Les mémoires du Dr Moussa Roger Tall

Publié le mercredi 20 février 2019

A 83 ans, ce natif de la cité de Yadéga au Nord, dont la silhouette a longtemps illuminé les marches meeting contre l’impunité et pour la liberté et la justice au Burkina Faso, a décidé de laisser une trilogie à la postérité. Des écrits autobiographiques qui retracent les cycles fondamentaux de sa vie terrestre. Dans ce premier Tome, le vétérinaire formé à Maison Alfort, (France) a voulu, présenter au lecteur une sorte de curriculum vitae. Cet ancien militant du mouvement étudiant qui a pris de l’âge en gardant le poing toujours levé contre les actes liberticides passe par un style clair et limpide pour ouvrir le carnet de sa vie. L’autobiographe écrit : « Moussa était mon prénom en famille, Roger mon prénom à l’Etat civil et Tall mon nom ». Métis né d’un père martiniquais et d’une mère burkinabè, Moussa Roger a grandi entre islam et christianisme et a été moulé dans la culture peule. Les privilèges dont il pouvait bénéficié du fait de son ascendance ne l’ont pas éloigné pour autant du terroir villageois et des habitudes basiques de l’amour de la terre et des bêtes domestiques. Garçon intelligent et travailleurs, celui qui a retrouvé son père à l’âge de 18 ans, un peu grâce à une méchanceté d’un camarade de classe, est resté soudé toute sa vie à la terre de ses ancêtres maternels. « Après l’euphorie de ces première retrouvailles, commençait pour moi un profonde réflexion. Je constatais une très grande différence entre mon ère et moi : lui était Français des Antilles, avec leur musique et leur rhum, moi un jeune Peul du Yatenga d’une culture islamique. Cependant, mon père avait droit à tout mon respect : « Ton père et ta mère, tu honoreras » disent les dix commandements ». Souvent confondu par de nombreux Ouagalais à son frère François Tall le pédiatre, Roger le vétérinaire dans cette œuvre fait plus qu’un CV. Le livre est autant un journal familial, un carnet de voyage, qu’un miroir qui se balade sur la vie socio-politique de la Haute –Volta au Burkina Faso et d’ailleurs. Les épisodes, familial et professionnel de sa vie éclairent sur l’engagement de ce syndicaliste qui se « cherchait » sous la révolution des Capitaines, pendant que ses enfants militaient à plein régime dans les comités de défense de la Révolution (CDR). C’est une véritable leçon de vie que le vieil homme à travers son histoire livre à la postérité. En plus, l’ouvrage est agrémenté de documents d’archives et de photos qui le rendent très digeste. Malgré l’âge, Moussa Roger Tall il n’hésite pas à apporter son aide aux jeunes générations. La quatrième partie de sa chronique qui s’achève en 2016, montre que le « vieux malade » est encore plein d’énergie pour nous apporter plus de leçon de savoir et de sagesse, par l’exemple avec autant d’engagement que pendant ses années de jeunesse. Il est important de souligner que l’œuvre est préfacée par le Pr. Y. Abdoulaye Toguyéni, premier recteur et père fondateur de l’université Ouaga 1 Pr. Joseph Ki-Zerbo. Celui écrit : « j’y vois tout à la fois un défi mais aussi et surtout son désir ardent de faire connaitre aux siens qu’ils ont des racines et une identité connue dont ils doivent être fiers. Le défi est évident quand on connait les nombreuses affections qui minent sa santé depuis des années et, bien sûr, son âge. Le désir de transmettre l’identité, qui fait de lui un homme parfaitement enraciné dans son pays et fier d’être l’un de ses fils, ne l’est pas moins. » A bon entendeur… Bonne lecture !

Ludovic O. KIBORA


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