Conflit au nord Mali, Moussa Ag Assarid : " Cette fois, c’est l’indépendance ou rien "

Publié le dimanche 4 mars 2012

" Je suis né berger nomade, de parents touaregs, dans le nord du Mali entre Tombouctou et Gao, le sable dans les yeux en regardant les étoiles ", écrit-il dans son blog. L’homme qui s’exprime ainsi s’appelle Moussa AG Assarid. Il est poète, écrivain, aujourd’hui révolutionnaire par la force des choses. " Beaucoup d’amis m’ont envoyé des textos pour me dire qu’ils ont été choqués par mon engagement au MNLA. Je veux leur dire que je reste un homme épris de paix et de liberté. C’est au nom de ces valeurs que j’ai adhéré à ce mouvement. "Titulaire d’un Master en Management du développement et Communication acquis en France, l’homme est en charge (profil oblige) de la Communication et des affaires humanitaires au sein du Mouvement National de Libération de l’Azawad. " Je ne peux pas assister passif à la destruction de mon peuple au prétexte que je suis un pacifiste. " Moussa Ag Assarid vit entre le désert malien et la capitale française. Il a accepté de se prêter à cet entretien téléphonique sur la crise au Nord Mali. Lisez plutôt.

Voulez-vous présenter votre mouvement à nos lecteurs ?

Moussa AG Assarid  :
Permettez-moi avant tout de déplorer le traitement médiatique qui est fait de ce mouvement que l’on présente comme des bandits armés. Il y a certainement en cela une carence en communication de la part du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), ce qui a permit à la communication gouvernementale de prendre le dessus. Le MNLA est un mouvement politique, mais nous avons vu les limites du politique, ce qui nous a conduit à ajouter une composante militaire. C’est une suite d’événements qui ont fait du MNLA un mouvement politique révolutionnaire. Il comprend tous les déçus du mouvement politique, des intellectuels, de jeunes diplômés chômeurs. Il ne comprend pas que des touaregs mais d’autres communautés : arabes, peuls, sonraïs etc… Nous nous battons pour la reconnaissance de l’autodétermination et l’indépendance de l’Azawad. Le 1er novembre 2010, il y a eu la naissance d’une association politique, le Mouvement Nationl de l’Azawad qui regroupait de jeunes ressortissants du Nord Mali. Ces jeunes voulaient se battre sur le terrain démocratique, mais ils ont subi la répression des services secrets maliens. Si nous remontons plus loin dans l’histoire, le premier mouvement qui s’appelait Mouvement Populaire de l’Azawad qui prônait l’indépendance a été réprimée dans le sang. Accusé de complicité avec cette rébellion, mon père a été arrêté et emprisonné six ans durant de 1963 à 1972. En 1990, naquit la deuxième rébellion. Elle fut également réprimée dans le sang. Ce qui a mis fin à cette rébellion, ce sont les massacres des populations par l’armée malienne. Elle a monté le mouvement Gandakoye qu’elle a utilisé pour frapper les populations touarègues. Les accords d’alors ont été littéralement arrachés par le pouvoir malien. C’est ainsi que les armes avaient été rendues. 2006, c’est la rébellion de AG Bahanga et d’autres petits mouvements nés du non respect de l’accord national. Cette rébellion là a aussi accouché des accords d’Alger, et chaque fois c’est la même chose. Nous avons tiré leçon de tout cela et nous avons fédéré toutes les communautés du Nord à notre lutte. La répression de l’armée malienne contre les touaregs avait poussé nombre d’entre eux en Libye et en Algérie. Il y en a qui ont intégré l’armée de Kadhafi. Avec ce qui s’est passé là-bas, certains ont refusé de combattre les révolutionnaires libyens et ont rejoint le Mali. Le MNLA a accueilli c’est vrai d’anciens combattants de l’armée libyenne mais aussi de nombreux déserteurs de l’armée malienne. Parmi ceux qui sont rentrés de Libye il y’ en a un qui dirigeait l’armée du sud Libye. Ce dernier nous a rejoint avec des armes.

Le mali n’a pas de frontière avec la Libye. Comment ces combattants ont pu rentrer sans être inquiétés ?

Les gens du désert ne connaissent pas les frontières. Impossible de mettre des barbelés dans le désert. Comment les gens d’Aqmi qui sont des algériens ont pu s’établir au Mali ?J’observe simplement qu’au Niger, plusieurs caravanes de compatriotes venus de Libye y ont été bien accueillis. Au Mali, on les a traités de tous les maux. ATT quant à lui a agi comme il sait le faire. Il a dressé les tribus les unes contre les autres.

Quelle est la situation sur le terrain ?

Permettez-moi d’user de votre organe pour présenter nos condoléances aux parents de toutes les victimes. Depuis le 17 janvier, il y a eu des blessés et des morts de tous les côtés. La stratégie du MNLA est : primo d’éviter autant que faire se peut qu’il y ait mort d’homme, deusio d’épargner les populations civiles. Nous occupons à 100%, quatre localités situées aux frontières du Niger, de la Mauritanie et de l’Algérie. Notre objectif est de remonter les capitales régionales, Tombouctou, Gao et Kidal. Il y a un front autonome dans chacune de ces régions qui remonte vers la capitale régionale. Nous ne cherchons pas à ôter des vies humaines gratuitement. Celui qui dépose les armes est traité comme un prisonnier de guerre. J’ai personnellement visité des camps mobiles récemment et les prisonniers sont bien traités. Si lors des attaques des casernes, des militaires prennent la fuite, nos combattants ne les poursuivent pas. Notre cible c’est l’armée d’occupation du Mali. Le MNLA installe dans chaque territoire conquis une administration.

Vos rapports avec Aqmi ?

Nous n’avons aucun rapport avec Aqmi. Nous n’avons pas d’idéologie religieuse. Nous souhaitons mettre en place une république laïque, la république laïque de l’Azawad. Nous entendons mettre fin à la criminalité qui sévit dans l’Azawad. Nous invitons tous ceux qui veulent lutter contre la criminalité transfrontalière à s’adresser au MNLA. Nous considérons les pays frontaliers comme des pays amis et frères. Les citoyens maliens sont nos frères. Nous ne revendiquons que le droit de vivre sur notre territoire.


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