Lutte traditionnelle : Un rendez-vous « réussi » à Tiogo

Publié le jeudi 24 janvier 2019

Pour la neuvième année consécutive, Tiogo a tenu encore sa promesse. Celle de réunir les différents lutteurs sur son sol. L’édition 2018 s’est déroulée du 22 au 23 décembre dernier. Sans surprise, Eloi Zerbo signe son quatrième titre d’affilée du tournoi.

C’est devenu une tradition. Chaque année, le week-end avant Noël, les lutteurs se donnent rendez-vous à Tiogo. Ce petit village d’environ 4000 habitants (situé dans la commune rurale de Ténado, province du Sanguié - environ 145 km de Ouagadougou) s’est ainsi imposé comme une des grandes arènes des lutteurs. Surtout les meilleurs d’entre eux connus aujourd’hui au Burkina.
Les 22 et 23 décembre dernier, Tiogo était donc en ébullition. Au son des flûtes et tam-tams, la foule était tenue en liesse. Avec stupéfaction, on regarde les lutteurs s’affronter, les uns plus techniciens que les autres. 135 lutteurs venus de 22 localités dont Ouagadougou s’affrontaient. Etait de ceux ceux-là le roi des arènes burkinabè, Eloi Zerbo. C’est un habitué du rendez-vous de Tiogo et tenant du titre. La finale OPEN (grande finale) homme l’oppose à Drissa Zon, champion 2013 et 2014. Les deux se connaissent d’ailleurs très bien sur les différentes arènes de lutte au Burkina. L’affrontement des deux est une opposition entre la force (brute ?) pour le premier et la technique pour le second. « Drissa, c’est le technicien » avoue Eloi Zerbo à la fin de leur combat. 15h25, ce dimanche 23 décembre, les deux se sont affrontés pour le prestigieux titre. Mais Eloi Zerbo a eu raison de son adversaire. Il signe ainsi son quatuor d’affilée. Il règne donc en maître sur le sol de Tiogo. Le champion a gagné du même coup sa 11e moto, toute compétition de lutte confondue au Burkina. Drissa Zon, qui bénéficie de la sympathie du public du fait de sa technicité, justifie sa défaite par la disproportion de poids. « Il (Eloi Zerbo) a plus de 100kg et moi 80. Même si c’était 10kg de moins, je pouvais facilement le défaire. »
Chez les femmes, c’est Sia Solange qui est sacrée championne en catégorie OPEN. Avec juste raison. En activité dans la lutte depuis 2012, elle est la championne nationale de la discipline. De l’école nationale de la police, elle compétissait pour la première fois sur le sol de Tiogo. Représentant le Kadiogo (Ouagadougou), cette athlète, à la stature imposante, est venue à bout de son adversaire à moins d’une minute de combat. « Depuis que je combats, je n’ai jamais fait plus d’une minute. » confie-t-elle.

La 10e édition en lecture

S’il y a un mot pour qualifier l’édition 2018, c’est la « réussite » selon le promoteur, Urbain Bako. Et pour cause, ils ont réussi à « réunir les grandes valeurs de la lutte burkinabè à Tiogo » A cela s’ajoute l’engouement exceptionnel pour cette année : 135 lutteurs venus de 22 contrées dont Ouagadougou. Une première depuis neuf éditions. Le maire de la commune de Ténado, Yoma Batiana, parle de « satisfaction totale », de « grande réussite ». Parce que pour lui, « l’événement, du point de vue de la mobilisation, on ne peut pas estimer la population qui est sortie. Du point de vue de l’organisation, c’est également une grande réussite. »
Le co-parrain, Bétio Nestor Bassière, ministre de l’environnement, trouve que « le niveau de la compétition a grandi ». Ressortissant de la commune de Ténado, il constate que le palier de la compétition va crescendo. « De la 1re à la 9e édition, on voit bien la qualité des lutteurs, la mobilisation et surtout le niveau d’organisation de cette compétition qui va au-delà de la commune de Ténado » fait-il remarquer.
Le challenge, c’est désormais de réussir la 10e édition, surtout de « parvenir à internationaliser la compétition en faisant venir des lutteurs d’autres nationalités ». Pour ce faire, il faut des moyens. Impliquer le ministère des sports est-une option. « Il faut surtout impliquer pour la 10e édition, le ministère des sports (…) afin qu’ils viennent voir comment les choses sont organisées, quel est l’engouement afin qu’ensemble nous posions les jalons d’une compétition au-delà de la commune de Ténado. » suggère M. Bassière. Même point de vue du Maire de la commune. « Pour le financement de la 10e édition, il faudra (…) interpeller le ministère des sports afin qu’il accompagne. (…). C’est vrai qu’il y a la fédération qui nous accompagne mais on ne sent pas la main du ministère des sports. »

