A propos de l’appel à la collaboration civils-FDS

Publié le mercredi 20 février 2019

« La sécurité est une affaire de tous. On invite la population civile à collaborer avec les forces de défense et de sécurité… » C’est la rengaine, depuis un certain 15 janvier 2016 quand Ouagadougou, la capitale, est frappée en plein cœur par des terroristes. Jamais, appel à la collaboration entre populations et forces de défense et de sécurité n’a été fait avec autant d’insistance. On aura compris que la question sécuritaire n’est plus l’apanage des hommes de tenue. Quand la coopération civilo-militaire ou civilo-FDS a bien fonctionné, les résultats ont été au rendez-vous comme ce fut le cas à Rayongo.
Les évènements dramatiques de Nafona, dans la Comoé, mettent à nu cependant la fragilité de la collaboration tant prônée entre civils et forces de défense et de sécurité. Une véritable atrocité qui met en scène le meurtre de deux policiers dans l’exercice de leur fonction. Ces images interrogent autant qu’elles accusent ! Le ministre de la sécurité a promis que justice sera faite. Sauf que les Burkinabè sont devenus incrédules face à de telles déclarations tellement ils en ont trop entendu sans rien voir venir
Une fois de plus, l’Etat a manqué d’exprimer son autorité au bon moment et dans les formes requises. On peut penser que ce laxisme a pu être une des causes indirectes des événements de Orodara où une partie de la population est allé attaquer le commissariat de police. On a visiblement perdu tout sens de la citoyenneté et le passif en la matière est très lourd. Beaucoup de nos compatriotes, il faut le reconnaître, sont en marge de nos concepts édictés dans notre ‘’gros-gros’’ français. « Nul n’est censé ignorer la loi » dit-on. Bien évidemment, ce principe ne signifie pas que tout citoyen est supposé connaître l’ensemble de nos textes règlementaires et législatifs. Combien sont-ils à connaître le sens du concept de loi ! Il y a donc du chemin.

« Les évènements dramatiques de Nafona, dans la Comoé, mettent à nu cependant la fragilité de la collaboration tant prônée entre civils et forces de défense et de sécurité. Une véritable atrocité qui met en scène le meurtre de deux policiers dans l’exercice de leur fonction. Ces images interrogent autant qu’elles accusent ! »

Si aujourd’hui on fait appel à la collaboration de la population civile avec insistance, cela n’est pas sans raison. Les rapports entre elle et les hommes de tenue n’ont pas toujours été au beau fixe. En milieu rural, les gens continuent d’avoir une peur bleue du gendarme ou du policier. Cette peur est-elle basée sur leur expérience ? Peut-être ! Qu’est-ce qui explique qu’aujourd’hui on en vienne à s’en prendre mortellement à des policiers ou à saccager des commissariats ? Ces faits nous interrogent et la solution dépend de la pertinence des réponses que nous apporterons à ces questions.
Quelques rappels. En juin 2017 des soldats font une descente dans un quartier de Ouagadougou et font une quarantaine de blessés pour une affaire de fesse. A ce jour l’affaire est restée sans suite judiciaire. Les incidents de ce genre sont légion. Les maltraitances d ans les casernes de gendarmerie et les commissariats de police sont légion, autant de choses qui contribuent à forger une image peu sympathique des hommes de tenue. Pour autant, rien de tout cela ne peut justifier les dérives actuelles qui bafouent la vie des hommes et femmes commis à notre protection. Seul un Etat fort est à même d’assurer notre sécurité à tous. Mais un Etat fort, c’est la fin de l’impunité portant autant sur les actes inciviques des populations que sur les manquements aux règles professionnelles et aux droits humains imputables aux hommes de tenue. Plus que jamais nous devons travailler à améliorer les rapports entre civils et FDS. C’est une des conditions essentielles de succès dans l’engagement de la nation contre l’insécurité.

Par Basidou KINDA


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