Marche-meeting de la CCVC : Mise en garde au gouvernement Paul Kaba Thieba

Publié le mercredi 20 février 2019

Le jeudi 29 novembre 2018, certaines artères de la ville de Ouagadougou ainsi que d’ autres contrées du Burkina Faso ont fourmillé de monde. Et pour cause, la coalition nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés ( CCVC) a appelé les Burkinabè à protester contre l’augmentation du prix des hydrocarbures.

C’est la première fois, depuis son accession au pouvoir, que le président Roch Marc Christian Kaboré a fait face à une journée de protestation qui a réuni syndicats, partis politiques de l’opposition et organisations de la société civile. L’augmentation du prix des hydrocarbures, décidée par le conseil des ministres du 8 novembre 2018, est l’élément qui a fédéré toutes ces entités.
Malgré les menaces du ministère en charge de la fonction publique de recenser les fonctionnaires grévistes et les tentatives d’intimidation du Premier ministre, l’appel de la CCVC a eu un écho retentissant. Des centaines de milliers de fonctionnaires de l’administration publique, des élèves et étudiants, les partis politiques affiliés au Chef de file de l’opposition politique, des commerçants, des hommes, des femmes et des enfants du monde paysan ont répondu à cet appel sur tout le territoire national.
Ils revendiquent la baisse du prix des hydrocarbures et la relecture de la structure des prix, conformément aux conclusions de l’atelier du comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures, tenu à Bobo-Dioulasso en juillet 2009, l’audit indépendant de la SONABHY et de la SONABEL, en partenariat avec le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) et l’Autorité supérieure de contrôle d’État et de lutte contre la corruption (ASCE/LC), l’identification et la saisie des fonds détournés par les dignitaires du régime de Blaise Compaoré, la fin des atteintes aux libertés démocratiques et syndicales.
La plateforme revendicative a été remise au ministre du commerce, de l’industrie et de l’artisanat, Harouna Kaboré qui l’a immédiatement transmis au conseil des ministres qui se tenait ce jour.

Un avertissement pour le gouvernement

Cette journée de protestation qui a drainé du monde aussi bien à Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso que dans les autres villes du Burkina Faso sonne comme un avertissement au gouvernement. C’est en tout cas, la première fois, depuis l’élection de Roch Marc Christian Kaboré comme président du Faso, qu’une marche a fédéré autant d’associations et de structures mobilisées contre son régime. On en veut pour preuve la CCVC, le CFOP, le Collectif pour le peuple uni, l’Unité d’actions syndicales qui regroupe une trentaine de syndicats, l’Union générale des étudiants burkinabè, le Mouvement jeunesse, démocratie et développement et une kyrielle d’organisations de la société civile. Sans compter des manifestants pris dans leur individualité et n’appartenant à aucune structure. A y regarder de près, c’est aussi la première fois que sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, le Chef de file de l’opposition politique et des syndicats s’associent dans un mouvement d’envergure nationale. Il y a deux mois, le CFOP avait sollicité le soutien des syndicats pour sa marche-meeting du 29 septembre 2018, dénommée « marche-meeting des forces vives de la nation » pour dénoncer « la gouvernance chaotique » du parti au pouvoir. Mais ces derniers n’avaient pas répondu favorablement à cette sollicitation pour raison d’organisation interne et de calendrier. Or, le 29 novembre dernier, ils étaient ensemble pour dénoncer la hausse du prix des hydrocarbures.
C’est donc un signal fort qui vient d’être lancé au Mouvement du peuple pour le progrès (Mpp) et à ses alliés au pouvoir. « Nous devons rester mobilisés car seule notre mobilisation va nous sauver (…) Si nous nous couchons, nous sommes morts. », a lancé Chrysogone Zougmoré, premier vice-président de la CCVC, aux manifestants.
« Le pouvoir c’est le peuple. Il y a quatre ans, il l’a démontré à travers l’insurrection populaire qui a emporté Blaise Compaoré », a-t-il rappelé au gouvernement. « Les mêmes causes produisant les mêmes effets », Chrysogone Zougmoré a demandé au gouvernement de revoir sa méthode de gestion de la République. Il a aussi souligné l’importance pour l’exécutif de participer à l’effort de guerre en réduisant son train de vie. Cela passe, selon lui, par « la réduction des salaires des ministres qui se chiffrent à des millions, l’annulation des privilèges comme les véhicules de luxe ». Il a aussi exigé que le gouvernement prenne « des mesures pour faciliter l’arrestation et le jugement de tous les pilleurs de deniers publics ».
Selon Bassolma Bazié et Chrysogone Zougmoré, la mobilisation du 29 novembre témoigne de la volonté et de la détermination des Burkinabè à obtenir gain de cause. C’est aussi et surtout « un avertissement » pour les gouvernants de ce pays, ont-ils déclaré. Du reste, les organisateurs de la marche-meeting ont promis de rester « debout » jusqu’à la satisfaction des revendications n

Raphaël N. ASPAVATI (aspavanou@gmail.com)


Commenter l'article (0)