Opération de salubrité publique à Paspanga : Chasse aux prostituées, dealers de drogue

Publié le jeudi 6 décembre 2018

Outrés de voir leur quartier sombrer dans les vices comme la prostitution, la drogue, l’alcoolisme, etc. et déçus de l’inertie des pouvoirs publics, des jeunes de Paspanga décident d’agir. L’enjeu est de restaurer le blason du quartier qui, jadis, était une référence en termes de valeurs et forçait l’admiration.

Le 9 septembre dernier, au cours de la nuit, aux environs de 22 heures des cris sur l’une des grandes voies du quartier alertent passants et badauds. Pendant que nous tentons de savoir ce qui se passe au niveau de la foule visiblement surchauffée, un jeune manifestement sur les nerfs nous explique les raisons de la cacophonie : « Les jeunes de Paspanga ont décidé de rendre leur quartier propre et respectable. On ne veut plus que Paspanga soit vu comme un quartier de bordel et de toutes les conneries. C’est pour cela que nous jeunes de ce quartier, nous sommes sortis cette nuit pour chasser les prostituées, leurs gros bras, les dealers de drogue et autres ». Effectivement, cette nuit-là, un groupe de jeunes s’est mobilisé pour aller vers les travailleuses du sexe qui s’exhibent à travers les grandes artères du quartier pour leur « dire calmement de quitter Paspanga ». Mais l’opération dérape. Une bagarre éclate. Des ‘’gros bras’’ qui veillent sur la sécurité des filles afin qu’elles ne se fassent pas agresser ou qu’un client après un « commerce » charnel refusent de payer, décident d’affronter les jeunes. L’opération s’étendra alors à ces derniers qui tiennent aussi défendre leur gagne-pain. Devant la détermination des jeunes, les ‘’gros bras’’ battent vite en retraite. Malheureusement pour l’un d’entre eux qui n’a pu prendre la poudre d’escampette à temps, est fait captif. La foule se divise. Une partie veut lui assener des coups en guise de réplique. Car il est reconnu comme celui qui avait, en représailles d’une des sorties des jeunes où il a été tabassé pour les mêmes raisons que ce qui s’est passé ce jour-ci, le ‘’gros bras’’ pour se venger, a piqué à l’aide d’un couteau un jeune aux fesses. Ce loubard aura la chance car, les meneurs du groupe, en toute « lucidité », l’ont extirpé de la foule pour éviter que ce dernier ne soit agressé mortellement par la foule très agitée. L’un des meneurs professe que l’opération ne vise qu’à « assainir leur quartier et non créer un autre phénomène qui est la violence pouvant ôter même des vies ».

Les raisons de la chasse

Il faut rappeler que cette opération n’est pas la première. Pendant plusieurs nuits, les jeunes sortent pour rechercher les prostituées pour leur demander de quitter Paspanga et de ne plus y remettre les pieds dans le but d’exercer leur métier. Et les raisons sont diverses. Pendant que nous cherchions à comprendre ce qui se passe, un autre jeune visiblement ivre de colère s’approche et se lâche : « Figurez-vous quand vous partez quelque part et qu’on vous demande où vous habitez ? Si vous dites à Paspanga, tout le monde se moque de vous. On dit que vous vivez dans un quartier pourri avec des prostituées. Ça fait honte. Et à cause de ça, partout où nous allons, nous avons honte de dire que nous sommes de Paspanga ». Une jeune fille arrache la parole à la volée : « Quand allez à un entretien d’emploi, vous avez peur qu’on demande le nom de votre quartier. Si l’employeur sait que vous êtes de Paspanga, vous pouvez être disqualifiés parce qu’il pensera que vous n’êtes pas une personne sérieuse ». Une autre très remontée d’ajouter : « lorsque vous tapez sur internet ‘Paspanga’, les pages qui s’ouvrent évoque des vices comme la prostitution, les maquis, l’alcool, la drogue, et autres ». Un homme de forte corpulence se déchaine à son tour et se plaint du fait que les filles du quartier ne se trouvent pas d’opportunités pour se marier. « Ça fait plus de 10 ans que je vis dans ce quartier, mais je n’ai pas encore entendu qu’une fille de Paspanga se marie. Personne ne veut d’elle, parce qu’on pense qu’elles sont toutes des prostituées (c’est peut-être exagéré) ». Une voix discordante affirme que la situation est suffisamment grave car les filles du quartier sont de plus en plus entrainées dans la prostitution. En voyant leurs amies avec des motos de grandes marques, se laissent aussi aller dans la prostitution. Pour lui, le mal doit être coupé à la racine. Ne plus voir de prostituée et de proxénète à Paspanga.
Outre, les jeunes se plaignent de l’inaction des autorités à agir contre les acteurs des vices qui détruisent leur quartier malgré leurs multiples démarches. Ils ont un objectif clair à travers ces opérations de «  salubrité publique ». Redorer le blason du quartier qui, historiquement était vu comme l’étendard de la vertu et des valeurs morales. Les actions de ces jeunes produisent des résultats concrets. Depuis leur sorties, les prostituées ont quitté les grandes voies du quartier notamment la Rue des écoles. Elles se sont rabattues vers le Rond-point des Nations Unies. Selon certains jeunes, certaines se sont retrouvées dans l’arrière-cour du maquis ‘La garde Plus’ où les clients peuvent les y rejoindre tranquillement.
On se rappelle, que dame Nianogo Elisabeth s’était jetée dans une bataille contre les proxénètes, les prostituées et les propriétaires de maquis. Dans une démarche citoyenne, elle a saisi la justice afin que le droit s’applique à eux. Bien que certains aient été condamnés, Paspanga continuait dans le vice comme si rien ne s’est passé. Par ailleurs, contrairement à Paspanga, suite à des plaintes de certains citoyens, L’Evénement avait produit un article sur le maquis 3e Millénaire sis dans l’arrondissement 4 de Ouagadougou qui occupait un espace destiné à l’habitation et importunait fortement le voisinage. Le premier adjoint au maire, Ablassé Tiendrébéogo, s’était engagé à le fermer. Nous avons pu vérifier qu’il a tenu parole. A savoir maintenant si l’exemple sera suivi à Paspanga.

Par Hamidou TRAORE


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