait par LeFaso.net, « la gestion de la commande et des livraisons est du ressort des communes et c’est là que surviennent bon nombre de difficultés. [Pire], les ressources allouées par l’Etat, en plus d’être insuffisantes, sont sujettes à une mauvaise gestion de la part des services publics et privés désignés pour l’approvisionnement et la gestion des cantines scolaires. » On se rend compte que le problème posé ici est récurrent. Quand il ne relève pas du gaspillage, il est dans les retards d’approvisionnement. On ne peut non plus situer les difficultés à partir de la période où la responsabilité a été confiée aux municipalités.
En juin 2017, nous titrions : « cantines scolaires, des milliers de tonnes de vivres périmés destinés aux animaux. » L’équivalent de dizaines de milliards fcfa. Pour un pays réputé pauvre, c’est indignant. Ainsi, des milliers d’enfants sont privés de repas sans pour autant que les responsables ne soient poursuivis et sanctionnés. Les seules sanctions dont nous avions entendu parler ce sont les contrats résiliés de quelques transporteurs. Mais qu’en est-il de ceux qui agissent en amont à savoir les directions des marchés publics et des affaires financières ? En son temps, nous avions tenté de rentrer en contact avec elles afin de comprendre mieux le problème. En vain. Pourtant, selon nos sources, ces deux directions sont à la source des retards accusés à plusieurs niveaux. L’année scolaire débutant à la fin de l’année budgétaire (à partir du 20 novembre c’est la fin des engagements financiers) cela perturbe le calendrier des cantines. Pour le cas précis des denrées périmées destinées désormais à la consommation des animaux, il y avait un cumul de deux ans non payés aux transporteurs. Des arriérés de plus de 100 millions de FCFA. Qui en est responsable ? Personne pour répondre à la question. Les transporteurs se sont ligués pour boycotter l’approvisionnement des écoles à partir dees magasins de stockage. Une fuite de responsabilité, pensons-nous. C’est dans ces conditions que le ministère est intervenu pour changer le circuit d’acquisition et de distribution des vivres avec l’allocation directe des fonds aux communes. Mais les choses n’ont pas changé qualitativement parce que le problème a été géré avec complaisance.

« Les mêmes problèmes d’anticipation qui se posaient au niveau du ministère se posent avec les communes. D’où les mêmes difficultés qui font que des écoles ne disposent toujours pas de cantines. Le sujet a juste été déplacé. Il faudra avoir le courage de l’affronter dans le fond »

D’ailleurs, qu’est-ce qui a fondamentalement changé depuis dans cette histoire de cantines en dehors du facteur distance ? Pour le reste, que peuvent faire les communes pour changer la rigidité du calendrier budgétaire ? D’autant plus que c’est le ministère de l’éducation nationale qui est le pourvoyeur de fonds alors que lui-même est tenu par le calendrier imposé par la procédure budgétaire. A partir de quelles dates, les mairies disposent-elles des fonds ? Sachant qu’elles ne peuvent engager de marchés sans disposer des ressources en la matière. Les mêmes problèmes d’anticipation qui se posaient au niveau du ministère se posent avec les communes. D’où les mêmes difficultés qui font que des écoles ne disposent toujours pas de cantines. Le sujet a juste été déplacé. Il faudra avoir le courage de l’affronter dans le fond.
Dans un reportage diffusé récemment sur la télévision nationale sur le sujet, on y découvre des écoles non dotées de vivres avec des responsables qui ne disposent d’aucune information. Des fournisseurs en attente et des maires qui ne rassurent pas. Si sur les neuf mois de l’année scolaire, on se retrouve seulement avec trois ou quatre mois de cantines disponibles, cela interroge beaucoup. Et on en vient à se demander si la question est prise au sérieux !

Par Basidou KINDA


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