Ciné droit libre 2018 : L’ombre de Norbert Zongo et de Black So Man

Publié le jeudi 24 janvier 2019

Du 8 au 15 décembre, la justice était à la barre dans le cadre de la 14e édition de Ciné droit libre. En plus des débats et les projections sur le thème « Justice levez-vous », CDL a rendu hommage au journaliste Norbert Zongo, au cibal Hamidou Valian et à Black So Man, à travers plusieurs activités, notamment le procès de la justice, dans l’affaire Norbert Zongo.

Le festival annuel de films sur les droits humains s’est clôturé le 15 décembre dernier. Cette édition aura marqué plus d’un, par son engagement à faire en sorte que la justice joue pleinement son rôle. De ce fait, elle doit arrêter qui de droit, punir les vrais auteurs, destituer qui de droit, sanctionner les vrais coupables selon le principe : Nul n’est au-dessus de la loi. Pour le faire, le festival a fait appel à des parrains comme le chanteur animateur radio et TV, producteur des émissions « Couleurs Tropicales » et « Génération consciente », Claudy Siar et l’artiste phare Youssoupha Mabiki. Ainsi, des festivaliers venus de plusieurs horizons ont arpenté les rues de Ouagadougou pour prendre part aux activités entrant dans le cadre de ce procès historique. Lors d’une conférence de presse, Claudy Siar a laissé entendre que le thème « Justice levez-vous » est un thème osé. « Mettre la justice sur le banc des accusés c’est une avancée majeure en Afrique et le Burkina Faso l’a fait » a-t-il précisé. Le 10 décembre de chaque année est consacrée à la journée internationale des droits de l’homme. A cette occasion, CDL a initié un dialogue démocratique sur la problématique de l’insécurité dans le Sahel. Cette journée s’est soldée par le lancement de l’initiative Sahel, pour la solidarité et le soutien aux populations du Sahel, pilotée par des organisations de la société civile Burkinabè.

Repose en paix, valeureux Valian

Dans la soirée du 11 décembre, CDL a rendu un hommage à Hamidou Valian, membre du collectif Balai citoyen et quatrième membre du collectif « Qu’on sonne et voix-ailes ». Arraché à la vie, le 30 avril 2018, un hommage a été rendu par Sem films à celui qui a été de tous les combats pour la promotion des droits humains. Parents, amis, camarades de luttes, artistes musiciens, ont fait le déplacement sur le site de l’Espace Gambidi, pour témoigner de la bonté, de la combattivité du cibal. « Malheur à ceux qui ne feront pas mieux ou tout autant que Valian », dira le rappeur Smockey, pour ainsi inviter les autres membres du collectif à s’inspirer de Valian pour poursuivre la lutte.
Quant à Abdoulaye Diallo, coordonnateur de Ciné droit libre, il ajoutera que l’artiste dont il pleure encore la disparition s’est donné corps et âme dans l’organisation de plusieurs éditions de Ciné droit libre. A l’en croire, Valian était un jeune serviable, généreux et surtout à l’écoute de son prochain. Les trois autres membres du collectif « Qu’on sonne et voix-ailes », B-Rangé, Térence et Tony, sont montés aussi sur scène pour rendre hommage à leur camarade de lutte. Tour à tour, chacun d’eux a loué la positivité et l’esprit de combattivité qui animait la vie de Valian. Plusieurs autres artistes comme Malika la Slamazone, Basta Guinga, le binôme de Valian, Basic Soul et bien d’autres ont chanté en la mémoire de Valian.
Pour terminer, on a eu droit à une projection de film sur la vie de l’illustre disparu. Ce fut un moment d’intense émotion. Cette soirée a également été marquée par la lecture de certains textes du slameur, comme pour dire, l’artiste ne meurt jamais, il vit à travers ses œuvres.

« Espoir démocratie » de Gidéon Vink, Abdoulaye Diallo et Inoussa Kaboré 

La soirée du 11, s’est achevée par la projection du film « Espoir démocratie » de Gidéon Vink, sur les élections de 2015. Ce film, retrace le parcours de trois partis politiques, dont, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et l’Union pour la renaissance, partis Sankariste (UNIR/PS), qui étaient en course pour la présidentielle de 2015. La présidentielle de 2015 est apparue comme une bouffée d’oxygène pour les Burkinabè. Ce documentaire d’1h30mn, revient sur une campagne électorale où l’enjeu majeur était : récupérer la confiance du « Burkinabè post-insurrectionnel ». Des meetings, des contre-meetings, en passant par les discours promettant des lendemains radieux, les trois responsables de ces partis politiques, ont sorti le grand jeu pour mettre chacun, la chance de son côté. La fin du documentaire, montre le début d’une nouvelle ère, mais quelle ère ? Des débats s’en sont suivis, avec Tahirou Barry, du Groupe Parlementaire UPC, représentant l’opposition et Dr Pargui Emile Paré du MPP.
Trois ans après cette présidentielle, le constat est là. « Roch la réponse », vainqueur des élections, fait toujours face aux préoccupations grandissantes des populations. Ainsi, « la réponse » se fait toujours attendre.

