Lutte contre le terrorisme dans la zone forestière de l’Est-Burkina : Une gesticulation illisible des Etats riverains

Publié le mercredi 19 décembre 2018

Réunis à Ouagadougou, il y a peu de temps, les quatre pays dont les frontières bordent la zone forestière à l’est du Burkina (Niger, Bénin, Burkina Faso, Togo) ont décidé de mutualiser et de coordonner leurs armées pour lutter contre les terroristes qui, depuis un certain temps maintenant, y ont pris pied. Mais à peine la réunion terminée, on constate que c’est en ordre dispersé que la lutte continue de se faire. Un peu comme si rien n’avait été. Or, ce faisant, tout le monde en sortira perdant. Et cela scellerait l’hégémonie des terroristes qui feront de la zone leur sanctuaire, pour longtemps encore.

Le 17 octobre dernier, les ministres de la défense, de la sécurité et des affaires étrangères du Bénin, du Togo, du Niger et du Burkina Faso se sont rencontrés à Ouagadougou.
Objectif : empêcher les terroristes de s’incruster dans la zone forestière partagée par ces quatre pays dans l’est du Burkina où les djihadistes sahéliens se sont maintenant déportés. Si on se réunit, avait expliqué le ministre Alpha Barry, « c’est pour passer à une phase active de lutte contre le fléau, la menace (…) est déjà réelle dans la zone ». Il s’est donc agi, dans cette réunion des quatre Etats, de proposer des solutions pour les y déloger. Depuis plusieurs mois, en effet, ces derniers tentent de s’y installer. Or, le contrôle de cette zone frontalière luxuriante est un enjeu crucial non seulement pour la sécurité de ces quatre pays mais aussi pour leurs économies. Aussi, le quatuor d’Etats a-t-il décidé de mener dans les semaines à venir - car le temps presse - des opérations militaires conjointes de part et d’autre de leurs différentes frontières.
En toute diligence, ils ont proposé, pour cela, que leurs spécialistes de la défense et de la sécurité se retrouvent, aussitôt après cette réunion des politiques, pour planifier ces opérations conjointes. On ne pouvait donc que saluer cette nécessaire mutualisation des forces armées des Etats riverains du parc du W, seule à même de combattre efficacement les terroristes qui sont sans frontière.

Une mutualisation des forces annoncées mais suivie d’une action en ordre dispersé

Mais voilà que, moins d’un mois après cette rencontre, on apprend que l’armée nigérienne mène - tenez-vous bien !, en solitaire - une opération à la frontière avec le Burkina Faso depuis le week-end du 3 au 4 novembre. L’objectif de l’opération étant de démanteler des cellules terroristes et qui, plus est, dans le parc du W, commun au Burkina Faso, au Niger et au Bénin. Décidemment, nos Etats disent une chose et font ensuite son contraire. Mais ont-ils déjà jeté aux orties les décisions de Ouagadougou ? Et sans en avoir même esquissé un début de commencement ? Il faut espérer que non, et croire que cette réunion n’aura pas été qu’un simple show médiatique du verbe. Mais on ne peut s’empêcher de constater qu’elle survient déjà sur le tard. Pour des diplomaties avisées, il y a belle lurette que l’esprit de mutualisation devait germer sur cette question ! Ainsi que l’indiquions dans une de nos livraisons précédentes, les sources du terrorisme y sont fort anciennes. Dans tous les cas, ce solitaire du Niger dans une opération de ces forces armées dans le parc du W interroge. A moins que la manœuvre ne procède d’une stratégie dont seules les gouvernances ont la clé ?
Mais il importe surtout de savoir quel dispositif l’état-major des armées du Burkina a pu mettre en place à notre frontière pendant cette opération nigérienne. Dispositif pour empêcher de rééditer ce qui s’était produit au mois de mars-avril dernier, lors de la « chasse à battue » organisée par la même armée nigérienne contre les terroristes sur son territoire. Faute d’avoir posé un dispositif, les rescapés de ces battues, entre autres Al-Saharaoui (leader de l’Etat islamique dans le Grand Sahara) et une partie de ses hommes, avaient pu allègrement passer notre frontière et se réfugier dans l’est de notre pays : dans le Gourma notamment. Et ce groupe n’était peut-être pas le seul à avoir squatté dans le Gourma. Ainsi, Al-Mansour Ag Alkassim, chef d’une faction du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et commandant de la katiba du même nom, tué récemment dans un raid héliporté de la force Barkhane dans la région du Gourma, avec six autres de ses compagnons, dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 novembre dernier.
Ce groupe armé, dont le chef restait mystérieux, opérait d’ordinaire dans le centre du Mali avec un effectif d’environ 50 hommes. Il a pu être repéré à la mi-novembre, lorsqu’un groupe armé terroriste, lourdement armé, a sérieusement attaqué, à Ndaki (une localité située à 200 km environ au sud-ouest de Gao, dans la région du Gourma) deux sections des forces armées maliennes. L’intensité des combat avait été telle que la force Barkhane a été obligée d’intervenir en engageant des hélicoptères d’attaque Tigre, des Mirages 2000 et deux groupes de commandos de Montagne. On s’avisa, par la suite, que les soldats maliens étaient tombés sur un important camp djihadiste ou qu’un chef de premier plan s’y trouvait. La cible fut mise en surveillance par un drone, en altitude. Repéré et identifié comme tel, dans la même région du Gourma, Barkhane a alors déclenché son raid du 11 novembre qui ne leur a laissé aucune chance. Ce groupe privilégiait « l’affrontement indirect, en ayant recours au piégeage ou au minage des axes de communications ». L’opération a permis de saisir des armes et des composants servant à la fabrication des bombes artisanales dont le Burkina a tant souffert ces derniers mois.

