Kadré est-il vraiment l’homme de la situation pour le CDP ?

Publié le mercredi 19 décembre 2018

Affaibli par la chute de Blaise COMPAORE, son mentor, et en délicatesse avec les nouvelles autorités du pays, le CDP, l’ex- parti au pouvoir, sous la direction de Eddy KOMBOIGO, semble se remettre en ordre de bataille après son 7è congrès de mai 2018.
Mais à dire vrai, si Eddie KOMBOIGO a été réélu face à 18 challengers pour la présidence du parti, dont le plus sérieux fut l’ancien ministre de la Justice, Boureima BADINI, la désignation de celui qui portera les couleurs du parti aux prochaines joutes électorales n’a pour l’instant pas été actée, le parti ne disposant plus de leader naturel après Blaise COMPAORE.
C’est dans cette optique que des militants CDP qui estiment avoir un destin national se mettent en pool position pour rafler la mise. Est de ceux-là Kadré Désiré OUEDRAOGO (KDO), à qui une soixantaine de militants ont fait un « appel à la mobilisation citoyenne » pour l’inviter instamment à se porter candidat CDP à la présidentielle 2020. En clair, on l’invite à se jeter à l’eau, lui qui aime tant les roses et redoutes les épines. Ces grands soutiens à KDO estiment que « la dimension personnelle du candidat est évidemment un facteur décisif dans une élection présidentielle ». C’est vrai, si l’on s’en tient seulement à son cursus scolaire, universitaire et ses états de service aux plans national et international, on peut dire sans risque de se tromper que l’homme a le physique de l’emploi.
Agé de 65 ans et originaire du Sanmatenga, au Centre-Nord du pays, KDO est en effet diplômé de la prestigieuse Ecole des Hautes études commerciales (HEC Paris) et a dans son escarcelle bien d’autres diplômes tout aussi prestigieux de l’Université Paris I Sorbonne. De bons parchemins qui, naturellement, l’ont conduit à une grande destinée au plan de la carrière professionnelle avec, entre autres :
- Vice-gouverneur de la BECEAO
- Premier ministre du Burkina de 1996 à 2000
- Ambassadeur du Burkina à Bruxelles et à l’UE de 2001 à 2012
- Président de la Commission de la CEDEAO de 2012 à 2016
Mais, au-delà de ses états de service, KDO est-il vraiment l’homme de la situation pour amener l’ex-parti au pouvoir à la victoire en 2020 ?
Apprécié par une bonne partie des militants, considéré par plusieurs barons de la galaxie CDP, à commencer par son mentor Blaise COMPAORE lui-même, comme le candidat idéal pour la présidentielle de 2020, KDO n’en reste pas moins un monsieur peu enclin à prendre des risques. Il semble ne vouloir s’engager dans cette lutte que s’il est certain de l’emporter. Il laisse à voir en effet un homme qui ne finit pas de jauger, d’hésiter, de tergiverser, de réfléchir s’il faut y aller ou pas, quand bien même sa candidature à ces joutes de 2020 est portée par le Groupe 33, pourtant déterminé à rassembler des hommes et des femmes acquis au CDP. Ce groupe, on se rappelle, avait porté la candidature de Boureima BADINI pour la conquête de la présidence du parti. Malheureusement pour lui, il fut battu à plate couture par un Eddie KOMBOIGO plus entreprenant, qui faisait bouger les choses et qui ne rechignait pas à la dépense.
En 2015 déjà, après des appels du pied à se jeter à l’eau, KDO n’avait toujours pas fini de résoudre le doute qui l’habitait pour, en fin de compte, se résigner à rester scotcher à son poste de président de la CEDEAO. On se souvient qu’à l’époque déjà, cet acte de candidature sur le tard avait provoqué un débat interne nourri au sein du CDP et Eddie, qui s’était déjà positionné, avait catégoriquement refusé de céder sa place de candidat à qui que ce soit, fût-il KDO, jusqu’à ce que le Conseil constitutionnel invalide, le 29 août 2015, plusieurs candidatures, dont la sienne. On se souvient également qu’en début septembre 2018, après avoir observé la présidentielle au Mali, l’ex-président de la CEDEAO avait fait une halte sur les bords de la lagune EBRIE où il était venu dire en haute et intelligible voix au père fondateur du CDP, Blaise COMPAORE, son intention de se porter candidat à la présidentielle 2020.
Mais, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette intention affichée de l’ex-PM arrive sur le tard. En effet, après la candidature du président Roch KABORE et celle de Zéphirin DIABRE qui coulent de source, au CDP c’est sans conteste Eddie qui, depuis, n’a jamais fait mystère de son intention de se porter candidat sous la bannière de l’ex-parti au pouvoir. Et ces nombreux tee-shirts estampillés “Eddie 2020“ lors de ses sorties de terrain aux allures de précampagne nous rappellent, s’il en est encore besoin, que l’actuel Président du CDP sera bel et bien candidat, quitte à casser la baraque. En outre, si d’aventure le choix des premiers responsables du parti se portait sur un nom autre que le sien, la probabilité est forte qu’Eddie se fasse adouber par quelques sympathisants et se présente aussi sous les couleurs du CDP.
Si tel était aussi le cas, on ne lui en voudrait pas outre mesure, lui qui s’est tant dépensé au propre comme au figuré pour que ce parti revienne à la vie.
On ne peut suer sang et eau pour une cause et laisser quelqu’un d’autre en jouir pleinement des fruits sans s’être, pour autant, décarcassé un tant soit peu !

