La culture en fête malgré tout …

Publié le jeudi 6 décembre 2018

C’est bien connu au Burkina Faso, le dernier trimestre de l’année est généralement émaillé de manifestations culturelles de tout genre. L’année 2018 n’a pas dérogé à cette tradition bien que le pays ait été perturbé par de nombreuses attaques terroristes quasi hebdomadaires, qui ont endeuillé des familles, et ralenti l’activité socio-économique. Salon International de l’artisanat de Ouagagougou (SIAO), Recréâtrales, symposium de sculpture sur granit de Loango, Futur African Visions in Time (Expo itinérante sur le Futur du continent africain, partie de Bayeruth en Allemagne et qui innove avec un concept de rencontre entre artiste et chercheur) ont prouvé si besoin en était, que la culture panse les plaies et permet de résister contre l’obscurantisme. Du 26 octobre au 03 novembre, la plate-forme festival des Récréâtrales, cette rencontre théâtrale internationale qui honore le Burkina Faso, a su « tresser le courage » du côté du quartier Gounghin, sous le parrainage de l’émérite journaliste d’investigation…Norbert Zongo. Ceux qui ont pensé que l’éliminer physiquement entrainerait la disparition de ses idées et de son engagement, ont aujourd’hui le sommeil troublé. L’univers de la presse nationale est de nos jours peuplé de nombreux clones de Norbert, même si le talent et la témérité ne sont pas toujours d’égale mesure.
A Ouaga, les femmes et hommes de théâtres d’Afrique et d’Europe ont bravé les zones rouges sécuritaires pour venir communier avec des populations qui aiment la culture. Ces artistes ne se sont pas contentés de réfléchir entre eux sur leur art, car les résidences artistiques ont été organisées à Gounghin, au sein des cours familiales du quartier de Bougsemtenga. Misant sur la contagion des sentiments, ils ont su donner le courage à ces nombreuses familles qui jouxtent un camp militaire bunkérisé. La culture disions-nous dans un écrit précédent, est un moyen de résistance contre toute forme d’adversité surtout lorsque celles-ci s’attaquent au fondement du vivre-ensemble. Les valeurs culturelles que les communautés ont en partage, la diversité culturelle, sont autant de lieux de tolérance souvent ignorés. Arme redoutable, la culture est autant bouclier qu’arme d’assaut lorsqu’on sait l’utiliser à bon escient. C’est dans cet esprit que les artistes d’Algérie, d’Afrique du Sud, de France, de Martinique, du Mali, de Guinée, des deux Congo, du Gabon, de Côte d’Ivoire… ont tenu à honorer l’invitation d’Aristide Tarnagda, Etienne et les autres. Il peut y avoir un air de fidélité à ce festival qui fêtera bientôt ses vingt ans, mais c’est surtout la volonté « d’aller leur dire qu’aucune menace ne saurait venir à bout de l’expression culturelle ». C’est en cela que le passage du président du Faso sur l’aire du festival à Gounghin est à saluer.
Sur un autre site, en observant les longues files d’attentes aux différentes entrées du SIAO (Du 26 octobre au 4 novembre), on comprend toute l’importance que la culture revêt pour la vie de l’homme au quotidien. Nombreux sont parmi ces visiteurs qui se sont contentés de jouer « aux lèches vitrines » après des heures d’attente sur le bitume chaud. Mais, qu’à cela ne tienne, ils auraient fait leur part de SIAO. Le refrain « y a pas marché ! » dont sont habitués les commerçants est aux antipodes de l’engouement des populations qui ont vite fait de transformer ce salon en foire culturelle populaire. C’est donc aux exposants de comprendre cela et de mettre à la disposition des plus petites bourses des souvenirs du SIAO. Ce Salon a démontré qu’il est avant tout un temple de la diversité culturelle avant d’être un lieu de transactions commerciales. Alors, l’essentiel est d’abord pour eux d’y participer. La présence de 25 pays d’Afrique et d’ailleurs, c’est aussi cet aspect qu’il faut promouvoir pour montrer ce que c’est que la culture et ce qu’elle a comme potentialités qui permet de transcender les différences au-delà des horizons divers. Le détour fait par ces différentes manifestations vise à montrer que la promotion des valeurs culturelles comme moyen de résilience voire de lutte contre toute forme d’extrémisme et d’intolérance doit être une affaire individuelle et communautaire. Cela peut s’avérer plus efficace que de confier sa sécurité à une force régalienne quelle que soit sa puissance de feu. Ce serait comme dans un autre registre « dormir sur la natte de l’autre ». En attendant le cinquantenaire du FESPACO. A bon entendeur… bonnes fêtes !

Ludovic Ouhonyioué KIBORA


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