Présidentielle au Sénégal : Les maladresses de Abdoulaye Wade

Publié le mercredi 20 février 2019

En défense de son fils Karim Wade, recalé par le Conseil Constitutionnel à la présidentielle du 24 février prochain, son père, l’ancien président Abdoulaye Wade multiplie les maladresses. A son retour au bercail le 7 février, après deux ans d’absence, il a appelé ses compatriotes à s’opposer au scrutin en brûlant leurs cartes d’électeurs et les bulletins de vote.

Wade va crescendo. Il y a quelques années, il a appelé au boycott du scrutin de ‘’façon pacifique, respectueuse des lois et règlements’’ de la république. Aujourd’hui, il arpente les sentiers de la contestation énergique. Il demande aux sénégalais de : « brûler leurs cartes d’électeurs et les bulletins de vote ». Et il appelle les forces de l’ordre : « à ne pas réprimer les manifestants et à ne pas leur jeter de grenades lacrymogènes ».
Cette stratégie de lutte qui s’assimile à de l’incivisme politique, comporte des risques de déstabilisation du Sénégal par la violence. La classe politique et la société civile semblent jusque-là en avoir mesuré la gravité. Elles n’ont donc pas mordu à l’hameçon. Wade s’est retrouvé seul contre tous. Même son incitation à décourager les quatre candidats en lice face à Macky Sall a échoué. Il a beau leur lancer : « Ne vous ridiculisez pas en participant à cette élection ». Mais en vain. La campagne électorale bat déjà son plein.
Mais, il refuse de baisser les bras. Il a annoncé un programme de « marches et de meetings » dans tout le pays pour rallier les Sénégalais à sa cause.
Dans ce combat, le président Wade se positionne comme le défenseur de la démocratie. La preuve en est que dans toutes ses adresses, il dénonce une présidentielle « verrouillée » selon ses propres termes dont l’objectif est de faire élire Macky Sall au premier tour. Car selon lui, l’élimination de la course présidentielle, de son fils Karim Wade et de l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall en est la preuve.
C’est pourquoi, il a réaffirmé, à trois jours de l’ouverture de la campagne électorale, sa volonté de faire obstacle au scrutin. « Nous avons choisi de nous opposer à la tenue d’une élection entièrement fabriquée dans le seul but de faire élire le président sortant » a-t-il déclaré.
Et pour ce faire, depuis le 7 février dernier, il est redescendu dans l’arène politique nationale.
Mais est-ce une raison suffisante pour appeler à brûler les bulletins de vote ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? N’y a-t-il pas une autre forme de lutte pour l’atteinte de ses objectifs ? Autant de questions qui portent à croire que le président Wade qui a dirigé le pays de 2000 à 2012 est en déphasage avec sa classe politique. A 92 ans, celui qu’on appelle affectueusement au Sénégal « le vieux » aurait un agenda caché. Il ressemble beaucoup plus à un père désespéré et gâteux qu’à un intrépide combattant de la démocratie. Lui, qui, en 2012 avait voulu d’un troisième mandat, en violation de la constitution.

Le combat de Wade pour son fils Karim

Au pays de la Téranga, Wade a toujours voulu voir son fils Karim lui succéder à la tête du pays. Le dernier exemple en date est lorsque le Conseil constitutionnel l’a évincé suite à sa condamnation pour enrichissement illicite, Madické Niang, député du parti s’est positionné en second choix. Cette option a déclenché l’ire du « vieux » qui l’a perçue comme une trahison. Madické Niang a été limogé, sacrifiant ainsi plus de quarante années d’amitié. Ceci, pour la raison que le Parti Démocratique du Sénégal (parti de l’ancien président Wade) ne devrait pas avoir un candidat autre que Karim Wade. Le second exemple qui commence par s’effacer de la mémoire collective est le limogeage de Macky Sall en 2004. A l’époque, il était le premier ministre du président Wade. Ce dernier le trouvait trop ambitieux et prétentieux. Il avait pensé qu’il pourrait être un obstacle à l’émergence de son fils Karim. L’un après l’autre, on peut affirmer, comme les précédentes fois, que cette bataille menée par Wade est pour asseoir le pouvoir familial au sommet de l’Etat. Certes, il vise à empêcher les élections, à contraindre le président Macky Sall à négocier avec l’opposition, à redistribuer les cartes avec en prime le retour au pays de Karim Wade. Le comble, père Wade propose la mise sur pied d’une Commission Nationale de Transition Démocratique (CNTD) en attendant l’organisation de nouvelles élections.
La majorité au pouvoir n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué rendu public, le camp présidentiel a ironisé : « J’ai été affligé par sa déclaration. Le président Abdoulaye Wade avait des difficultés à articuler et à tenir un discours cohérent ». Plus loin, on lit ceci : « C’était le discours d’un père, pas d’un représentant de parti politique. J’ai beaucoup de respect pour lui et lui souhaite tout le repos qu’il mérite ».

Par Raphaël N. ASPAVATI (aspavanou@gmail.com)


Commenter l'article (0)