Nouvelle vision urbaine : A bâtons rompus avec le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme

Publié le mardi 9 avril 2019

Habitat et urbanisme, quelle vision d’avenir ? Voilà une réflexion incontournable malgré et nous dirions surtout à cause des questions cruciales que pose aujourd’hui la vie urbaine. La question cruciale du logement, la nécessaire transformation du cadre de vie, la congestion préoccupante des déplacements, ce sont là quelques défis qui interpellent les politiques publiques à un moment où la tendance mondiale est à l’urbanisation. Selon un rapport de l’ONU, 66% de la population mondiale, soit environ 6 milliards d’êtres humains vivront dans des zones urbaines d’ici 2050. En 2015, nous étions à 54% de la population mondiale. Face à un tel rythme effréné, il est urgent de trouver des solutions pertinentes résolument ouvertes sur l’avenir. L’Evénement a rencontré le mardi 5 mars dernier, dans ses nouvelles installations, Maurice Dieudonné Bonané, ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme. Pendant plus de deux heures d’horloge, nous avons échangé avec lui sur la politique de son département mais aussi et surtout sur le bilan de son équipe depuis 2016, année de son installation à la tête de son ministère. Les questions d’occupation des sols, l’aménagement des espaces urbains, les lotissements, les logements sociaux, les promoteurs immobiliers privés, le rôle des acteurs locaux, leur maitrise des outils de planification dans le domaine de l’aménagement de l’espace urbain mais aussi sur les questions foncières en général dans les communes rurales ont constitué la substance de nos échanges. Nous avons aussi parlé du profil de la ville du futur telle qu’il l’imagine. Il en est ressorti un portrait-robot. Un mix de facteurs dont l’inventivité est le maitre-mot. Lisez plutôt !

Quelle est la politique de votre département qui est en même temps celle du gouvernement, en matière d’habitat et d’urbanisme ?
Le ministère en charge de l’urbanisme et de l’habitat, conformément à ses missions, assure la mise en œuvre et le suivi de la politique du gouvernement en matière d’urbanisme, d’habitat et de construction. En matière d’urbanisme, il s’agit essentiellement de l’élaboration et la mise en œuvre de la politique nationale d’aménagement urbain, des outils de planification que sont les schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) et les plans d’occupation des sols (POS). Il s’agit aussi d’appuyer les collectivités territoriales dans la gestion de l’espace urbain et enfin, du contrôle de l’application de la règlementation en matière d’urbanisme. En matière d’habitat, il s’agit essentiellement de la mise en œuvre de la politique d’accès au logement, la construction de logements, la viabilisation des zones d’habitation urbaine, de l’élaboration et du contrôle de la règlementation sur la promotion immobilière. En matière d’architecture et de construction, le ministère est chargé de suivre la maitrise d’ouvrage des bâtiments édifiés par l’Etat et les collectivités locales, ainsi que du contrôle de l’ensemble des constructions et des aménagements au niveau national. Le ministère, de manière globale, encadre également les collectivités locales dans ces différents secteurs. Toutes ces missions sont mises en œuvre dans le cadre du programme présidentiel et du Plan national de développement économique et social (PNDES).

