Les grands défis du nouveau gouvernement

Publié le mercredi 20 février 2019

La longue parturition a pris fin ce 24 janvier aux environs de 15H quand apparaissant sur le petit écran de notre chaine du plaisir partagé, le secrétaire général du gouvernement M. Wenceslas Sanou donna lecture de la composition du nouveau gouvernement. 28 ministres pleins et quatre ministres délégués soit au total 32 ministres contre 32 dans le précédent gouvernement si l’on prend en compte les secrétaires d’Etat.
Le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré est confronté à trois défis majeurs. En tête des préoccupations des burkinabé, il y a le défi sécuritaire. Notre pays n’a cessé durant son mandat d’être la cible de terroristes qui écumaient le Nord et le Nord Ouest du pays et qui essaiment désormais l’Est et le sud-ouest. Le deuxième défi est celui du développement auquel le gouvernement de Paul Kaba Thiéba s’est attaqué avec plus ou moins de bonheur. Il s’agit pour le président de donner un nouveau souffle à l’action gouvernementale. Le troisième défi est celui de la fronde sociale qui assombrit les perspectives d’une relance économique avec l’augmentation de la masse salariale. L’enjeu ici c’est de trouver le juste équilibre qui préserve la paix sociale tout en ne compromettant pas gravement les ressorts de l’économie.
Certes le nouveau gouvernement ne comporte pas d’importantes innovations en termes d’hommes mais les nouveaux entrants traduisent la volonté politique du chef de l’Etat de fixer un nouveau cap. Parmi les nouveaux entrants, l’arrivée de Cherif Momina Sy et de Ousséni Compaoré respectivement ministre de la défense et de la sécurité apparait véritablement comme le principal pari de ce remaniement. On relève ici s’agissant du premier nommé, la persistance de l’option civile privilégiée par le chef de l’Etat, sans doute pour ne pas ouvrir une guerre des ego au sein de la grande muette et peut être aussi pour éviter la rivalité entre corps. Momina Sy est une personnalité proche des militaires. Fils de général, il a vécu parmi ces derniers dont il connait de nombreux cadres et avec lesquels il entretient des rapports cordiaux. Il est également très proche du chef de l’Etat depuis que ce dernier a fait de lui son haut représentant. Mais le vrai challenge sera de savoir s’entourer d’une bonne équipe et d’en être le maestro capable de tirer le meilleur de ses hommes. Quand à Ousséni Compaoré c’est un pandore expérimenté qui a dirigé la gendarmerie nationale et qui pendant de longues années a également animé le système sécuritaire des nations unies dans un certain nombre de pays africains. C’est également un magistrat militaire qui ne s’est pas encrassé dans des situations acquises. C’est un homme curieux (évidement c’est un gendarme) qui cherche toujours à pousser les limites de ses connaissances. Cherif Sy et Ousséni Compaoré, deux hommes qui se connaissent bien. Nul doute qu’ils conjugueront intelligence et efforts dans la gestion de notre sécurité.
Au Ministère de l’Economie et des Finances, c’est un nouvel entrant en la personne de Lassané Kaboré. Encore un fonctionnaire international qui officiait à Abuja. Mais il est bien connu dans notre administration publique pour avoir dirigé la Direction générale de la coopération (DGCOOP) sous la Transition. Il remplace Rosine Coulibaly dont le départ était attendu en raison de nombreuses cristallisations sur sa personne. Elle aurait demandé à être déchargée, consciente que sa personne commençait à déranger bien des gens. Lassané Kaboré qui prend la relève doit travailler à améliorer les rapports de travail au sein du Minefid tout en gardant le cap de l’orientation générale du programme du chef de l’Etat. Trouvera t-il avec ses collègues de la fonction publique et de l’Education le compromis dynamique pour calmer la fronde sociale, troisième défi du nouveau gouvernement ? La déclaration de politique générale du nouveau premier nous fixera les prochains jours sur les grandes tendances de l’action gouvernementale.
Parmi les partants emblématiques, nous retiendrons les noms de Simon Compaoré et de Pegdwendé Clément Sawadogo. Le premier nous avait confié il y a quelques jours avoir demandé au chef de l’Etat de bien vouloir le décharger. Sans doute le poids de ces différentes responsabilités pesait un peu trop sur sa modeste personne pour le paraphraser. Il aura désormais le temps de s’occuper de sa santé qui n’est pas très brillante et de préparer le congrès de son parti qui s’annonce comme le congrès du renouveau générationnel.

