Etalons : C’est dans la douleur qu’on apprend !

Publié le mercredi 19 décembre 2018

La défaite des Etalons à Luanda (2-1) a plus que jamais réduit les chances de voir notre onze national à la première CAN à 24 au Cameroun. A la dernière journée, il faut espérer que Charles Kaboré et ses camarades tombent les Maurabitounes à Ouaga, ce qui n’est pas la mer à boire mais aussi et c’est le plus difficile l’Angola doit plier devant le Botswana. La situation inconfortable dans laquelle le 2e vice-champion d’Afrique s’est mise interpelle. Les signes d’un séisme sont là. C’est une fin de cycle et il faut trouver les moyens de rebondir.

Voilà plus d’une décennie que le groupe Charles Kaboré en gestation sous l’ère Saboteur (juin 2006-avril 2007) et consolidé par Duarté I (mars 2008-février 2012) a écrit les plus belles pages de l’histoire du football burkinabè. Le bilan établit cinq phases finales de CAN, 2010, 2012, 2013, 2015, 2017 avec à la clé une finale en 2013 et un match de classement en 2017 est un parcours héroïque et jusque-là jamais égalé par les Etalons. Les acteurs de cet exploit, Charles, Pitroipa, Alain, Baky pour ne citer que ceux-là sont trentenaires aujourd’hui. Pour dire vrai la moyenne en âge de notre onze si cher tourne autour de 31. Dans le sport, cet âge est celui du déclin. Il est vrai Roger Mila a attendu la quarantaine pour briller de mille feux, mais il constitue un cas atypique et isolé. Dans une sélection nationale ou un club, quand les meubles se recrutent dans cette fourchette d’âge, la performance devient aléatoire. Fallait-il virer les vieux comme nous l’avons entendu de la bouche de plusieurs fans des Etalons sans doute blasés par la défaite et le mauvais sort qui guette le Burkina ? Ce n’est pas si simple. Un footballeur en haut niveau ne s’invente pas du jour au lendemain. La génération spontanée n’existe pas dans le football. Le groupe de Charles Kaboré a mis près de 6 ans à murir. De 2006 à 2012, les fiascos se multipliaient. Le Burkina n’était pas parvenu à grappiller la moindre victoire à une CAN. Le groupe a atteint la maturité en 2013, après moult échecs. A l’échelle individuelle, le parcours est souvent bien plus long. Le joueur doit d’abord mériter sa sélection par sa performance en club. Puis, il doit trouver sa place dans un groupe. Le problème actuel du Burkina est qu’il ne part pas du néant comme en 2006. A l’époque, on avait échoué à deux CAN de suite (2006 et 2008) et il fallait refaire le groupe. Dans le contexte actuel, il y a un groupe en fin de vie mais surtout il y a un lourd passé, un noble palmarès à défendre. Balayer ce groupe et en construire un autre ne saurait être une sage solution. Le problème que vit le Burkina est nouveau. Jamais on n’a eu cette situation en face. De par le passé, c’était simple. Mais à présent, nous expérimentons une fin de cycle que les nations du foot ont tous connu. Le Brésil, la France, l’Allemagne, le Cameroun, le Ghana…tous sont passés par là. Et leur vécu doit nous permettre de trouver notre voie. Le Cameroun semble dans ce lot avoir fait la pire des options. Après l’ère de l’emblématique Rigobert Song, Yaoundé à espérer prendre la courte échelle. L’équipe a été brutalement renouvelée avec des non sélections sanctions et une confiance aveugle aux produits de la diaspora. Tous les bi-nationaux sont arrivés en vrac et dans tous les sens. A l’arrivée, les Lions indomptables ont perdu tous leurs crocs. Et le Cameroun, n’était pas en Afrique du Sud. On a assisté à une perte totale d’identité des Lions Indomptables, les résultats sont devenus très aléatoires en dépit d’une CAN remportée en 2017 (Les lions n’arrivent pas à battre le Comores !). Le fait est que la génération de Song n’a pas pu transmettre le flambeau. Elle est partie avec l’âme de l’équipe. Par contre en Allemagne, le renouvellement s’est toujours opéré à petite dose. La génération de Müller a pris en douceur le relais d’avec celle de Gomez, le sérial killer. L’Expérience allemande doit nous servir. Et cela nous ramène au championnat national à ses fondamentaux tels que la formation. Les allemands peuvent renouveler leur équipe car disposant d’une large assiette de base où s’opèrent les choix. Au Burkina, le tout n’est pas de renouveler (peu importe le degré). Face aux critiques du genre, il faut changer les hommes, on oppose la réponse la plus simple : les remplacer par qui ? Il me semble ici que le Burkina a dormi sur ses lauriers. Les écoles ou ce qui en tient lieu ne sortent pas les bons crus. En observant le CV des formateurs en place, on trouve un début de réponse. Le formateur n’est pas un titre que n’importe quel entraineur de foot peut endosser. Or, chez nous, c’est le poste qui échoit au jeune entraineur sans expérience en ces termes : « prends les petits et fais des armes là-bas ». A l’évidence, ce sont des cobayes, on tue des talents dans nos centres et écoles de foot. Et passée cette étape, un autre frein intervient. L’enfant dans sa croissance sportive a besoin d’un certain nombre d’heures de match pour être régulier. A ce niveau, l’offre est quasi inexistante. Du coup l’enfant saute des étapes sportives. Sans faire réellement ses classes en minimes, cadets il est junior et le voilà qui frappe à la porte des A ! Ce joueur a beau être pris en charge en mode surdosage de travail pour compenser ses manques il ne comblera pas tous les déficits. Et sur le marché international des joueurs, le produit made in Burkina ne trouve pas d’acquéreur. Et pour ne pas faciliter les choses, l’aile des agents de joueurs burkinabè ne sait pas placer les joueurs pour ne pas dire manque de débouchés. Un agent de joueur n’est pas qu’un simple commerçant, un vendeur de joueurs. C’est un acteur important du développement et de la promotion du football dans un pays. Plus que ça, c’est un décideur. Un ami journaliste Français m’a un jour dit que le Burkina n’a pas encore compris que le joueur se forme, se construit et se fabrique. En expliquant, j’ai bien compris que notre pays se loupe encore à la dernière phase, « se fabrique un joueur ». En effet, et selon ses explications, certaines fois, les agents de joueurs parviennent à relancer leur joueur en difficulté. La stratégie est simple. De complicité avec un journaliste sportif, l’agent en question fait publier une information selon laquelle tel joueur que l’entraineur met sur le banc est suivi par tel club qui dépêche un superviseur pour le voir à tel match. Ce n’est pas vrai, mais cette fausse information va provoquer un regain d’intérêt à tous les étages pour le joueur concerné. Déjà lui-même en manque de confiance va se dire « mais si des clubs me veulent c’est que je suis bon ». Alors il retrouve un bon mental. Et son coach, en lisant cette information va se dire si un autre collègue à lui apprécie bien le joueur que lui juge non performant peut-être que son évaluation à lui n’est pas si bonne. En se remettant en cause, il va apprécier autrement son joueur et lui donner une chance pour bien le voir. Et du fait que le joueur lui-même a retrouvé sa confiance, en général il parvient à montrer autre chose. Ce n’est qu’un exemple de comment les agents peuvent agir sur la vie d’une équipe en faveur de leur poulain. Le Burkina dispose-t-il d’un agent capable d’assurer un tel service après-vente ? Nous en doutons. Une certitude, le football est devenu un enjeu dont les ramifications vont au-delà du courir taper et sauter. Pour construire le football national, le Burkina doit s’équiper de plusieurs outils. Peut-être la contreperformance des Etalons va nous réveiller. Car nous avons la faiblesse de croire que les choses sont si faciles. Nos deux exploits en phases finale de CAN, au lieu de servir de rampe de lancement nous a plombé dans une forme d’auto satisfaction, un état narcissique. Il ne suffit pas de s’appeler Etalons pour être à tous les rendez-vous de la CAN. Plus d’un Burkinabè, même les Etalons à l’issue de la composition des poules de ces éliminatoires n’osaient envisager un tel scénario pour le Burkina. Personne ! Angola, Botswana, Mauritanie et Burkina dans le même groupe pour 2 tickets à prendre. Comment les Etalons peuvent-ils se louper ? Impossible. Après tout on a été 3e à la CAN passé. Et là, il fallait être parmi les 16 meilleures Nations de foot. A présent, la CAN passe à 24 et les Etalons vont être absents ? Non inimaginable. On s’est vu un peu trop beau. En sport, ça ne pardonne pas. Mais comme aimait à dire un de mes entraîneurs quand son joueur prend un violent coup et se tord de douleur : « c’est dans la douleur qu’on apprend ». Si le Burkina ne parvient pas à aller à la CAN, la douleur sera immense. La leçon aussi !

J J TRAORE


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