Vous êtes à la tête de ce département depuis 2016. Quel est votre bilan ?
En matière d’outils de planification urbaine que sont les schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme, le Burkina n’avait réalisé que 14 schémas à la date de janvier 2016. Dès que nous sommes arrivés, nous avons lancé la réalisation de 13 schémas qui vont bientôt être adoptés en conseil des ministres conformément au code de l’urbanisme. Nous comptons avant d’ici à 2020, couvrir les 45 chefs-lieux de provinces. Pour 2018, compte-tenu des régulations, nous n’avons pas pu en faire d’autres, mais pour 2019 il est prévu entre 6 et 10 schémas en fonction des dotations budgétaires définitives. Il y a également le schéma directeur d’aménagement du « Grand Ouaga » (SDAGO). Qui concerne la ville de Ouaga et les 6 communes rurales voisines : Koubri, Komsilga, Tanghin-dassouri, etc. Nous avons, au niveau de ce schéma, dépassé le stade de l’adoption par la commission nationale d’aménagement du territoire. Il ne reste plus qu’à l’introduire en conseil de ministres parce que tout ce qui est outil de planification, les schémas directeurs essentiellement, est adopté au niveau national et les plans de lotissement au niveau communal. Toujours dans le même cadre, il restait encore près de 88 chefs-lieux de communes rurales n’ayant jamais connu un premier lotissement. En 2016 nous avons lancé la réalisation de 55 lotissements au niveau des communes rurales qui n’avaient jamais connues de lotissements. Il nous reste une trentaine de communes que nous comptons prendre en compte en 2019. Donc ce volet de programme sera entièrement exécuté. Il faut souligner sur cette question que pour diverses raisons liées à des tensions sociales, les autorisations de lotissement avaient été suspendues depuis 2013. Mais le gouvernement pouvait, pour des raisons particulières, prendre des mesures exceptionnelles pour réaliser un certain nombre de lotissements et les lotissements dans les 88 chefs-lieux de communes rurales n’ayant pas connu leurs premiers lotissements s’inscrivent dans ce cadre-là. Cela a été fait et nous sommes en train de nous atteler à les achever. Pour ce qui est du programme de logement, nous avons lancé le Programme National de Construction de Logements appelé communément projet 40 000 logements. A ce jour, du point de vue exécution nous sommes à plus de 4000. Mais il y a beaucoup de contraintes liées à la mise en œuvre de ce programme. Il y a la mobilisation du foncier qui nous a pris énormément de temps. Vous êtes témoins de tous les mouvements qu’il y a autour du foncier, liés à la législation et la réglementation en la matière. Donc la mobilisation du foncier dans les chefs-lieux de communes urbaines et rurales nous a causé énormément de difficultés. Toutefois, les autorisations d’aménagement ont été signées et donc la réalisation des logements va se poursuivre. Récemment, nous avons lancé 300 logements à Banfora. Sur le nombre de logements prévus dans les régions, nous avons 300 dans les chefs-lieux de régions, 50 dans les chefs-lieux de provinces et dans les chefs-lieux de communes, entre 10, 20, 30 en fonction de la demande. Vous avez également les cités du 11 décembre à Gaoua, Manga et bientôt Tenkodogo. A Ouagadougou également 1260 logements qui ont été mis à la disposition des différents demandeurs. Il faut dire que la principale difficulté que nous rencontrons dans le cadre de l’exécution de ce programme 40 000 logements, c’est le niveau faible de revenus des souscripteurs et les conditions au niveau des institutions bancaires. Concernant le logement et dans la sous-région en général, il faut des crédits de longue durée pour une quinzaine voire une vingtaine d’années. Nous sommes en discussion avec le système bancaire pour trouver des solutions. Pour le moment, ils sont à 7, 8 ans, ce qui fait que les remboursements deviennent difficiles à supporter pour les acquéreurs.

Vous avez dit que de 1960 à 2016 il y a eu 14 schémas directeurs qui ont été réalisés. En un rien de temps vous avez pu réaliser 13. Qu’est ce qui peut expliquer ce décalage ?
C’est que le principe d’outils de planification urbaine que sont les schémas directeurs n’a été institué que dans le cadre du code de l’urbanisme en 2006. Avant 2006, ce n’était pas des outils obligatoires dans le cadre des aménagements au niveau national. C’est ce qui explique que beaucoup de villes n’aient pas eu cette chance d’avoir des schémas directeurs. Il y avait des villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso qui avaient des schémas directeurs mais, de manière générale, dans les autres villes, c’était simplement des plans de lotissements. Alors que le schéma directeur permet de faire des projections sur un temps plus long et de pouvoir utiliser beaucoup plus judicieusement l’espace urbain.