Par Germain B. NAMA

Arrêtons la comédie humaine

La majeure partie de notre classe politique refuse de se regarder dans le miroir. On les comprend puisque le reflet n’est pas reluisant : mélange de fourberies, de calculs mesquins, de reniements.
Reflet de cabotins se prenant à réinventer Shakespeare.
Fort heureusement que les miroirs ne réfléchissent pas avant de réfléchir les images.
J’écris ces lignes, juste après la nomination du Premier Ministre Joseph Marie Christophe Dabiré et des premiers commentaires qui s’en sont suivis. J’ignore donc tout de ce que sera la composition du prochain gouvernement.
Il faut saluer les politiciens de l’opposition qui ont connu le nouveau PM et en qui ils reconnaissent des qualités managériales.
Quant au CDP, certains de ses cadres se sont mis à ironiser sur le fait que c’est dans les rangs de leur partie que le MPP est allé chercher un PM. Selon eux, c’est parce que le MPP manque de cadres valables.
On peut légitimement faire remarquer aux tenants de cette thèse que si au sein du CDP il y avait pléthore de hauts cadres valables, le Président Roch se serait bien passé d’aller chercher un retraité. L’arrogance conduit trop souvent à des déconvenues.
Ne nous voilons pas la face. C’est à croire que ce pays, dans son ensemble, est en panne d’hommes honnêtes, compétents, à poigne sans qu’on ait besoin d’allumer une lampe en pleine journée.
CDP, MPP, UPC, ADF/ RDA, on peut dire que ce sont les mêmes caïmans de la même mare.
Tous leurs leaders ont mangé dans la main de Blaise Compaoré. C’est ce dernier qui a fait d’eux ce qu’ils sont devenus en les tirant de leur quasi anonymat. Aucun ne s’est frayé un chemin tout seul.
Certains petits partis qui ne ratissent pas large dans l’épaisseur nationale ne sont pas allés directement à la soupe. On sait que Blaise Compaoré, en bon Fiolock a fait remettre nuitamment ou en plein jour des enveloppes à quelques-uns d’entre eux.
Le véritable problème de notre pays, c’est l’analphabétisme. Et on n’est pas prêt de voir le bout du tunnel. Je range dans les analphabètes les demi-sel, les ânes bardés de diplômes dont parlait le Professeur Ki-Zerbo et toute cette jeunesse qui ne sait pas que la vraie culture est dans les livres. Ce n’est un secret pour personne, notre jeunesse n’aime pas lire et ne cherche pas à se cultiver.
On ne dirige pas un pays avec de bons sentiments qui sont l’apanage de nombreuses OSC. Il faut une vision claire et globale des objectifs à atteindre. Dans ce pays nous avons pris l’habitude de nous amuser avec des choses sérieuses.
On trouve au sein de notre auguste Assemblée des personnes qui ne comprennent rien à rien. Ce n’est pas de leur faute. La faute incombe aux partis qui font de la politique politicienne.
Moins de 1% de notre population comprend ce qui s’écrie et se dit. C’est pourquoi ce fut une faute très grave d’avoir assassiné Norbert Zongo. Ce n’est pas du tout un mépris du peuple que de dire cela. C’est réalité crue.
Les différents régimes qui se sont succédé n’ont pas fait de l’école obligatoire jusqu’ à 17ans leur priorité. Mais c’est un crime que de refuser à un jeune esprit la nourriture dont il a besoin pour se nourrir.
Certes, nous n’avons pas le monopole de cette dramatique situation.
En regardant vers un pays dit développé comme la France, on s’étonne de voir ce pays se réveiller en 2018/2019 en plein 1789.
En écoutant certains gilets jaunes réclamer la tête du Président Macron comme celle de Louis XVI, on se dit : « On est où là ? ».
Je n’aime pas souvent regarder ce qui se passe ailleurs, je préfère me focaliser sur ce qui se passe chez nous.
En tout cas, les grecs qu’on présente comme les pères de la démocratie suggéraient qu’on confie la cité aux philosophes, c’est-à-dire à des hommes éclairés. A méditer encore de nos jours.
C’est un non sens de proposer un référendum sur la Constitution à une population qui ne comprendra jamais rien à son contenu.
On gagnerait du temps et de l’argent en faisant l’économie d’un référendum. Surtout après les sommes non négligeables engagées pour rédiger une nouvelle Constitution. On le sait, parmi les « constitutionalistes » se trouvaient de nombreux figurants prompts à jouer au coach et à la mouche pour se donner bonne conscience.
On pourrait demander à nos « Honorables » d’adopter la nouvelle Constitution qui a fait l’objet d’une large consultation et d’un large consensus.
Je termine en revenant sur la nomination du nouveau PM. On peut dire que Rock a fait du Macron. Mais il faudrait que lui aussi aille plus loin dans l’ouverture en partant de l’amer constat que nous avons un problème d’hommes.
Il n’y a aucune honte à aller chercher partout les femmes et les hommes qu’il faut et à les mettre à la place qu’il faut. C’est le pays qui en sortirait grandi n

David Barry


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