Situation nationale : Quand Blaise hésite à faire face à son destin

Publié le jeudi 6 décembre 2018

Les signaux restent des plus perceptibles : Blaise COMPAORE a le mal du pays et souhaiterait vivement rentrer. Tous ceux qui l’ont rencontré dans son exil ivoirien, ces derniers temps, sont formels sur ce point. En seulement quatre années d’exil volontaire, l’envie irrésistible de revenir parmi les siens semble irrémédiablement avoir eu raison du physique naguère si avenant de celui qu’il était convenu d’appeler « l’enfant terrible de ZINIARE ». Et ses fidèles soutiens dans notre pays semblent s’être passé le mot d’ordre, en occupant l’espace médiatique, pour mieux faire circuler ce message. Dernier mouvement pro-Blaise à sortir du bois pour mettre sur la place publique cette revendication qui nous paraît hors de saison, le Mouvement pour le retour de Blaise COMPAORE (MPRBC), qui animait le vendredi 26 octobre dernier un point de presse pour dire de vive voix que la place de leur champion n’est nulle part ailleurs qu’au Burkina car, selon eux , « depuis le départ de Blaise COMPAORE, le pays des hommes intègres est englué dans un immobilisme certain dans tous les domaines ». Mais, le coordonnateur de ce mouvement, Mamadou Abdel Kader TRAORE, souhaite ardemment que ce retour du père fondateur du CDP se fasse « dans un climat apaisé fait de paix, de pardon, pour une véritable réconciliation nationale entre les fils et filles du Burkina ». Cependant, ce mouvement n’est point le seul dans cette posture car, avant lui, le CDP lors de son 7è congrès tenu le weekend du 6 mai 2018 à Ouagadougou, embouchait la même trompette et se promettait même « d’entreprendre des démarches pour un retour officiel de l’ancien chef d’Etat ». C’est également la même symphonie qu’a remise au goût du jour l’association dénommée « la G33 dignité » qui, à travers son appel du dimanche 28 octobre à Bobo-Dioulasso, prône le retour de Blaise COMPAORE ainsi que de tous les exilés politiques.
Mais, la question qu’on est en droit de se poser, c’est de savoir quel est le compatriote qui a hermétiquement fermé les frontières afin d’empêcher le tombeur du capitaine SANKARA de rejoindre avec femme, enfant et bagages son Burkina natal !
Les insurgés ont chassé Blaise du pouvoir, mais pas du pays ! Personne ne lui a intimé l’ordre de quitter le pays. Et s’il a fui un certain après-midi du vendredi 31 octobre 2014, c’est nul doute qu’il ne faisait plus confiance à ses hommes du RSP, qui déjà lui avaient tourné le dos en avril 2011. Il semblait désormais se méfier de cette hydre qu’il a mise en place et dont le contrôle lui échappait à l’avenir. Il savait mieux que quiconque qu’en restant parmi ces hommes incontrôlés, il pourrait être victime de “wankage’’ (1). L’homme dont le début de carrière à la tête de l’Etat s’est écrit en lettres de sang, en bon bourreau, craint le couperet.
Alors, que les partisans de l’ex-président ne nous rabâchent pas davantage les oreilles sur son retour. Luc Adolphe TIAO est rentré d’exil sans que la terre ne s’écroule sous ses pas et il vit actuellement en bonne intelligence avec son milieu. Et pourquoi pas Blaise, s’il estime qu’il n’a rien à se reprocher ?
Mais, ce qui ne semble souffrir d’aucun doute, c’est qu’une fois sur le territoire national, il doit faire face à son destin en répondant, à haute et intelligible voix, entre autres, aux questions suivantes de la justice :
- pourquoi et comment Thomas SANKARA et douze de ses compagnons ont été assassinés en cette sombre soirée du jeudi 15 octobre 1987 ?
- pourquoi et comment le commandant JB Boukari LINGANI, le capitaine Henri ZONGO, le commandant Sabyamba KOUNDABA et l’adjudant Anesse GNEGNE ont été froidement exécutés et ensevelis en catimini à KAMBOISSIN après une parodie de procès ?
- pourquoi ?pourquoi ? Pourquoi ?
Celui qui eût à nouer et tenté de dénouer les crises au Libéria, en Sierra Léone, au Niger, au Tchad, au Mali, aura l’idoine occasion de s’exprimer sur cette centaine de morts essaimés dans notre pays lors de ses 27 ans de règne, tout en revisitant dans son for intérieur et à ses dépens l’adage qui dit que : « quand on emprunte le chemin de je m’en fous, on arrive au village de si je savais »
On se souvient qu’en 2009 déjà, lors de sa visite au Ghana, le président Barak OBAMA déclinait sa phrase désormais entrée dans l’histoire disant que l’Afrique n’avait pas besoin d’hommes forts (tels les Blaise COMPAORE et autres), mais d’institutions fortes. Au lieu de s’approprier cette grande sagesse, l’ex-Président du Front populaire n’a pas trouvé mieux à faire que de se rendre à Washington et d’occuper une suite à l’hôtel Méridien Oriental, à un jet de pierre de la Maison blanche, pour répondre à Barak OBAMA à travers un solennel point de presse en répétant à qui veut l’entendre que « sans hommes forts, il n’y a pas d’institutions fortes ». Et en homme fort effectivement, il s’employa à modifier l’article 37 en dépit du concert de désapprobation générale. On connaît la suite.
Ainsi, c’en est fini du pouvoir de cet homme fort qui faisait la pluie et le beau temps. Il est de notoriété publique que lorsqu’un homme d’Etat des pays dits pauvres très endettés est chanté, loué, applaudi par l’Occident, c’est qu’il a déjà trahi son peuple. Mais Blaise COMPAORE pourra-t-il mettre en avant son burkindlim pour venir de lui- même et faire face à son destin ?

Par Boureima DIALLO

1 Wankage, en référence au commandant Daouda Mallam WANKE du Niger qui a fait assassiner le président Baré MAINASSARA lors d’une fusillade nourrie à l’aéroport de Niamey, pour s’emparer du pouvoir d’Etat.


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