En 2016 vous avez hérité d’un dossier brûlant sur le foncier urbain. Quel est l’état des lieux de ce dossier ?
Effectivement quand nous sommes arrivés en 2016, il y avait le dossier brûlant de l’apurement du passif sur le foncier urbain durant la période 1995 à 2015. L’Assemblée nationale a mis en place une commission d’enquête qui a déposé son rapport auprès du gouvernement. Le gouvernement, après étude de ce rapport, a décidé de la mise en place d’une commission interministérielle pour apurer effectivement le passif dans les 49 communes qui avaient été épinglées. La mission de cette commission interministérielle est déclinée en deux grands aspects. D’abord le travail de bureau, ensuite le travail de terrain. Cette commission devait investiguer sur les dérives de 20 ans de gestion du foncier. Au départ, le gouvernement s’était donné 6 mois, mais au vu de la profondeur des problèmes posés, la commission a débordé sur les délais et a pu déposer un rapport qui faisait le point des dérives que l’Assemblée avait constatées, et des plaintes des populations concernées qui n’avaient été résolues. La deuxième phase qui se déroule actuellement permettra de trancher les différents cas de difficultés qu’il y a eu sur le terrain et favoriser ainsi l’apurement du passif sur le foncier dans ces centres urbains. Nous avons, pour des raisons économiques et sociales au niveau du gouvernement, décidé de lever la mesure de suspension de lotissements pour ne pas pénaliser les autres communes. Nous l’avons, par contre, maintenue à Ouagadougou et Bobo parce que près de 75% des problèmes enregistrés dans le cadre des travaux de cette commission d’enquête parlementaire concernent ces deux grandes villes. Nous avons donc décidé de continuer le travail de la commission, de l’approfondir de manière à régler définitivement toutes ces difficultés avant de pouvoir lever la mesure à Ouagadougou et Bobo. Des commissions, composées de la société civile, de l’administration, des collectivités locales ont été mises en place dans les deux communes. Elles ont prêté serment devant les tribunaux et se sont mises au travail pour que nous puissions être dans les délais. Les travaux des commissions ont connu un certain nombre de difficultés, notamment les questions de rétribution des commissaires et certaines questions matérielles. Toutes ces questions ont trouvé des solutions au moment où je vous parle. Les commissions sont maintenant dans les conditions de travail pour l’aboutissement dans les délais prévus.

Mais au même moment on constate que les sociétés immobilières sont en train de s’accaparer les terres. Quelle est la lecture que vous en faites ?
J’appellerais ça la mobilisation des terres. Parce que depuis l’adoption de la loi sur la réorganisation agraire et foncière (RAF) de 2012, le foncier a trois types de propriétaires : l’Etat, les collectivités locales, et les particuliers (il vous souviendra que sous la révolution toutes les terres appartenaient à l’État). La RAF de 2012 avait pour but d’encourager la promotion de l’agriculture, et elle a permis de donner la possibilité aux agriculteurs de pouvoir accéder à des documents juridiques afin de contracter des prêts dans les institutions bancaires. En fait ce sont tous ces aspects qui ont donné une certaine ouverture. Quand vous faites le point de ce que vous appelé accaparement, c’est dans les communes rurales. Et qu’est ce qui s’y passe ? Les transactions sont prévues sur le plan légal mais ces terres ne sont pas destinées à un aménagement urbain. Ces terres sont destinées à l’agriculture, à l’élevage et aux activités rurales. C’est après avoir fait les transactions qu’il y a toutes les difficultés dont vous parlez. Nous nous attelons actuellement à mettre de l’ordre dans ce domaine parce que l’avantage du Burkina, c’est que nous avons, dans la sous-région, un dispositif juridique et réglementaire assez solide. C’est en fait la mise en œuvre, le respect des dispositions qui pose problème. Je prends un exemple. Vous avez un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme d’une ville qui prévoit la vocation des différentes terres : habitation, commerce, etc., mais souvent ces éléments ne sont pas respectés par les acteurs. Vous voyez ? Ce que je peux ajouter, est qu’après la première phase d’acquisition du foncier, il y a une autre phase qui consiste à s’approcher des services techniques de l’urbanisme, du ministère de l’économie et des finances. C’est au niveau de cette phase que nous comptons régler les insuffisances que vous constatez dans les questions d’accaparement, si je peux reprendre le terme « accaparement des terres ».

