Grève des GSP : Une Justice grippée !

Publié le mercredi 19 décembre 2018

« Quand on travaille, c’est pour acheter mouton, pas pour devenir mouton. » Ces propos de l’assistant GSP Bado témoigne du désarroi qui l’habitait. « Nous travaillons beaucoup et gagnons peu » dit-il. Trop c’est trop ! C’est ce que l’agent Bado a voulu dire. Le 6 avril 2013, il fait alors parler de lui. Son coup, faire une grève de la faim pour dénoncer les conditions de vie et de travail des gardes de sécurité pénitentiaire (GSP). L’homme possédait un briquet et de l’essence dans un sachet. Voulait-il se faire carboniser ? Une chose est sûre, son action avait eu un écho retentissant. Le chef d’état-major particulier de la présidence d’alors, Gilbert Diendéré a fait le déplacement de la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) pour l’écouter. L’assistant Bado a ainsi sursis à sa grève en attendant des éléments concrets des promesses de Diendéré au plus tard le 10 avril 2013, jour de Conseil des ministres. Mais rien de concret n’est sorti de cette rencontre hebdomadaire du gouvernement.
Le gréviste Bado faisait savoir qu’ils font la garde 24 heures et dans des conditions inhumaines : « Quand tu montes à 16h 30 aujourd’hui, c’est demain à la même heure que tu descends ». Père de deux enfants, l’assistant Bado, 10 ans de service, dit avoir « moins de 112.000fcfa » le mois (il ne s’était pas gêné de dire son salaire exact). En faisant ses déductions, il a moins de 50. 000fcfa le mois dans la mesure où il doit rembourser les prêts bancaires. « Le plus souvent, on est obligé de faire des découverts » a dit le gréviste. Il avait également dénoncé le manque d’indemnité de risques.
En effet, le quotidien des GSP, c’est côtoyer les prisonniers. Dans l’exercice de leur fonction, ils reçoivent des menaces de la part des détenus. « Toi, si je sors tu vas voir » leur disent certains prisonniers. Le pire dans tout cela est que les geôliers de la prison n’ont pas d’indemnité de risque. Des propos que confirment en son temps deux de ses collègues. « Nous n’avons pas d’indemnité de risque » disent-ils. L’assistant Bado confie que, tout récemment, un de leur collègue a été bastonné par des détenus ayant recouvré leur liberté. Ses deux collègues renchérissent en disant qu’un des leurs a failli perdre l’œil. « Un détenu lui a piqué l’œil. Heureusement qu’il a pu dévier de justesse l’objet »

« Le mouvement qu’ils mènent ne semble pas émouvoir énormément au sein de l’opinion publique. Cela du fait que leurs actions ne touchent pas directement le quotidien des Burkinabè. Mais, elles ont un impact considérable sur le fonctionnement du monde judiciaire. Depuis un certain temps, tous les procès programmés sont renvoyés à des dates ultérieures pour « défaut de sécurité. »  

A travers leur syndicat, la hiérarchie avait fait des promesses d’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Mais c’est resté au chapitre des « promesses non tenues » disaient-ils. Nous avions en son temps tenté de suivre et de savoir ce que le gouvernement avait promis. Mais toutes les démarches sont restées vaines.
Ce rappel permet bien évidemment de mieux comprendre la question des GSP soldée aujourd’hui par la révocation de 10 d’entre eux. Le mouvement qu’ils mènent ne semble pas émouvoir énormément au sein de l’opinion publique. Cela du fait que leurs actions ne touchent pas directement le quotidien des Burkinabè. Mais, elles ont un impact considérable sur le fonctionnement du monde judiciaire. Depuis un certain temps, tous les procès programmés sont renvoyés à des dates ultérieures pour « défaut de sécurité ». Sachant que ce sont les GSP qui assurent cette sécurité. L’autre cas, c’est bien le sort des prévenus et des inculpés sous mandat de dépôt dans les maisons d’arrêts et de correction en attente de leur jugement. Sans procès, ils ne peuvent donc être situés sur leur cas. C’est une torture psychologique difficile à vivre. Surtout quand le prévenu se voit partager le même dortoir avec un condamné. Selon la loi, les inculpés et les prévenus ne devraient pas faire partie du quartier des condamnés. Mais eu égard aux réalités du pays et aux moyens dont dispose l’Etat, construire une prison avec tous ces quartiers n’est pas toujours évident. La séparation minimale qui est souvent faite ici, c’est entre les mineurs et les majeurs et entre les femmes et les hommes.
Il faut donc impérativement parvenir à tenir les procès dans les meilleurs délais.

Par Basidou KINDA


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