Nos Etats doivent grandir

En fait, entre novembre 2017 et mars-avril 2018, la pression exercée par les différentes forces militaires était tellement forte sur les sanctuaires traditionnels des terroristes (nord Mali, centre Mali et Sahara) que cela a obligé plusieurs de ces groupes armés terroristes à se replier dans le continuum du no man’s land forestier du Gourma. Parmi ces forces anti-terroristes, il y a notamment Barkhane mais aussi le G5 Sahel, la MINUSMA, les FAMA, les groupes d’auto-défense maliens, les forces armées nigériennes et, enfin, les forces spéciales américaines, Cette situation nouvelle a engendré, pour le Burkina Faso, une recrudescence des attaques terroristes sur son sol. Et cela dure depuis plusieurs mois maintenant. Au point que les autorités ont dû solliciter à plusieurs reprises la force Barkhane. Notamment à plusieurs fois en quelques jours, et particulièrement le 6 octobre où les Français sont intervenus près de Pama par des tirs de semonces depuis des hélicoptères. Ou encore, bien auparavant, dans la nuit du 3 au 4 octobre où des Mirages français ont dû décoller de Niamey pour opérer une frappe ciblée contre un groupe terroriste dans le nord du Burkina.
Certes, Barkhane se tient prête à soutenir les forces armées du Burkina. Cependant, elle ne peut nous porter à bout de bras tout le temps. Il y a le minimum de ce que nous pouvons faire nous-même, comme la pose d’un dispositif dans l’est et au bon moment. D’autant que faute de l’avoir fait une première fois, le pays en a beaucoup souffert. La vision qui consiste à les laisser entrer et à patrouiller ensuite pour les rechercher est un travers déjà connu : beaucoup de nos patrouilles sont tombées sur leurs mines, et on aurait pu éviter qu’ils les posent. Certes, aussi, un dispositif peut être défaillant, sans les moyens logistiques adéquats. En disant cela, nous pensons à la vision qui place les finances au centre de l’action stratégique. Elle n’est peut-être pas canonique (même en ne tenant pas compte que beaucoup d’armées, bien équipées, ont été battues dans l’histoire), parce qu’elle prêche l’inaction, préférant se laisser toujours porter à bout de bras par l’autre, comme seule issue. Or, ceci a un autre nom qui n’est pas très joli. Nos Etats doivent grandir. On avait pensé que l’espèce de G4, né il y a quelques deux mois maintenant à Ouagadougou, et autour de la sécurité de la zone forestière du parc du W, pouvait en constituer un ferment. Hélas, le désordre qui semble d’entrée de jeu s’y instaurer indique qu’on n’est peut-être pas encore dans cette dynamique.

ALS

Amadou Koufa : Un important chef djihadiste tué dans une opération anti-terroriste

Décidemment, la lutte anti-terroriste vole ces derniers temps de succès en succès. Ainsi, après l’élimination du chef de la faction du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, Al-Mansour Ag Alkassim, par la force Barkhane le 11 novembre, c’est au tour du prédicateur Amadou Koufa, chef de la Katiba d’Ansar Dine Macina, de connaitre le même sort. Une mort annoncée ce week-end par les autorités françaises et maliennes.
C’est une nouvelle victoire pour la lutte contre les terroristes dans le Sahel. L’opération a été rondement menée par la force Barkhane et les forces armées maliennes dans la nuit de ce jeudi à vendredi dans le centre du Mali. Elle a permis, en outre, de mettre hors de combat une trentaine de djihadistes dont notamment Djourétou, le chef de base, et Bobala, le chef des opérations.
Amadou Koufa, gravement blessé lors de l’opération, a été transporté par ses proches avant de décéder après. Depuis l’apparition de son groupe, il y a trois ans, les violences intercommunautaires se sont multipliées dans le centre du Mali. Selon l’ONU, ces violences ont fait plus de 500 morts civils depuis le début de cette année. Dans la coalition des djihadistes ayant récemment attaqué la localité malienne de Nara, située au centre, et celle de Fakola au sud, en bonne place figuraient les disciples de ce prêcheur dangereux.
Activement recherché par les forces de sécurité du Mali, il restait introuvable jusqu’à ce qu’il trouve la mort en cette fin novembre. Amadou Koufa était apparu récemment dans une vidéo de propagande djihadiste (diffusée 8 novembre) aux côtés du chef djihadiste du GSIM, Iyad Ag Ghaly, et de l’Algérien Djamel Okacha dit Yahia Aboul Hammam, dirigeant d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.

ALS


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