La commission d’enquête avait relevé également d’autres irrégularités telle que la spéculation sur le prix des terrains. Et par rapport à cette question, la recommandation était d’homologation des prix pratiqués par les promoteurs immobiliers. La commission interministérielle travaille sur cette question précise ? Où en est-elle ?
Pour ce qui est des prix des terrains, la réglementation prévoit 500f le mètre carré je crois en ville et de 300f dans les communes rurales et autres agglomérations, il faut dire que le déficit de logement a favorisé une évolution exponentielle du coût du foncier en milieu urbain. Nous sommes en discussion au niveau du gouvernement pour encadrer les prix du foncier au niveau de nos centres urbains, des grandes villes, des villes moyennes etc. Mais c’est le ministère en charge de l’économie et des finances qui est chargé de ces questions au niveau national. Le ministère en charge de l’urbanisme et de l’habitat s’occupe essentiellement des questions d’aménagement.

Vous dites que vous vous attelez à régler le problème de l’accaparement des terres. Il y a quand même un décret qui définit clairement les conditions de changement de destination de terre. Y a-t-il des difficultés qui empêchent de mettre en application ce décret ?
Je disais tantôt que sur le plan des textes sur le foncier, nous sommes un des pays les mieux outillés au niveau de la sous-région. L’accaparement des terres, c’est un processus. Je prends un exemple. Un promoteur Y va voir un propriétaire coutumier, ils font des transactions, je dirai à la limite souterraines, entre acteurs qui ne sont pas nécessairement portées en temps réel à la connaissance de l’administration. Ce n’est que quand le promoteur veut mettre en œuvre un projet qu’il approche l’administration. En ce moment, les textes qui existent nous permettent de recadrer les choses. Maintenant ce qu’il va falloir faire au niveau de l’ensemble de ces communes, c’est de voir comment éviter qu’il y ait même ces débuts d’achats à des buts spéculatifs et de gestion. Mais comme vous le savez, dans le cadre de la décentralisation, les communes ont un minimum d’autonomie en matière de gestion foncière. Comment mettre un dispositif de manière à encadrer cela et éviter que ces cas ne puissent arriver ?

Il y a un début de travail qui a été fait à ce niveau je voudrais citer l’exemple, enfin l’organisation justement sur le terrain, notamment à travers la délivrance d’attestations de possession foncière. J’ai en vue l’exemple de Padema. J’ai également en vue cette expérience pilote qui s’est déroulée au niveau de la Sissili appuyée par les Américains. C’est quand même un début d’organisation de la palabre au niveau des collectivités locales Est ce qu’au niveau du gouvernement vous avez capitalisé cela et où est ce que nous en sommes aujourd’hui ?
Quand on parle du foncier il y a diverses palettes : le foncier urbain, le foncier pastoral, le foncier agricole etc. Je crois qu’à la faveur de l’ensemble des textes qui ont été pris pour organiser ces secteurs et des expériences pilotes comme celles de Padema et de Zorgho, le gouvernement organisera bientôt une rencontre pour un échange et voir quelles sont les insuffisances. Comment le foncier agricole et le foncier urbain peuvent se gérer sans qu’il n’y ait trop d’interférences ? Et comment assurer la sécurité foncière de l’ensemble des acteurs ? Il y a également l’attestation de possession foncière. C’est une avancée. Attestation de possession foncière, permis urbain d’habiter, autorisation d’exploiter, etc. comment toute cette panoplie de possibilités juridiques et règlementaires, au regard de l’expérience qu’on a vécu, peut permettre une meilleure gestion du foncier ? Aujourd’hui vous avez dans des zones comme Sapouy des propriétaires de centaine d’hectares. Est-ce que c’est opportun ? Est ce qu’on peut continuer à donner de telles autorisations, même si les intéressés ont les moyens ? C’est autant de questions auxquelles il va falloir trouver rapidement une solution pour éviter que le foncier ne devienne un sujet de tension.

