Les médias à l’heure du terrorisme

Publié le jeudi 6 décembre 2018

« Je sais Qui Je suis. » Le titre cartonne en ce moment au Burkina Faso. Son auteur Yacouba Isaac Zida, l’homme qu’on ne présente plus au Faso. Nous le savons tous, il, ne va plus au zoo. Par contre il va au Canada. Ah, qu’ils étaient inspirés ces deux rappeurs Askoy et Smarty quand ils parodiaient ce passage du livre de lecture que nous avions tous lu : Zida va au zoo ! Bref, le livre autobiographique de l’ancien premier ministre s’est vendu à la vitesse de l’éclair. Et on en redemande ! Chaque Burkinabè est pressé de savoir à quoi rime le « Je sais Qui Je suis ».
Mais pour donner dans le général, savons-nous qui nous sommes ? Mise à part la date et le lieu de naissance, la nationalité. La question mérite d’être posée. Au-delà des oripeaux, qui sommes-nous vraiment ? A travers cette interrogation, nous voulons parler d’histoire, de culture, et de toutes ces valeurs que nous avons en partage. Quel sentiment d’appartenance à une communauté nationale ? Nous l’avions déjà dit dans un précédent écrit en janvier 2017 : « Pendant longtemps des problèmes liés au référent identitaire se sont posés au Burkina. Malheureusement l’autorité n’a jamais travaillé à leur trouver des solutions idoines. Au contraire, le politique s’en est souvent servi à des buts électoralistes. »
On ne construit pas un vivre ensemble en surfant sur les clivages identitaires. La question terroriste a montré clairement que nous n’avions pas été forgés dans la conscience d’une appartenance à une même communauté nationale. Quand les choses avaient commencé à se gâter dans le septentrion, cette partie de notre pays que l’on appelle le sahel, certains avaient vite fait d’emboucher la trompette de la stigmatisation, espérant confiner le mal dans une région. On était certainement loin de s’imaginer que le mal était plus pernicieux et tentaculaire, à la manière du cancer qui enflamme tout le corps humain si rien n’est fait pour l’endiguer et pour l’éradiquer. Aujourd’hui la métastase a migré du nord-ouest vers l’est, après quelques incursions au centre, elle s’est déportée dans le sud-ouest. Cette évolution éclaire nous oblige à changer d’œillères. Le profil du terroriste, abreuvé à la source de l’extrémisme violent doit nécessairement évoluer. De nouvelles catégories explicatives sont nécessaires pour saisir les causes réelles ainsi que les motivations des acteurs du phénomène qui sont jusque-là insaisissables pour une large part.

« On ne construit pas un vivre ensemble en surfant sur les clivages identitaires. La question terroriste a montré clairement que nous n’avions pas été forgés dans la conscience d’une appartenance à une même communauté nationale »

Les médias, censés contribuer à la formation d’une conscience nationale, ont pendant longtemps versé dans le journalisme de révérence, s’agissant principalement les médias publics. Pendant des décennies, la politique de communication publique n’a pas réussi à sortir de l’ornière politicienne pour forger un esprit du vivre ensemble. Les médias publics ont été maintenus de gré ou de force dans la tradition des griots du moyen-âge. Quant aux médias privés, les ‘’insoumis’’, ils sont considérés comme des organes à surveiller comme du lait sur le feu avec un Conseil supérieur de l’information puis de la communication conçu davantage comme un instrument de répression bien plus que comme un organe de régulation. On n’a donc pas travaillé à construire cette communauté à laquelle chaque Burkinabè puisse s’identifier et en être fier. Certaines zones se sentaient ainsi exclues ou laissées à leur propre sort, toute chose qui engendre des frustrations. C’est dans ce contexte que surviennent les attaques terroristes en tant que phénomène systémique. Une guerre asymétrique dans laquelle les médias se retrouvent malheureusement mal outillés pour y faire face. Dans cette situation complexe, où les acteurs politiques et militaires sont eux-mêmes dans le tâtonnement et même parfois dans la confusion et le désarroi, les médias sont sur la corde raide. Le traitement de l’information est devenu un enjeu stratégique à la fois pour les pouvoirs publics et pour les états-majors terroristes. Le journaliste qui se trouve au carrefour d’enjeux concurrentiels et opposés doit toutefois pouvoir travailler à informer son public sans concession aucune à la propagande d’où qu’elle vienne. Il va sans dire que pour réussir ce pari, il doit avoir des ressorts professionnels et déontologiques solides. C’est cela le vrai défi aujourd’hui, particulièrement dans la conjoncture ô combien difficile que traverse notre pays le Burkina.

Par Basidou KINDA


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