Bicaba raconte son village

Publié le mercredi 20 juin 2012


Ouakara est un village Bwaba situé à 300kms environ à l’ouest de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, à 83 km du chef lieu de la province du Mouhoun, Dédougou. Ce nom a été rendu célèbre par un certain Nazi Boni, écrivain et homme politique Burkinabè dont la lutte contre le colonialisme français et le pouvoir néocolonial issu des indépendances des années 60, s’est achevée un certain 16 mai 1969 sur l’axe Bobo-Ouaga, au tristement célèbre carrefour de Sakoinsé. Nazi Boni fit la fierté du Bwamu (le pays des Bwaba) tout entier et son œuvre mythique « le crépuscule des temps anciens » demeure d’une qualité inimitable par les romanciers des temps actuels. « Histoire de Ouakara et de la famille Bouranouma » n’est pas celle de Nazi Boni, même si l’œuvre contient quatre pages consacrées au « souvenir d’un digne fils du Bwamu ». Il ne s’agit pas non plus d’un second ouvrage posthume du défunt politicien et éducateur. L’écrit de 156 pages est la réalisation d’une volonté et d’un profond engagement d’un autre fils du Bwamu : Magna Nazaire Bicaba, cadre de banque à la retraite issu du lignage Bouranouma. « Les Bouranouma forme une grande famille du quartier Sarakuy de Ouakara. Ce quartier est composé de 95% et plus des deux grandes familles qui sont d’une part celle des Yekinleouma et d’autre part celle des Bouranouma ». L’amour du terroir, le désir de faire connaitre le pays natal, la volonté de consigner à sa façon les riches pans de l’histoire d’une région, sont autant de raisons qui ont conduit l’auteur à produire cette chronique qui mêle généalogie, histoire de mise en place des populations et descriptions géoculturelles. En faisant appel à des sources orales avec précaution et esprit de discernement, Nazaire Bicaba, apporte à sa façon un démenti à ceux qui ont prétendu que les peuples africains qui n’avaient pas inventé une forme particulière d’écriture étaient sans histoire. Il fait plutôt sienne cet enseignement du sage de Bandigara, Hamadou Hampaté Bâ qui disait avec raison : « en Afrique quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Il s’est donc hâté de recueillir leur propos. C’est cette pertinence que souligne le préfacier Bali Nebié (l’écrivain burkinabè, prof de science de la vie et de la terre). « Toutes les personnes originaires de Ouakara et des villages environnants se retrouveront aisément dans cette chronique, source précieuse d’informations non altérées pour leur familles respectives », écrit-il. Entre histoire ancienne et histoire contemporaine, Nazaire Bicaba, fait une présentation large des hommes et de la culture de son village. Descriptions minutieuses et pleines d’émotion, l’œuvre transpire la nostalgie et le regret de voir d’aussi belles et bonnes choses partir en poussière de nos jours. Bravoure, sens de l’honneur, solidarité, dignité, etc. sont des valeurs que l’auteur aurait voulu voir toujours actuelles, comme aux temps jadis, à l’époque où, à travers monts et vaux, il chassait les oiseaux avec ses camarades de classe d’âge. Nazaire Bicaba en concluant son œuvre produite à compte d’auteur, reconnait les imperfections dont elle recèle et invite d’autres personnes à faire mieux. A ajouter la terre à la terre, comme la termitière vivante chère à Maitre Titinga Frédéric Pacéré.. Ni écrivain, ni histoirien, il fait à travers cet écrit, œuvre utile à la postérité. Au-delà de Ouakara et du Bwamu c’est une contribution à l’histoire générale du Burkina Faso. Si son cas pouvait faire des émules, ce sont les étudiants, chercheurs et autres professionnels de l’histoire nationale, qui disposeraient de données importantes, tamisées, faciles à approfondir. A bon entendeur…bonne lecture n

Ludovic O Kibora

 


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