L’impression est que finalement, le vrai problème c’est le fait accompli. Les spéculateurs immobiliers, les propriétaires terriens, etc., font les opérations et c’est après que l’administration est informée. Est-ce que ce n’est pas là qu’il faudrait mettre le verrou ? C’est-à-dire obliger tout acheteur, tout vendeur à faire la transaction devant l’administration qui peut accepter ou refuser ?
Le vrai problème c’est le rôle des acteurs. Il faut que tous les acteurs jouent franchement leurs rôles (administration centrale, collectivités locales, populations etc). Regardez par exemple la police foncière. Au niveau de chaque commune, elle est du ressort du conseil municipal. Mais les acteurs ne jouent pas leurs rôles. Peut-être des insuffisances de formation. Si chaque acteur joue son rôle de manière à ce que toutes ces opérations ne puissent pas prospérer, je pense qu’on pourra arriver à des résultats. Il y a un travail de sensibilisation, d’information et de formation mais aussi de responsabilisation au niveau de chaque acteur. Il y a beaucoup de décisions où le conseil municipal a donné son autorisation pour des opérations foncières qui n’ont pas prospéré parce que non conformes aux textes.
Maintenant il y a des personnes indélicates qui vont par exemple placer des bornes, et tromper la vigilance des paisibles populations. Ces situations, ce sont les conseillers municipaux qui doivent pouvoir les dénoncer de manière à ce que l’administration prenne des sanctions.

On a un promoteur privé qui a pris l’initiative de construire une ville, la cité de Yennega. Les travaux de construction ont déjà commencé mais au regard des dispositions légales, il est du ressort de l’État seul de créer une ville. Quel est votre commentaire ?
Comme vous l’avez dit il n y a que l’État qui peut créer une ville. Donc ce n’est pas une ville c’est une cité, un nouveau pôle urbain, avec un certain nombre de commodités. Une ville suppose un certain nombre de dispositions même, sur le plan administratif. C’est un projet dont nous avons hérité mais nous l’avons recentré de manière à ce que la mise en œuvre des aspects, liés au pouvoir régalien de l’État, puissent être préservés.

Etant donné que c’est l’État seul qui peut créer une ville, quelle est la vision politique en matière de création de villes ? On est même tenté de vous demander les caractéristiques de la ville du futur.
La ville du futur, c’est une ville planifiée, bien aménagée avec des équipements socio-économiques ( écoles, des centres de santé, un marché…) et dont les questions urbaines sont résolues. Une ville où la planification n’est pas respectée, où les rues sont des rues marchandes, les espaces verts et réserves publics sont déviés de leurs destinations de départ est une ville non fonctionnelle. D’où l’importance pour les acteurs d’une ville de respecter les outils de planification

Est-ce que vous avez en projet la création de villes dans ce sens ?
Dans le cadre du schéma directeur d’aménagement du “Grand Ouaga”, il est prévu des pôles secondaires urbains qui permettront de désengorger le centre de OUAGADOUGOU et de restructurer les quartiers anciens. Des pays comme le Royaume du Maroc ont mis en œuvre des expériences édifiantes dont nous pouvons nous inspirer

Vous avez évoqué le cas du Rwanda, c’est vrai que l’État ce n’est pas forcément par la contrainte. Il faut effectivement la concertation. Mais est-ce que ne faudrait pas un peu de contrainte ? Parce-que au Rwanda, les gens ne se sont pas dit brusquement qu’il faut être citoyens et accepter un certain nombre de choses. Votre future ville les Burkinabè vont l’accepter difficilement. Ça fait 20 ans que le projet Zaca existe mais on attend toujours, rien n’est fait.
Je veux dire à propos de ZACA et OUAGA 2000 que nous avons pris des mesures fortes tendant à engager juridiquement le processus de retrait des parcelles non mises en valeur notamment plus de 180 parcelles à ZACA et près de 400 parcelles à Ouaga 2000. Ces aménagements spéciaux ont été réalisés pour des objectifs précis que nous tenons à atteindre.
Nous sommes en train d’aller dans le sens que vous venez d’évoquer. A Tenkodogo, pour ceux qui connaissent, il y a eu des difficultés par rapport à un site du 11 décembre, le conseil municipal s’est assumé et nous avons obtenu des résultats qui permettent le démarrage des travaux. Donc nous évoluons progressivement vers la prise de responsabilité dans chaque situation. A Bobo-Dioulasso également vous avez vu qu’on a commencé à libérer certaines zones d’habitats spontanés. Dans le cadre des travaux de la commission d’enquête parlementaire sur le foncier, nous comptons libérer des espaces verts et autres réserves administratives avec toutes les conséquences qui vont en découler.

