Tabagisme : Aconta et le REJAT contre le coditify des industriels du tabac

Publié le mercredi 19 décembre 2018

Deux organisations de la société civile sont montées au créneau ce jeudi 8 novembre pour dénoncer les manœuvres des producteurs de tabac. La dernière en date selon les conférenciers est la « pression des industriels du tabac sur l’Etat burkinabè afin qu’il adopte leur politique de suivi et de traçabilité des produits du tabac ».

Afrique contre Tabac (Aconta) et le Réseau des Journalistes Anti-Tabac (REJAT) embouchent la même trompette pour crier leur indignation du fait que l’Etat burkinabè ait adopté la mesure de suivi et de traçabilité du commerce des produits du tabac encore appelé le coditify, qui en réalité est celle édictée par les producteurs de tabac. En rappel, le coditify est un système de marquage des produits du tabac qui permet leur suivi et de maitriser leur circuit de commercialisation. Cela permet également de lutter contre la contrefaçon et le commerce illicite de ces produits. Selon, les injonctions de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ce sont les Etats eux-mêmes qui adoptent leur coditify et le font appliquer par les producteurs des produits du tabac. Contre toute attente, les règles adoptées par le gouvernement burkinabè ne sont que celles édictées par les industriels du tabac en violation donc du Protocol de l’OMS. Ce qui provoque l’ire des militants antitabac. Ils se disent particulièrement choqués de découvrir que c’est suite à des « pressions » que le gouvernement à « céder » aux désidératas de ces industriels qui ne jurent que par la maximalisation du profit au détriment de la santé des populations. Pour les responsables des deux structures, cette attitude du gouvernement fait du Burkina la risée des autres Etats soucieux de la protection de leur population contre le tabagisme. Ils interpellent alors les autorités à revenir sur l’arrêté adopté qui n’est qu’un texte édicté par l’industrie du tabac.
Dans la foulée, les conférenciers ont salué la posture du nouveau ministre du commerce qui enjoint à la MABUCIG à se conformer à la loi imposant l’apposition d’images sur les paquets de cigarette. Depuis 2015 que cette norme est imposée aux producteurs de tabac, ces deniers trainent toujours les pieds. Dans sa volonté de voir cette réglementation appliquée, le ministre Arouna Kaboré –à croire les conférenciers- leur a donné un ultimatum qui s’expire à partir du 1er janvier 2019.
Outre, les militants tirent un bilan satisfaisant de la résolution ‘SIAO sans tabac’. Ils ont exprimé leur satisfecit de constater que les forces de l’ordre ont fait montre d’intransigeance dans l’application des normes interdisant de fumer dans les lieux publics. Salif Nikiéma, le président d’Aconta, a salué les interpellations et les sanctions que les contrevenants ont écopées.
Les signaux sur le tabagisme en Afrique sont très inquiétants. Récemment, des informations sur les chaines internationales font état de la volonté des industriels du tabac de faire de l’Afrique un important marché pour écouler leur produit. Et l’Afrique (surtout les adolescents) est vue comme un marché juteux à conquérir. On estime aujourd’hui à 77 millions le nombre de fumeurs sur le continent, et selon l’OMS, d’ici 2025, ces chiffres augmenteront de près de 40% par rapport à 2010. Soit la plus forte augmentation observée à l’échelle mondiale. L’institution des Nations unies prédit qu’en 2025, les taux de tabagisme augmenteront dans 17 des 30 pays d’Afrique.

Hamidou TRAORE


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