Ruines de Kalsaka mines : L’Etat burkinabè est responsable

Publié le mercredi 19 décembre 2018

Une vue des populations victimes de la pollution environnementale à Kalsaka.

Kalsaka. Le 21 juillet 2018. Des puits à ciel ouvert d’une profondeur de 120 m environ, dont certains sont remplis d’eau de couleur verdâtre dégageant une odeur nauséabonde. Pas d’arbre, ni d’herbe. Une vaste étendue désertique de près de 25 km2. La faune sauvage et l’agriculture sont détruites à cause de la pollution du sol au cyanure et à l’arsenic. C’est l’héritage que Amara Mining a légué à la population de Kalsaka.
Autrefois, l’arrivée de cette société britannique d’exploitation de l’or était une source d’espoir. Aujourd’hui, cinq ans après, depuis l’arrêt des travaux miniers à Kalsaka, des femmes, bébés au dos, et certains hommes, au risque de leur vie descendent dans ces carrières abandonnées. Ils cherchent des graviers et cailloux. Ils fouillent, cassent et les ramassent dans des sacs pour leur survie. « Nous sommes abandonnés à nous-mêmes et nous vivons dans la pollution permanente. », s’indigne Souleymane, le visage ridé et plissé, dû à une vieillesse prématurée en raison de la pauvreté.
Ici à Kalsaka, l’impact d’une exploitation minière sur l’environnement est réel. « Pendant l’hivernage, l’eau potable disponible est de couleur verdâtre » confie un habitant de la localité, qui, révolté, affirme que Kalsaka vit un drame silencieux qui n’émeut aucune autorité.
Et pourtant, le code minier et le code de l’environnement prévoient une étude d’impact environnemental et social assorti d’un plan de gestion environnementale et sociale (PGEJ). Ce plan fait obligation à toute société minière de réhabiliter l’environnement à la fin de l’exploitation. C’est pourquoi, l’article 141 du nouveau code minier (loi N°36-2015/CNT) précise que les sociétés minières industrielles sont tenues d’ouvrir et d’alimenter un compte fiduciaire à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Dans le cas d’espèce, et en dépit de ce contrat qui lie l’Etat burkinabè à la société Amara Mining, on constate que cinq ans après, il n’y a pas eu de réhabilitation. Que se passe- t-il ?

Le plan de réhabilitation

Il y a deux ans, le vendredi 26 août 2016, le ministre de l’environnement, de l’économie verte et du changement climatique, Nestor Bassière, était sur les carrières abandonnées de Kalsaka. De cette visite, il est ressorti que la société Amara Mining a son plan de réhabilitation du site. Elle s’est même engagé à rétablir le couvert végétal dans le respect des clauses du code minier et du contrat qui le lie à l’Etat. Le processus de la réhabilitation, promet la société, à l’occasion de la visite du ministre, devait commencer depuis le mois d’août 2015 et prendre fin en novembre 2016. A la date d’aujourd’hui, rien n’est fait.
En rappel, la société Amara Mining avait fermé ses portes depuis 2013 et attendait le déblocage du fonds de réhabilitation pour restaurer le site avant de quitter le Burkina Faso. Elle a même maintenu sur le site son personnel d’appui dans l’espoir que l’Etat burkinabè mette sur pied le comité devant s’occuper du couvert végétal. Finalement, elle a cédé le minerai à une autre société appelée Perseus Ltd.

Lire aussi : Fonds Minier de Développement Local : Les sociétés minières refusent de payer, la société civile menace.

A en croire, le directeur régional Afrique de l’Ouest chargé de l’environnement de Perseus Mining, Michel Yao, l’entreprise compte réhabiliter au plus vite le site. Elle va d’abord installer des cordons de sécurité d’une hauteur de 2m environ autour des carrières, avec des pancartes sur lesquelles, il sera écrit : « danger de mort ». Puis après, à l’intérieur de ces cordons, il y aura un tassement de façon naturelle avec l’érosion. Et enfin, au niveau des tas de lixiviation, Perseus Mining a prévu le reprofilage des résidus et le débranchement des arrosoirs sans oublier que les tas de stériles seront aussi décontaminés du cyanure. Même des « bosquets de compensation » font partie de ce plan de réhabilitation, où « la société mettra en terre plus de 10 000 plants sur 50 hectares ». Mais, il y a un problème dont M.Yao ne parle pas.
Son plan devrait être financé par le fonds de réhabilitation auquel Amara Mining avait souscrit dès le démarrage de l’exploitation de la mine. A la date de la fermeture de cette société minière, elle avait cotisé à la BOA (Banque of Africa), la somme de 1 650 000 000 F CFA. En principe et au regard des textes en vigueur, la restauration du couvert végétal aurait dû être commencé aussitôt après la fermeture de la société d’exploitation du minerai d’or. Mais hélas ! Deux ministères se disputent la paternité de l’opération : Le ministère de l’environnement, de l’économie verte et du changement climatique et le ministère des mines et des carrières. Chaque ministère cherche à prendre le contrôle du comité chargé de la réhabilitation.

Deux ministères bloquent la restauration du site.

Selon la directrice générale adjointe de Kalsaka Mining et directrice-pays de Perseus Ltd, Djénéba Nana, la continuation de cette catastrophe s’explique par : « Le manque des décrets d’application du code minier. Si ces textes sont adoptés, on pourra commencer la réhabilitation ». La balle est à nouveau renvoyée dans le camp du gouvernement. Au niveau des deux ministères, c’est motus bouche cousue ! Les responsables concernés au premier plan ne semblent pas être pressés sur le sujet. Seul, un haut responsable du ministère des mines et des carrières, qui a requis l’anonymat, a affirmé que le dossier est politique. Il s’est demandé : « Pensez-vous vraiment qu’à cause d’un décret d’application, on peut livrer près de 600.000 burkinabè (population de Kalsaka) aux dangers environnementaux ? ». ‘’Le problème est autre’’ soutient-il. Et de ses confidences, on retient que le ministère des mines et des carrières est signataire des contrats avec les sociétés minières. Il est donc de son ressort d’assurer ou de suivre de près le processus devant conduire à l’exécution des travaux de la restauration de l’environnement. Puis, le ministère en charge de l’environnement procédera au contrôle.
Ce qui n’est pas l’avis des autorités de ce ministère qui veulent jouer les premiers rôles. Alors que les deux ministères réclament la paternité de la réhabilitation, les populations de Kalsaka souffrent le martyr. Pas d’eau potable, pas de lieu de pâturage, plus de terres arables, pas d’arbres et la plupart des animaux morts ayant consommé de l’eau souillée ou ayant été pris au piège dans les trous profonds.

Raphaël N. ASPAVATI

NB : Cet article a été rédigé par L’Evénement dans le cadre de “La Richesse des Nations”, un programme panafricain de développement des compétences médias dirigé par la Fondation Thomson Reuters. Plus d’informations sur http://www.wealth-of-nations.org/fr/. La Fondation Thomson Reuters n’est pas responsable des contenus publiés, ceux-ci relevant exclusivement de la responsabilité des éditeurs.


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