Suivi des marchés publics : Une initiative citoyenne pour des infrastructures de qualité

Publié le mercredi 19 décembre 2018

L’équipe du projet Suivi des marchés publics en séance de travail au siège de Open Burkina.

Yéguéré gate. De nombreux Burkinabè se souviennent encore de l’histoire de ce plateau omnisport très fréquenté au secteur 10 de Bobo-Dioulasso, dans la région des Hauts-bassins. Le ministère des sports et loisirs a financé sa réhabilitation à hauteur de 190,500 millions de francs CFA. Inauguré le 17 février 2018, un de ses cerceaux de basket-ball traînait déjà par terre quelques jours après. Une situation qui avait choqué plus d’un. En son temps, le chef de service des sports à la direction régionale des sports et des loisirs des Hauts-Bassins, Moustapha Traoré, disait que le dégât pourrait avoir été causé par la mauvaise qualité du matériel ayant servi à la réalisation des cerceaux.

A peu près dans la même période, des caniveaux et des ponts ont cédé à Gaoua, dans la région de l’Est, face aux eaux de pluie, tombées dans la nuit du 24 au 25 février 2018. Ces infrastructures venaient pourtant d’être réceptionnées courant décembre 2017, dans le cadre de la célébration de la fête de l’indépendance, à chaque 11 décembre de l’année.

Le rapport accablant de l’Assemblée nationale

Ce n’est pas tout. Depuis trois décennies, de nombreux scandales émaillent l’exécution des marchés publics. Selon le rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur la réalisation d’infrastructures publiques et l’acquisition d’équipements par les maîtrises d’ouvrage déléguées (CEP-MOD), publié le 7 décembre 2017, l’État a perdu plus de 7 milliards de francs CFA à cause de la mauvaise exécution des marchés publics. La commission a souligné que plusieurs chantiers ont été abandonnés, et des infrastructures sinistrées à cause de la mauvaise réalisation ou de l’inadaptation aux besoins réels des usagers.

Un sursaut citoyen

Suite à ce constat, des citoyens, vrais perdants dans ce gaspillage des fonds publics, en tant que financeurs et bénéficiaires des marchés, ont créé ce qui s’appelle le projet Suivi des marchés publics. Initié en 2017, le projet est porté par Open Burkina, une association qui s’est donné pour mission de participer à la construction d’un « État responsable, tourné vers les besoins des citoyens ». Pour cela, l’association développe des projets dans divers domaines - commande publique, budget de l’État, coupures de courant, transport urbain, qualité de l’air, suivi du Plan national de développement économique et social (PNDES) - afin de rendre l’information disponible et accessible au public. Son but ultime est de « garantir le droit à une société juste, démocratique et prospère » en incitant les gouvernants à la transparence et à la redevabilité, et les citoyens à la participation dans la gestion des affaires publiques.

Trois objectifs majeurs

Les failles dans l’exécution des marchés publics sont facilement constatables dans les marchés de travaux. C’est-à-dire les réalisations d’ouvrages physiques telles que les routes, les barrages, les infrastructures administratives, éducatives, sanitaires, culturelles, et sportives.

L’équipe du projet Suivi des marchés publics travaille à la collecte de toutes les données sur ces marchés et à leur publication sur une plateforme numérique, suivant le modèle Open contracting data standard ou Standard de données sur la commande publique ouverte (OCDS). Elle entend ainsi les mettre en accès libre à la disposition de tous les autres citoyens.

Le choix du format OCDS s’explique. C’est en effet un standard international créé pour « accompagner les organisations dans l’amélioration de la transparence de la commande publique et pour permettre une analyse plus profonde des données sur la commande publique par un éventail plus large d’usagers ». Il « permet la divulgation de données et de documents à toutes les étapes d’un processus de commande publique en définissant un modèle commun de données ».
Afin d’impulser une participation citoyenne dans la gestion des affaires publiques, le projet Suivi des marchés publics a comme autres grands objectifs : permettre aux acteurs et bénéficiaires de suivre l’exécution des marchés publics et inciter les entreprises à l’exécution d’infrastructures de qualité.

L’approche

Pour atteindre ces objectifs, la première étape est l’ouverture des données sur les marchés publics, surtout ceux des marchés de travaux, domaines où les failles sont plus constatables. Cela va consister à récupérer le Quotidien des marchés publics, contenant le maximum d’informations. Il est publié régulièrement sur le site de la Direction générale des marchés publics (DGMP). Mais dans un format informatique qui ne se prête pas facilement aux analyses statistiques des données. Ce format est connu sous le nom de portable document format ou format de documents portables (PDF).

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Les informations extraites serviront à créer des jeux de données dans un format informatique présentant les données dans des tableaux, et qui, contrairement au PDF, permet le tri et le filtrage des données, ce qui facilite leur analyse. C’est-à-dire en format Excel ou LibreOffice Calc.
Une plateforme de visualisation, en accès libre, sera disponible, ensemble avec les données. Cette plateforme va non seulement proposer des analyses sur les données des marchés publics mais aussi donner la possibilité aux internautes, de façon dynamique, de réaliser leurs propres visualisations.
Quant à la seconde étape, l’équipe de projet développera une plateforme de suivi de l’exécution des marchés. Celle-ci permettra de géolocaliser les travaux qui font l’objet des marchés publics, puis de collecter régulièrement les données sur leur état d’exécution. D’une part au niveau des structures chargées du contrôle en se basant sur les contrats d’exécution et d’autre part auprès des citoyens qui constatent eux-mêmes la réalité sur le terrain.

Un écho favorable

Le projet Suivi des marchés publics est déjà bien accueilli par les acteurs des données ouvertes, des médias et de la lutte contre la corruption. Il vient d’être sélectionné comme projet prioritaire par la Conférence d’Afrique francophone sur les données ouvertes (CAFDO). Il a, de ce fait, bénéficié d’un financement de 2000 dollars pour sa réalisation, en phase pilote. L’équipe est à pied d’œuvre depuis octobre 2018. Elle travaille sur les marchés publics du mois d’août au mois de novembre 2018. Les résultats devront être disponibles au plus tard fin décembre prochain.
La réalisation du projet devra être documentée et mise à disposition de tous les pays membres de la CAFDO qui souhaitent s’en inspirer.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

NB : Cet article a été rédigé par L’Evénement dans le cadre de “La Richesse des Nations”, un programme panafricain de développement des compétences médias dirigé par la Fondation Thomson Reuters. Plus d’informations sur http://www.wealth-of-nations.org/fr/. La Fondation Thomson Reuters n’est pas responsable des contenus publiés, ceux-ci relevant exclusivement de la responsabilité des éditeurs.


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