Oumarou BOLY

Rentrée politique du CDP 2020 en ligne de mire

Le dimanche 18 novembre à Ouagadougou, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) a effectué sa rentrée politique 2018-2019 sous le thème « Face aux défis actuels et futurs, bâtissons un CDP uni, solidaire et conquérant ». Au cours de cette cérémonie, les responsables du parti avec à leur tête, Eddie Komboïgo, et les militants, ont réclamé le retour de Blaise qualifié de ‘salvateur’.

C’est un sévère réquisitoire que le président Eddie Komboïgo a tenu dans son message central contre le régime actuel. Après un standing ovation pour le fondateur du CDP, Blaise Compaoré, Eddie Komboïgo a salué la présence du MPP « pour la première fois » à une activité du CDP. On voyait dans la salle le maire de Ouagadougou qui a pris place loin des représentants des autres partis invités. En réalité, c’était une belle occasion pour Eddie Komboïgo pour livrer sa diatribe de vive voix en face d’un des ténors du régime en place. Il a blâmé le pouvoir pour son incapacité à satisfaire les besoins de la population. Pour lui, la gouvernance du MPP est empreinte d’un « manque de vision, d’un tâtonnement politique et même d’amateurisme ». Il invite alors les responsables du MPP à revenir apprendre à la « maison mère ». Et Eddie Komboïgo de pourfendre le PNDES qu’il qualifie de « pétard mouillé », de « fiasco ». Il brandit et déplore le fait que le pays soit en proie au terrorisme avec comme conséquence des « milliers d’enfants au Nord et à l’Est du pays qui n’iront pas à l’école cette année ». Le président du CDP fustigé la hausse récente des prix des hydrocarbures. Il va même jusqu’à demander au gouvernement Kaba de démissionner. Les militants du affirment haut et fort que la gestion de Blaise Compaoré est meilleure à celle d’aujourd’hui. Mais, il ne faut pas se tromper. Le message ne laisse pas transparaitre un appel au retour de Blaise à la tête du pays. Et pour cause, depuis sa fuite, des mentors du parti ont subitement découvert en eux des capacités de gouverner le Burkina Faso. En témoignent non seulement les tournées de l’actuel président au plan national et international qui démontrent aisément sa volonté de se hisser à la tête du Burkina, mais aussi la guerre intestine qu’on constate entre dignitaires du parti pour le diriger. Conscient que cette belligérance ne peut qu’obstruer leurs victoires politiques, le thème choisi expose clairement les défis à relever : unité, solidarité, victoire. Sur une des banderoles on pouvait y lire en effet : « Structure du CDP à l’étranger, œuvrons à la reconquête du pouvoir en 2020 ». Et pour ce faire, le premier défi à relever est l’union sacrée des militants. Pour prôner cette valeur, le président interpelle les siens à travers l’adage mooré qui dit : « lorsque la pluie vous bat, évitez de vous battre vous-mêmes ». Il a longuement insisté sur la nécessité d’assoir l’union et la cohésion dans toutes les instances du parti. « La liberté d’expression et la divergence d’opinion ne doivent pas être source de division entre membres du parti », a-t-il martelé. Le second défi interne, c’est d’établir une forte solidarité devant même être le socle de l’union recherchée entre militants. Une fois les deux premiers assurés, la conquête de nouveaux militants, des victoires électorales et le retour au pouvoir pourront se faire aisément. L’ex-parti qui veut se donner les moyens de sa « conquête » a procédé dans la foulée au lancement de sa WebTV. Une manière de faire un pied de nez et de ravir la vedette en termes de communication politique aux autres formations politiques. Le CDP devient ainsi le premier parti politique au Burkina Faso à s’offrir un outil de communication à la pointe de la technologie. L’objectif, selon M Komboïgo, est de toucher l’ensemble des militants et des Burkinabè de l’intérieur comme de la diaspora. Eddie Komboïgo assure que le parti ira dans tous les coins et recoins du Burkina et hors du pays pour « des actions fortes » afin de requinquer le parti.

Hamidou TRAORE


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