Que peut faire le « docteur » Dabiré !

Publié le mercredi 20 février 2019

Une fois de plus, c’est un parfait contrepied que Roch Marc Christian nous a servi. Blaise Compaoré avait une réputation de « dribbleur » mais il faut avouer que son successeur ne cesse de nous prouver qu’il n’est pas moins « dribbleur » que lui. Christophe Joseph Marie Dabiré n’était pas annoncé dans les pronostics. Peut-être a-t-il lui-même été quelque peu surpris. Nous n’entrerons pas dans la polémique sur sa soi-disante appartenance au CDP. Si tel est le cas, ce parti a des soucis à se faire parce que cela voudrait dire que le MPP, bien qu’ayant rompu les amarres avec celui-ci y conserve toujours des cellules dormantes. L’hypothèse est d’autant plus plausible que nous n’avions pas connaissance de négociation avec l’appareil de l’ancien parti au pouvoir. Mais Roch peut bien exceller dans l’art du secret, il reste qu’il n’a pas le droit de nous infliger une si longue attente s’agissant du casting des acteurs gouvernementaux, tant la situation est délicate. Si c’est pour nous dire silence on travaille, le manège est loin d’être convaincant. Les Burkinabè sont enclins à croire que leur président est un amateur, totalement ignorant des règles de la gestion moderne. Une de ces règles est en effet l’anticipation. Si le départ du premier ministre n’est pas un événement brusque ou spontané, on ne peut comprendre le scenario actuel qui s’apparente plutôt à de l’impréparation. En politique comme dans les affaires, le temps est une denrée précieuse qu’on ne peut s’offrir le luxe de gaspiller. Il faut donc que notre président apprenne à se hâter. Il s’agit en effet des affaires du Burkina, c’est-à-dire d’un pays tout entier, qui de surcroît se trouve dans un état comateux. On n’est nullement dans l’hypothèse d’une gestion familiale ou clanique où le patriarche prend généralement son temps.
Cela dit, un premier ministre vient d’être désigné. L’opinion publique, si l’on en croit les réactions, est globalement favorable. Cette fois, il ne s’agit pas d’un novice mais au contraire d’un homme dont l’expérience est établie en terme de gestion politique et institutionnelle, à la fois au plan interne et externe. Malheureusement, le nouveau premier ministre hérite d’un handicap congénital du régime MPP. En manquant de s’inscrire dans la dynamique insurrectionnelle, le parti au pouvoir s’est privé des ingrédients nécessaires à une stratégie de renouveau national. Certes, les Burkinabè n’attendaient pas le grand Soir mais ils étaient en droit d’espérer une autre politique consacrant la rupture d’avec les mauvaises pratiques et qui met en avant des dynamiques saines, celles susceptibles de leur ouvrir un horizon d’espoir. Mais nous ne sommes pas en train de dire que tout est définitivement perdu. Christophe Joseph Marie Dabiré dans un récent tweet a demandé le soutien du peuple. Nous pensons que le président du Faso doit se sentir concerné en premier lieu. Dans une large mesure, le problème c’est lui.

« Le nouveau premier ministre hérite d’un handicap congénital du régime MPP. En manquant de s’inscrire dans la dynamique insurrectionnelle, le parti au pouvoir s’est privé des ingrédients nécessaires à une stratégie de renouveau national »

Toutes les tendances lourdes de la gouvernance lui sont imputables. Joseph Marie Dabiré a beau être sérieux, il ne pourra rien faire avec la persistance de l’esprit de copinage qui corrompt les ressorts de la république. Par ailleurs, l’inféodation du système aux forces religieuses et coutumières est une autre gangrène de la république. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de dire que la république doit cultiver l’indifférence à l’égard des forces morales. Mais plutôt d’affirmer sans complexe ni scrupule son caractère laïc. Les valeurs de laïcité demeurent les référents essentiels de notre république. Si on s’en éloigne, on court le risque de créer des difficultés et des fractures sociales. Sous ce rapport, comment comprendre l’extrême faiblesse de l’Etat face aux groupes d’auto-défense (Koglweogo et Dozos) si ce n’est des considérations extra-républicaines ?
Enfin, il faut décidément en finir avec ce laxisme qui caractérise l’Etat au plus haut niveau. On dit que notre président est un diésel. Mais il faut craindre que ce régime moteur dont on l’affuble ne cache aussi une paresse intellectuelle et physique. Notre système politique fait du président le système nerveux de l’appareil politico-administratif. Tout part de lui et revient à lui. Dans ces conditions, le pays a besoin d’un président alerte et vif qui tranche vite et bien. Ce n’est pas impossible. Tout est question d’organisation. Or avec Roch Christian Kaboré, grand maitre des horloges, le temps a tendance à se figer. Pour reprendre les choses en main, et nous pensons que c’est possible, il faut agir sur l’ensemble de ces paramètres. C’est la condition pour que le nouvel attelage exécutif fonctionne et produise de bons résultats. Christophe quelles que soient ses compétences et qualités, il ne peut rien tout seul contre les rapports de force du milieu s’il ne bénéficie pas d’un sérieux coup de main.

Par Germain Bitiou NAMA


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