Qu’on ne se moque pas de ceux qui roulent à moto !

Publié le jeudi 24 janvier 2019

« Avoir une moto est une nécessité mais avoir un véhicule est une autre chose. » ces propos sont de Adama Badolo, directeur général des impôts s’exprimant sur les nouvelles taxes sur les voitures. Mais campons les choses autrement. Durant l’année 2017, dans la ville de Ouagadougou, les deux roues étaient les plus impliquées dans les accidents de la circulation routière avec 6230 cas sur 6452, soit 96,55% du nombre total. Les accidents ayant impliqué les deux roues ont enregistré 6881 victimes (4675 hommes et 2206 femmes) soit 96,41% du nombre total des victimes. Ces statistiques macabres proviennent de la Direction de l’observatoire de la Ville (DOV), une direction technique de la Direction Générale de la Police Municipale de Ouagadougou. A partir de ces chiffres, on peut faire la remarque suivante : les deux roues sont un facteur d’insécurité. On peut donc en conclure qu’avoir un véhicule n’est pas un luxe, mais une nécessité. Oui, une nécessité qui peut permettre de réduire considérablement les accidents (mortels), si tant est que réduire les accidents préoccupe les politiques publiques. On est plus en sécurité dans un véhicule que sur une moto.
Nous concédons tout de même au DGI que : « Avoir une moto est une nécessité… » Mais c’est tout simplement une question de pouvoir d’achat. Tout le monde ne peut pas s’acheter une voiture. Et malheureusement notre système de transport en commun n’est pas au point. Dans une ville comme Ouagadougou, où on peut parcourir 5km sans le moindre arrêt de bus, sans avoir accès à un taxi. D’où la nécessité pour chacun d’avoir son propre moyen de déplacement. La moto reste le plus accessible à la majorité des Burkinabé. Imaginer dans ces conditions, qu’un citoyen soit privé de sa moto. C’est bien ce qui est arrivé à un de nos journalistes dans la nuit du 22 novembre dernier. Après avoir quitté la rédaction pour la maison, il est interpellé par un agent de la police municipale pour feu rouge défectueux. C’est une infraction. En pareille circonstance, c’est de retirer sa cartes grise et lui remettre le papillon sur lequel l’agent doit consigner l’infraction afin qu’il se rende après payer et retirer le document identitaire de son engin. Mais, l’agent lui confisque sa moto sans autre forme de procès et lui dit de venir chercher après à la direction générale.

« Avoir une moto est une nécessité… » Mais c’est tout simplement une question de pouvoir d’achat. Tout le monde ne peut pas s’acheter une voiture. Et malheureusement notre système de transport en commun n’est pas au point.

Nous avons essayé de comprendre le fondement d’un tel acte sans réellement y parvenir. Nous sommes même rentrés en contact avec des hauts gradés de la police. Des éléments de réponse que nous avions obtenus, rien dans le cas-ci ne peut justifier que l’agent de police confisque la moto de notre confrère. Il n’est pas exagéré de parler d’abus de pouvoir. Nous ne sommes pas en train de défendre notre confrère mais simplement de parier que de nombreux citoyens ont du connaitre la même situation. Dans notre volonté de comprendre, nous nous sommes laissé dire que dans certaines circonstances, l’agent de police peut confisquer la moto s’il estime qu’il y a manifestement un risque de sécurité pour le propriétaire de l’engin et/ou pour d’autres usagers de la route. Mais ici nous sommes bien loin de ce cas de figure. N’est-ce pas la porte ouverte au subjectivisme ? L’agent de police est seul juge ! L’autre raison qui expliquerait la conduite systématique des motos en fourrière, c’est : le fait que les gens ne reviennent plus chercher les cartes grises après leur retrait. Ils ne payent donc pas pour la contravention. Là aussi, c’est parce qu’ils n’ont pas la possibilité de payer sur place. D’où les cas de corruption sur le terrain. Il ne coûte rien au Trésor public de mettre en place des terminaux de paiement électronique (TPE). Si tant est que certains agents font disparaitre des souches de reçus mis à leur disposition afin de soutirer des sous. Il faut prendre les précautions nécessaires afin que les usagers ne soient pas « injustement » brimés. Bien évidemment, un cas d’incivisme avéré, c’est une autre chose.

Par Basidou KINDA


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