Le vivre ensemble ne doit pas être qu’un slogan, clame Pr. Youssoufou Ouédraogo

Publié le mercredi 20 février 2019

Tous les groupes socio-culturels burkinabè sont riches de mécanismes, d’actes, et de paroles qui prônent la solidarité le respect entre les membres même du groupe mais aussi, avec l’Autre qui vit ailleurs, ou que l’on accueille chez soi. Il en est de même pour les religions qui étymologiquement ou philosophiquement ont dans leur dénomination les mots paix et tolérance. Pourtant, ces cinq dernières années (suivez mon regard !) plus qu’avant, on assiste à une montée de l’intolérance à plusieurs niveaux. Cela peut-être dû à des actes individuels et/ou collectifs conscients ou non.
La faute n’est pas à attribuer seulement aux gens mauvais qui dans leur cynisme légendaire et leur méchanceté congénitale, ont des agendas diaboliquement cachés de transformations négatives de la société. Mais, cela est aussi de la responsabilité des gens bien, qui refusent d’œuvrer à dresser dans les consciences de la multitude vile, des barrières contre cette montée de l’intolérance. Pour faire simple, disons qu’il y a peu de gens qui osent occuper l’espace public pour faire œuvre utile en termes d’information-formation-sensibilisation. C’est en cela que l’écrit de Youssouf Ouédraogo est intéressant.
Biologiste de son Etat, ce professeur d’université a fait bien de croire comme les grands penseurs des siècles passés que la réflexion sur l’homme et la société n’est pas l’affaire des seuls adeptes des sciences sociales et humaine. En tant qu’être social, tout homme doit pouvoir contribuer à une sociabilité positive en soignant les maux par des mots. C’est ce que fait ce chercheur dans un livre de 213 pages, publiés chez l’Harmattan Burkina Faso en 2018. Attaques terroristes, conflits communautaires qui glissent dans l’ethnicisme, mal gouvernance et dérives autoritaires des groupes d’auto-défense Koglweogo, l’écrit est un véritable miroir baladé sur le Burkina Faso post-insurrectionnel dont l’actualité s’explique aussi par une histoire bien comprise.
Ouvrage limpide qui décortique une histoire très actuelle, au point d’avoir par endroit des allures de journal sur le vécu quotidien. Réalisme poignant qui amène le lecteur à douter que le livre soit paru avant le drame de Yirgou où l’extrermination ethnique et la mauvaises gestion des groupes d’auto-défense a atteint son paroxysme. « L’intellectuel ce n’est ni l’universitaire ni le chercheur… », aime répéter le professeur Ouédraogo. Pourtant, il prouve par cet écrit que ceux qui ont fait « des grosses études » sont les plus attendus sur des réflexions qui interrogent les problématiques sociétales de l’heure. C’est donc avec entrain et beaucoup de justesse qu’il apporte sa contribution à l’œuvre d’édification de la Nation burkinabè. Exclu de l’université de Ouagadougou en 1979 pour « communisme primaire » cet ancien militant actif du mouvement étudiant a gravit par le courage et la persévérance les marches des grades universitaires. C’est de cette persévérance que transpire son écrit empreint d’optimisme et d’analyse sans fard, d’une réalité sociale vue et/ou vécue. Maniant la trique et la carotte, l’auteur de Vivre-ensemble au de la du slogan, passe en revue les différents pouvoirs politiques du Burkina Faso d’Afrique et d’ailleurs en appréciant leurs actions sur les transformations sociales.
Il estime : « Comparé à d’autres espace nationaux, le contenu du vivre-ensemble de notre pays est riche, mais des sous-tendus de valeurs sécuritaires et économiques sont toujours sources de grandes souffrances et à terme, source de fractures. C’est le cas des maltraitances et bannissements des vielles femmes pour sorcellerie, des lynchages d’Etat et des tortures publiques, utilisées par les néo-koglweogo comme méthodes d’enquêtes, d’extorsion d’aveux et d’amendes. » A la lecture du livre, on retient que le vivre–ensemble ou plutôt le mieux-vivre-ensemble se construit dans les faits et actes au quotidien au niveau individuel et collectif. C’est pourquoi, l’Etat doit disposer d’une bonne boussole qui montre le chemin entre culture de l’éthique, de l’integrité et promotion de l’impunité en usant de son pouvoir régalien afin de conduire le navire Burkina Faso à bon port. A bon entendeur ... bonne lecture !

Ludovic Ouhonyioué KIBORA


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