Procès de l’affaire Norbert Zongo, 20 ans après

13 décembre 1998 - 13 décembre 2018, cela fait exactement 20 ans que le pionnier du journalisme d’investigation au Burkina a été assassiné. Vu la lenteur, ainsi que toutes les péripéties qu’a connu le dossier de justice, CDL a voulu attirer l’attention de la justice, en l’appelant à la barre du tribunal populaire du village du festival ce 13 décembre 2018.
Dans une pièce, proche de la réalité du dossier, le chef du village, Kientega Pingdwendé Gérard dit KPG, a mis en scène un débat entre l’avocate de la famille Zongo, Me Sankafaram (contraction de Sankara et Farama), l’avocat de la défense, Me Chiwawa et le Procureur général, sur leurs agissements dans l’affaire Henry Sebgo. Face au président du tribunal qu’était KPG, le procureur général, Yaméogo-Sagnon-Barry dit Yasaba le juste, a été sommé d’expliquer au peuple, pourquoi après 20 ans, le dossier dort toujours dans ses tiroirs. « Pensez-vous que l’institution judiciaire a fait son travail en toute âme et conscience ? Répondez ! Le peuple est là et le peuple réclame justice ! » a martelé le président du Tribunal populaire. Le procureur tentera par tous les moyens de se faire comprendre, sans pour autant y parvenir car, comme dirait l’autre, « il a soupé avec le diable et continue de souper avec lui ».
Cette mise en scène du procès fictif, aussi hilarante qu’instructive a permis de comprendre un certain nombre de choses dans le traitement du dossier en justice, notamment l’historique du dossier, les témoins qui se sont rétractés de façon subite, après une seule entrevue avec la commission d’enquête. Cette mise en scène réussie a été l’œuvre de jeunes étudiants et conteurs, dont : Henry Rapademnaba ; Fabius Awanou ; Mathild Zerbo ; Erwane Compaoré et Loe Koné, sous la direction de KPG. Un passage qui a retenu notre attention dans cette pièce, c’est sans doute celui-ci : « Sans justice nous renonçons à notre humanité, et surtout nous ouvrons la porte à une quantité insoupçonnée d’abus, d’une part entre les concitoyens eux-mêmes, mais d’autre part, entre les autorités et les citoyens ».

Black So Man, cet autre combattant de la liberté

De son vrai nom, Bintogoma Traoré, Black So Man était connu pour ses œuvres musicales de conscientisation. Il pointait du doigt les tares de ce monde, gangrené par l’insécurité, la corruption, l’autocratie et bien d’autres maux. Victime d’un accident de la circulation, l’empêchant de faire ce qu’il aime le plus, il restera tapis dans l’ombre, jusqu’à ce que mort s’ensuive en mars 2018. L’un de ses tubes phares « j’étais au procès » a retenu l’attention du comité d’organisation de Ciné droit libre 2018. En effet, la justice étant appelée à la barre cette année, CDL a voulu à cette occasion rendre un hommage à celui-là qui a été le premier à indexer cette justice. Ainsi, la soirée de clôture le 15 décembre, a été consacrée à la projection du film « L’ombre de Black », réalisé par Gidéon Vink. Ce film est un portrait de l’artiste, de son enfance au village, ses années de galère en Côte d’Ivoire à son ascension musicale. Le public composé en majorité de jeunes ayant connu l’artiste, faisait un tonnerre d’applaudissements ou reprenait en cœur certaines de ses chansons. On a senti une émotion vive lorsqu’arriva la partie du film où il est question de son accident et de sa mort dans des conditions non encore élucidées. Le public exprimait des plaintes et mécontentements. A la suite de ce film, le tube « j’étais au procès » repris par un collectif d’artistes de Ciné droit libre a été diffusé en guise d’hommage et de reconnaissance à Black So Man. La soirée s’est terminée en toute beauté avec le concert de Youssoupha. Rendez-vous est donc donné en 2019 pour d’autres aventures avec CD.

Mariam SAGNON (Stagiaire)


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