Dans le domaine des lotissements, on remarque que certains élus locaux ne maîtrisent pas vraiment les différents schémas directeurs en ce qui concerne les aménagements. Pourtant c’est quand même un élément important pour pouvoir réussir les lotissements. Qu’est-ce qui est prévu pour combler ce vide ?
Dès que nous sommes arrivés nous avons organisé des rencontres au niveau régional pour essayer de renforcer les capacités des élus locaux sur les dispositions en matière d’aménagement, d’autorisation pour les constructions et autres ouvrages à réaliser dans les différentes localités. Mais c’est un travail qu’il faut approfondir parce-que nous n’avons pas pu toucher l’ensemble des élus. Il faut essayer de réorganiser ça en réduisant l’aire géographique de manière à ce qu’il y ait un véritable renforcement de capacités des élus locaux. Nous avons des directions régionales dans les 13 régions du pays qui assurent l’encadrement des collectivités locales en matière d’aménagement, d’urbanisme et de construction. Et de temps en temps, au niveau des régions, il y a des rencontres qui sont organisées par les autorités déconcentrées. Le problème est que nos collectivités locales sont démunies en matière de service d’aménagement et de services fonciers. Elles manquent également de personnels qualifiés dans ce domaine. Donc il nous faut des efforts plus importants dans le cadre de la formation des responsables locaux.

Vous avez parlé du projet 40 000 logements et surtout de son avancement. Qui construit ces logements ? Est-ce l’État ou les promoteurs immobiliers privés ?
Les 40 000 logements sont mis en œuvre dans le cadre d’un partenariat public privé. Vous avez donc les promoteurs immobiliers privés, et vous avez le promoteur immobilier public qui est le CGCI, (le Centre de gestion des cités). Donc, il y a des logements qui sont entièrement mis en œuvre par les promoteurs privés, des logements qui sont mis en œuvre par le CGCI, il y a aussi des situations où ce sont des logements qui sont mis en œuvre par l’Etat et les promoteurs privés. Je prends par exemple le cas des cités du 11 décembre. Nous faisons appel à des promoteurs privés qui viennent dans le cadre d’une convention établie, pour la réalisation de ces logements. Mais un promoteur privé peut également offrir des logements en suivant les caractéristiques. Dans chaque programme immobilier d’envergure, nous exigeons au moins 30% de logements sociaux, qui ont un certain nombre de caractéristiques.

En dehors des cités du 11 décembre, sur le site de Bassinko, on voit des sociétés immobilières privées. Quelle est la relation que l’Etat a avec ces sociétés ?
Pour ce qui est du site de Bassinko, le mécanisme est simple. C’est l’Etat qui a procédé aux aménagements, lotissements, viabilisation, c’est-à-dire l’eau, la voirie, l’électrification, les caniveaux, les canalisations. Il signe une convention avec un promoteur sur un nombre déterminé de logements (200, 500). En suivant cette convention, c’est le promoteur qui recherche le financement, qui construit les logements, qui est payé selon la convention pour un certain délai, et l’Etat se charge maintenant de commercialiser ces logements. Dans la convention, tout ce qui est logement social, est commercialisé par l’État. Les logements d’autres standings peuvent être commercialisés dans certaines conditions, par des promoteurs. En dehors de cela, le promoteur privé peut rechercher son foncier, construire ses logements, et les commercialiser. Mais en respectant les quotas de 30% de logements sociaux. Les coûts de revient sont souvent difficiles à supporter, donc l’Etat intervient pour les questions de viabilisation et autres. Parce que si on doit répercuter tous les coûts d’aménagement sur le prix des logements, vous ne pourrez pas faire du social. Si vous prenez une zone comme la Sonatur Ouaga 2000, le coût du mètre-carré est largement supérieur au prix de logement et de la parcelle que nous livrons à la population à bas revenus.

