Un vieillard assis voit plus loin qu’un jeune debout !

Publié le mardi 12 mars 2019

Notre pays, le Burkina Faso, a par son histoire récente, fait la fierté de l’Afrique et du monde entier. Oui, l’Afrique et le monde progressiste ont salué l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et aussi la résistance au coup d’état du 16 septembre 2015, cette entreprise thermidorienne qui n’a décidément rien retenu de l’histoire des peuples. Mais l’avenir des peuples repose sur une lecture lucide des conditions de sa marche en avant. Il est important d’identifier les ressorts qui ont rendu les succès possibles, ce qui aide à limiter les échecs et à préparer de meilleures conditions pour des succès plus grands. Sans cet exercice, on court le risque de s’installer dans l’illusoire, prémisse de lendemains qui déchantent.
Rendons à César ce qui est à César. Dans l’histoire de notre pays, la jeunesse a toujours joué un rôle clé. En 1966 comme en 2014, les jeunes ont été le fer de lance de ces deux plus importants mouvements sociaux de l’histoire de notre pays. Notons que les luttes qui se sont déroulées dans la période consécutive à l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, particulièrement de 1998 à 2002, ont constitué le marqueur principal, la toile de fond des mouvements sociaux de ces deux dernières décennies. Cela étant dit, quelques précisions sont nécessaires pour que l’on se comprenne bien. Jamais dans l’histoire, aucun mouvement social de fond n’a été le fait exclusif d’une seule couche sociale. Aussi longtemps que le mouvement restera confiné dans les limites d’une couche sociale, il restera marginal. S’il s’agit d’une cause nationale, alors il implique forcément l’ensemble des couches sociales. C’est ainsi qu’il acquiert une dimension historique avec des passerelles qui l’irriguent de l’énergie contributive de chaque segment de la communauté nationale. En 1966, c’est en qualité de jeunes scolaires que nous avions participé au soulèvement qui a mis fin au régime de Maurice Yaméogo. Il y avait des jeunes et des moins jeunes et même des personnes de l’âge de nos pères. C’est le cas notamment du Pr. Joseph Ki Zerbo, du syndicaliste et homme politique Joseph Ouédraogo, pour ne citer que ces deux hommes. En 2014, ils étaient nombreux les hommes de notre âge à protester dans la rue, avec de plus jeunes que nous et aussi avec des jeunes de l’âge de nos enfants. Et cela, à chaque appel du CFOP à manifester, y compris pendant les glorieuses journées des 30 et 31 octobre. Dans ce mouvement social général, il faut saluer les Intellectuels du Manifeste, les religieux (en particulier l’église catholique), certains coutumiers et surtout les journalistes et j’en oublie sans doute, dont le rôle a été essentiel dans la maturation des esprits sur les enjeux du moment.

« Aujourd’hui, il se trouve certains esprits, en particulier parmi les jeunes, pour faire une lecture opportuniste forcément erronée de notre histoire nationale en s’octroyant le mérite exclusif des luttes victorieuses menées par l’ensemble de notre peuple »

Aujourd’hui, il se trouve certains esprits, en particulier parmi les jeunes, pour faire une lecture opportuniste forcément erronée de notre histoire nationale en s’octroyant le mérite exclusif des luttes victorieuses menées par l’ensemble de notre peuple. A partir de leur postulat, ils en arrivent à revendiquer des avantages politiques et autres, sans autre considération que la classe d’âge à laquelle ils appartiennent. On aura compris que la seule motivation dans les mouvements sociaux de ces prétentieux n’est rien d’autre que le profit personnel. On peut le comprendre. Pour autant, cela n’autorise pas à jeter l’opprobre sur toute une classe d’âge dont le tort est de réunir des hommes et des femmes au profil riche d’expérience. Le Pr. Joseph Ki Zerbo a dit une chose très importante au regard de la sagesse africaine : « un vieillard assis voit plus loin qu’un jeune debout ». La formule est moins un plaidoyer en faveur des anciens, qu’une invite à la prudence, à la modestie et surtout à l’ouverture d’esprit à l’endroit des jeunes. Certes, la jeunesse est synonyme d’enthousiasme et d’énergie mais l’enthousiasme et l’énergie ne sont une réelle force que quand ils servent une vision pertinente de l’évolution de notre société. Avouons que cela est loin d’être une affaire de chercheurs d’or…

Par Germain Bitiou NAMA


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