Air Burkina : Dans la tourmente des intérêts de clans

Publié le mercredi 20 février 2019

Depuis la reprise en main d’Air Burkina par l’État, après le départ du groupe Aga Khan en fin avril 2017, la compagnie se bat pour retrouver sa crédibilité d’antan. Mais à la situation financière déjà difficile se greffent des querelles internes, toutes choses qui nuisent à sa relance.

C’est un secret de polichinelle. Air Burkina traverse une zone de turbulence. Les passagers, en particulier ceux qui ont choisi de voyager à bord de ses avions entre le deuxième et le troisième trimestre de l’année 2018, se souviennent encore des divers désagréments. Si ce n’est pas un problème de manque d’avion qui se pose, ce sont de longues heures d’attente à l’aéroport. Dans un communiqué publié dans la presse courant mi-novembre, la direction générale a expliqué que cette situation est due à « des pannes mineures survenues sur les avions ERJ 170 et CRJ 900 » et dont la réparation « nécessite l’acquisition de pièces de rechange devant venir de l’extérieur ». Cette perturbation des vols a entaché sérieusement la crédibilité de la doyenne des compagnies aériennes d’Afrique (elle existe depuis 1967 et n’a pas encore connu d’interruption de ses activités) qui était pourtant reconnue pour sa fiabilité. Certains clients, les radicaux, ont juré de ne plus monter à bord d’un appareil d’Air Burkina. D’autres, modérés ou dans un élan patriotique, ont appelé la direction générale à mettre les bouchées doubles pour sauver la compagnie.

Tirs à bout portant sur le nouveau directeur général

L’appel a eu un écho favorable. En effet, Air Burkina vient de renforcer sa flotte par deux nouveaux avions. L’un est arrivé en novembre 2018 et l’autre en décembre de la même année. Des agents et des instructeurs devront bénéficier également de formation et de mise à niveau dans les mois à venir. Un processus d’acquisition de nouveaux matériels de travail est aussi enclenché. La compagnie a, en outre, lancé officiellement des vols quotidiens sur la ligne Ouagadougou – Bobo-Dioulasso, en aller-retour, le 21 décembre dernier, l’objectif étant de développer les vols intérieurs.
Face à la crise financière qui plombe également les ailes de l’entreprise depuis quelques années, la nouvelle équipe dirigeante, dont le directeur général, Blaise Sanou, a pris les commandes le 11 mai 2017, a entrepris une restructuration au plan commercial et marketing, opérationnel et technique. Mais pendant qu’elle est à pied d’œuvre pour normaliser la situation, une querelle interne oppose les travailleurs de la compagnie. Des employés, n’ayant pas dévoilé leur identité, réunis au sein de ce qu’ils ont appelé « Groupe de travailleurs d’Air Burkina soucieux de son devenir », accusent le directeur général de « gabegie, clientélisme à grande échelle, mauvaise orientation managériale, démotivation du personnel ». Un document de dénonciation est même transmis au président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, à l’ancien Premier ministre, Paul Kaba Thiéba et au ministre en charge des transports et de la mobilité urbaine, Vincent Dabilgou.

Les performances commerciales et les nouvelles nominations au menu

L’un des points principaux de la pomme de discorde est la baisse du chiffre d’affaire. Selon les auteurs du document de dénonciation, les performances commerciales actuelles sont « nettement en deçà des résultats des précédentes années ». Mais une vérification et un recoupement d’informations infirment cette allégation. En effet, les états financiers de l’année 2017 montrent par exemple que les performances commerciales sont nettement meilleures par rapport à 2016 (Ndlr :les chiffres étant confidentiels, nous ne pouvons les publier). D’ailleurs, les escales, en l’occurrence ceux d’Accra, de Cotonou, de Dakar, de Lomé et de Niamey ont été fermées à cause des coûts de fonctionnement trop élevés qu’ils génèrent par rapport aux ventes, selon des audits réalisés par des cabinets de renommée internationale. Celui d’Abidjan est maintenu en raison du nombre important de Burkinabè qui vivent en Côte d’Ivoire, ainsi que celui de Bamako, vu que le marché de l’aviation est florissant au Mali, explique le directeur général d’Air Burkina. Un autre point de la guéguerre est le redéploiement du personnel, la nomination des nouveaux cadres étant considérée par les plaignants comme du copinage. Selon des professionnels de l’industrie aéronautique, la durée maximale d’un cadre à son poste est de 4 ans pour toute compagnie qui se veut compétitive. Au-delà des 4 ans, on tombe dans l’usure du poste, ce qui est un phénomène sclérosant.

La personnalité du nouveau directeur général divise

Pour les auteurs du document de dénonciation, Blaise Sanou, colonel de l’armée burkinabè en retraite, est « animé par un esprit suprémaciste et de destruction ». Un avis que conteste un autre groupe d’employés, baptisé « Les fiers travailleurs d’Air Burkina non masqués ». Au nombre de 61, ils ont signé, le 27 novembre dernier, une motion de soutien et d’encouragement au directeur général. « Nous, travailleurs d’Air Burkina (…), apportons notre soutien sans faille à notre directeur général pour l’œuvre de remise à flot de notre vaisseau national, lui prodiguons nos conseils pour la continuation de l’œuvre salvatrice en cours ». Pour ces derniers, c’est plutôt « la rigueur au travail et dans la gestion des fonds » qui dérange.
En plus de la situation financière déjà difficile, cette querelle, avec en toile de fonds, des intérêts personnels et des problèmes de personnes, est dommageable pour Air Burkina qui évolue dans un secteur fortement concurrentiel. Il est impérieux que cela s’arrête afin que tous les efforts soient consacrés à redorer le blason de notre fleuron national.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO


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