CDL : Une bonification au fil des ans !

Publié le jeudi 24 janvier 2019

Le festival international de films sur les droits humains et la liberté d’expression, ciné droit libre est né d’une conviction forte : user du 7ème art pour dire le nom de la liberté. Ce nom qui est souvent synonyme d’un Non ! Le refus de l’arbitraire de l’oppression de l’exploitation de l’homme par l’homme… Le droit de tout citoyen de disposer de ses droits fondamentaux et élémentaires est inscrit dans la constitution de tous les états modernes, théoriquement cela s’entend. Entre la lettre et la pratique il y a un fossé que seul le cri d’orfraies d’activistes de la liberté permet de voir. La dictature, la gabegie, la corruption et autres maux sociaux survivent lorsque l’impunité persiste dans le silence et l’ignorance de la « multitude vile ». C’est pour donner sens à l’information que les promoteurs de ce festival ont mis l’accent sur cet art qui estime qu’une image vaut mille mots. Ciné droit libre est né dans la douleur. Après l’odieux crime de Sapouy des femmes et des hommes se sont dressés pour dire non à la « démocrature ». Il fallait de l’audace et les initiateurs de Ciné droit libre l’ont eu à cette époque ou des soudards aux ordres n’hésitaient pas à menacer kalachnikov à la main « Si tu fais on te fait et y a rien ! ». Entre projection de films, conférences-débats exposition d’œuvres d’art le festival a trouvé ses marques. Démarré timidement avec pour seuls lieux d’expression le centre culturel français Georges Méliès et l’université de Ouaga1 de l’époque, le festival a fini par investir le tout Ouaga. Puis A force de persévérance, il s’est exporté dans la sous-région (le Niger, le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire…) voilà 14 ans déjà que ce festival roule sa bosse au Burkina Faso. Du 8 u 15 Décembre il a véritablement mis les petits plats dans les grands. Avec pour parrains Claudy Siar de « couleurs tropicales » sur RFI et Youssoupha le fils de Tabu Ley Rochereau Ciné droit Libre a plus que séduit, il a convaincu les plus sceptiques de sa capacité a fédérer les énergies autour d’un idéal commun, celui de faire en sorte que tous les hommes vivent effectivement égaux en droit. Pas de sujet tabou en ces moments où le pays est en proie à la montée de l’extrémisme violent. Une autre façon de résister par l’art et la culture, mais aussi la communion et le partage. En effet, ils sont nombreux les personnalités qui ont bravé les zones rouges pour être de la fête en salle ou en plein air en cette période d’harmattan débutant. Ceux qui ont pensé que le temps allait effacer les meurtrissures de l’autodafé de Sapouy , se sont trompés et ont actuellement le sommeil troublés. 20 ans après, Norbert Zongo était omniprésent pendant tout le long de ce festival qui est né pour perpétuer le combat de ce illustre journaliste et défendre la liberté d’expression ici et ailleurs. Entre divertissement et réflexion constructives, des festivaliers de tout âge ont pris du plaisir à dire leur colère contre tous ceux qui à travers le monde sont des obstacles à l’expression libre de la pensée de l’individu et des communautés humaines. Le thème « Justice levez-vous ! » retenu pour cette édition est tout un discours contre un système judiciaire qui a du mal à s’assumer dans la séparation des pouvoirs et la défense de la veuve et de l’orphelin. A son crédit, il est honnête de reconnaitre que cette justice manque cruellement de moyens pour traiter avec diligence les dossiers pendants. La revalorisation du salaire du magistrat est certainement l’arbre qui cache la forêt. A titre d’exemple, des centaines de présumés terroristes attendent toujours leurs jugement dans nos prisons. Avec le cas des dizaines d évadés lors de l’attaque de la brigade de gendarmerie de Djibo, il y a lieu que l’exécutif ouvre l’œil et le bon. Concernant le cas Henri Sebgo, les lignes sont en train de bouger. Heureux de constater que la plupart des jeunes qui manifestent aujourd’hui pour Norbert Zongo n’étaient pas nés (ou étaient à l’âge du biberon) lorsque l’émérite journaliste d’investigation disparaissait tragiquement un certain 13 décembre 1998. Lueur de satisfaction au sein d’une jeunesse qui se laisse gagner par l’inculture et la montée de l’incivisme. C’est en apportant chacun sa pierre à l’édifice qu’on participe à la construction d’une conscience citoyenne indispensable à la naissance de la nation burkinabè. C’est en cela aussi que l’initiative Ciné droit libre de l’association SEMFILM est louable. Cette année, la plateforme culturelle du Burkina Faso a mis sa main à la pâte en mettant la question religieuse en débat : L’adversité des croyances et religions au Burkina et dans la sous-région : perception et chemin possible. Les hommes de culture refusent de jouer la politique de l’autruche face à la montée de l’intolérance religieuse qui tout doucement gangrène le vivre-ensemble. En évitant le débat public sur la religion on déroule le tapis rouge à ceux qui ne se gênent pas de faire des prêches et autres sermons qui sèment les germes de la division. Norbert avait pour leitmotiv : « le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens biens » .En attendant, la fête panafricaine du cinéma de Ouagadougou, ‘’ciné droit libre ‘’ a plus qu’assurer selon un jargon de jeunes branchés. Salut Artistes !

Ludovic O KIBORA


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