Qu’en est-il du FOLOS ?
Le FOLOS (Fond du logement social), estimé à près de 1,5 milliards chaque année, est un montant qui était mis par l’Etat à la disposition de l’ancienne banque de l’habitat du Burkina Faso pour atténuer le coût du prêt. Puisqu’au niveau des banques, nous étions autour de 9 à 12% d’intérêt par an. La mission du FOLOS c’était de ramener ce taux à 5,5%. Une forme de compensation, afin de rendre le crédit supportable par les bas revenus. Le FOLOS a disparu depuis 2015-2016. Il n’a pas été renouvelé parce qu’il y a eu des difficultés dans sa mise en œuvre. La Banque de l’habitat l’a utilisé pour donner des prêts, alors que ce n’était pas pour donner des prêts. Ça servait à atténuer le taux du crédit, il y a eu une déviation de la mission du FOLOS. Compte-tenu de l’expérience de la gestion du FOLOS, l’Assemblée nationale a demandé à ce qu’on suspende et qu’on revoit un peu toutes ces questions. C’est avant notre arrivée que le constat a été fait. Heureusement que progressivement certaines banques ont réduit le taux d’intérêt. Il y’en a qui sont passées à 6 %. Avant toutes les banques étaient autour de 9 à 10. Il n’y a plus de difficultés. Un autre problème qu’il y avait c’est que le FOLOS était géré seulement par la banque de l’Habitat. Les clients qui avaient des comptes dans d’autres banques, pour avoir le logement, étaient obligés de migrer et cela a posé même un problème d’équité entre les banques. Donc on a estimé que pour toutes ces raisons, il fallait revoir la philosophie du FOLOS.

Comment réagissez-vous lorsque vous êtes en partenariat avec une société immobilière privée, qui prend une part du marché et qui n’arrive pas à l’exécuter ?
On résilie. Il n’y a pas d’autres solutions. Il y a eu des cas où on a résilié. Dans la cité de Bassinko par exemple. Vous avez un délai pour réaliser et au bout du délai, s’il n’y a pas eu une brique sur une des parcelles, on résilie le contrat parce qu’il y a des dispositions qui permettent de le faire. On les réattribue à d’autres promoteurs qui ont des capacités. L’un des principaux problèmes des promoteurs que les gens ignorent, c’est que ce sont eux-mêmes qui mobilisent leurs finances et qui viennent construire sous le contrôle de l’administration. C’est pour ça aussi que dans le coût du logement, il y a un volet destiné au contrôle, qui n’existait pas avant, et qui nous assure que les logements soient construits dans les règles de l’art.

On a constaté la présence des Turcs sur le site Bassinko. Qu’est ce qui justifie leur présence ? Est-ce parce que les sociétés immobilières nationales n’arrivent pas à honorer leurs engagements ou bien quel type de contrat lie l’Etat à ces Turcs ?
A Bassinko, nous n’avons pas traité avec une société turque. Les promoteurs immobiliers privés Burkinabè peuvent, dans le cadre de leurs relations, avoir des partenaires turcs. Mais nous sommes présentement en train de discuter des conventions avec des promoteurs turcs pour d’autres zones. L’avantage c’est le partage d’expérience en matière de technologies. Les promoteurs étrangers sont des sociétés qui peuvent vous construire 200, 300 ou 400 maisons, en un mois, avec des technologies nouvelles. C’est ça l’intérêt. Un autre avantage, c’est de pouvoir construire des logements collectifs, ce qu’on appelle communément les HLM. Nous sommes en train de nous orienter sérieusement dans la densification du tissu urbain à travers la construction de logements collectifs et amener les Burkinabè à intégrer dans leurs habitudes quotidiennes la vie en appartement et la copropriété. Mais il y aura un travail de sensibilisation, d’information, pour que ces habitudes puissent s’intégrer dans notre quotidien.

Quelles sont les conditions pour devenir copropriétaire ?
Ce sera les mêmes conditions quand les bâtiments seront édifiés. Au moins, nous avons une loi sur la propriété, c’est à la mise en œuvre de cette loi qu’il faut s’atteler. Il y a des bâtiments qui seront construits, R+3, R+4, R+5. À l’intérieur vous avez des parties communes et des obligations communes. Chacun pourra payer son appartement par payement directe ou par payement échelonné en fonction de ses revenus, et pourra bénéficier de son titre de propriété en fonction des dispositions réglementaires sur la surface qui le concerne. Par exemple, vous êtes au troisième, votre titre de propriété porte sur le troisième niveau. Vous avez des parties communes que vous pouvez utiliser : les escaliers, les ascenseurs, les caves, les parkings, etc. A côté du ministère, vers l’aéroport, il y a un espace où il est prévu quelques appartements. À Bassinko aussi.