Basidou KINDA

Cinq questions à Urbain Bako, promoteur

Comment appréciez-vous la compétition de cette année ?
La compétition était assez élevée. On a réuni les grandes valeurs de la lutte burkinabè à Tiogo ici. Il allait donc de soi que naturellement nous ayons des combats de niveau assez élevé. Au point final, le champion en titre a été sacré une fois encore.

Cette année, il y a eu beaucoup plus de compétiteurs. Certains sont venus même de Ouagadougou. Comment cela s’explique ?
C’est aussi le signe de l’engouement qu’il y a autour de cet événement. Il est devenu national. Depuis deux, trois ans, il est suivi par la fédération, par des ministres et certainement que l’information va au-delà des contrées les plus proches. Ainsi des gens sont venus de presque tout le Burkina, en tout cas les contrées qui s’adonnent à la lutte. Nous-mêmes on était surpris. On a eu du mal à les gérer hier soir (le samedi 22 décembre) en terme d’hébergement, de restauration. Mais tout est rentré finalement dans l’ordre. Cela s’explique aussi par une communication dynamique qu’on a eu à l’endroit des structures comme la ligue du centre dont le président s’est intéressé dès qu’on l’a approché, l’école nationale de la police qui a un club de lutte qui s’est également intéressée en faisant venir des lutteurs.

Il y a des années, l’ambition était d’internationaliser la compétition. Qu’en est-il de cette option aujourd’hui ?
L’ambition demeure intacte. L’internationalisation de la compétition fait partie des enjeux majeurs que nous allons inscrire dans nos prochaines réflexions. Ce n’est pas une réflexion nouvelle, mais elle nécessite des actions beaucoup plus muries, un budget beaucoup plus soutenu. Parce que depuis, nous bouclons notre budget sur fonds propres et aussi avec l’aide de quelques amis proches. Cette année, nous avons eu la chance d’avoir le secrétaire général du ministère de l’agriculture et des aménagements hydrauliques qui nous a beaucoup soutenus. Toute chose qui a facilité l’organisation de cette édition 2018. Le parrain est toujours mobilisé dernière nous. Mais malgré lui son soutien inestimable, on a eu toujours des difficultés à boucler l’enveloppe financière. Mais l’ambition de s’internationaliser demeure. Cette année nous avions contacté un jeune lutteur sénégalais mais malheureusement, il n’a pas pu se dégager pour venir. On espère que pour l’édition de l’année prochaine, on pourra faire venir quelqu’un de nationalité étrangère. Pas forcément un Sénégalais.

L’édition prochaine (la 10e) ce sera certainement une édition bilan. Vous évoquez les problèmes financiers, quels sont donc les perspectives afin qu’elle s’impose… ?
Deux actes majeurs ont été étudiés. Le premier acte, n’est plus à étudier puisque le patron de cette année, le secrétaire général du ministère de l’agriculture, le colonel Guiré Alassane, a accepté d’être toujours le prochain patron. Si d’aventure, il parvient à mobiliser ce qu’il a fait cette année, c’est sûr que nous allons réussir la mobilisation de 2019. Le deuxième acte, c’est parvenir à internationaliser la compétition en faisant venir des lutteurs d’autres nationalités. De concert avec certains amis dans la sous-région si on peut avoir l’appui nécessaire pour organiser le déplacement d’un ou deux lutteurs. Parce que cela est très coûteux !

Quel est votre mot pour qualifier l’édition 2018 ?
La réussite !


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