On dit généralement que gouverner c’est prévoir. Avec le projet de 40 000 logements, Bassinko semble être le plus grand pôle d’attraction à Ouagadougou. Mais la voie qui y mène, juste après l’échangeur, est assez étroite. Est*ce que vous ne pouvez pas anticiper en élargissant cette voie ?
Bassinko est un nouveau pôle urbain qui aura plus de 100 000 habitants, avec la construction du plus grand hôpital dans les alentours. Le projet d’élargissement, de doublement, de la voie après l’échangeur, des voies d’accès, est en cours de planification. Parce qu’avec toute cette « marée humaine » qui va aller du pôle urbain et revenir, il y aura nécessairement l’embouteillage dès le départ. Pour la principale voie d’accès au site, on a prévu de faire deux fois deux voies, éventuellement, même si ça va être progressivement comme on le fait dans certains pays.

Le Burkina Faso est un pays qui a des ressources financières très limitées, mais on a l’impression que les cités du 11 décembres sont un gâchis dans la mesure où elles sont très peu occupées. Qu’est-ce que vous en dites ?
Effectivement, dès que nous sommes arrivés, nous avons fait le même constat. Vous allez à Koudougou, Kaya, toutes les grandes villes où il y a eu la commémoration du 11 décembre, il y a des villas hyper luxueuses, construites dans des zones hyper aménagées, avec tout le confort, mais inoccupées. C’est pour cela que nous avons décidé de faire une rupture et la première expérience de cette rupture, c’était avec Gaoua. Nous sommes descendus des cités hyper luxueuses à des logements accessibles aux plus faibles revenus. A Gaoua, à l’époque, nous avons pu descendre jusqu’à 3,5 millions à cause de la disponibilité, sur place, des matériaux locaux, la pierre taillée notamment. Çela participe de la promotion des matériaux locaux et de la répartition de la richesse au plan local. Donc nous nous orientons plus vers la construction de logements à prix abordables qui seront immédiatement occupés après les festivités. Dans toutes ces localités, la demande de logement est importante, mais il faut qu’ils soient à des coûts abordables. A Gaoua, nous avons fait près de 475, autour de 500 logements, dont les 2/3 sont des logements sociaux, entre 3,5 et 7 millions. Je pense que si on continue dans cette lancée, on va équiper progressivement l’ensemble des villes. Dans le cadre du programme, il y a un quota qui est prévu pour chaque localité, en fonction de son importance. Les chefs-lieux de régions, de provinces, et de communes rurales, parce que tous ces enseignants et agents de santé qu’on envoie dans ces zones ont généralement des problèmes de logement.

Dans deux ou trois ans, nous serons à la fin de la rotation, pour ce qui concerne la commémoration du 11 décembre dans les régions. Pour le reste, comment est-ce que vous voyez ça ?
Le Secrétariat Permanent du 11 décembre réfléchit à la question en relation avec les ministères concernés et des propositions seront faites en temps opportun.

D’aucun ont critiqué l’approche actuelle, parce que dans l’organisation au niveau des régions, les provinces ne sont pas assez intégrées.
C’est une critique juste que nous avons relevée et à laquelle nous avons remédié pour ce qui est du 11 décembre à Manga.

On a construit des logements à Po puis à Kombissiri. On a réfectionné des préfectures de la région, on a construit quelques CSPS (4 ou 5). Il y a eu également des terrains de sport qui ont été aménagés, des routes ont été bitumées (5 km à Kombissiri, 5 km à Po). C’est le même schéma qui sera fait à Tenkodogo avec l’avantage que le Centre-est une région qui a un potentiel économique important. Koupéla, Ouargaye, et les communes rurales émergentes de la région.

La Rédaction


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