Insécurité au Burkina : Vaincre le terrorisme, c’est d’abord vaincre la peur qu’il inspire(1)

Publié le jeudi 6 décembre 2018

C’est devenu presqu’intenable, ce que vivent nos Forces de défense et de sécurité (FDS), le peuple burkinabè dans son entièreté. Ces méchants croquants que sont les terroristes nous harcèlent de toute part, n’offrant pas la moindre minute de répit. Leur objectif est on ne peut plus clair : briser l’épine dorsale de ce que nous croyons, nous faire douter de nous-mêmes, de notre nation, nous faire regretter l’ancien régime qui semblait œuvrer main dans la main avec cette hydre. Mais, plus que jamais, vaincre le terrorisme c’est d’abord vaincre la peur qu’il engendre.
Dans la lutte contre le terrorisme, il faut bien sûr savoir porter des coups, ce qui est de la responsabilité de l’armée et de la Justice, mais aussi en encaisser. Si après les attentats monstrueux, notre société reste stoïque, sereine, indomptable et montre à la face du monde qu’elle n’est pas ébranlée en dépit du carnage subi, nul doute que cela aura un effet dissuasif. Cependant, au moindre attentat, si on sombre dans la psychose, le délire, l’angoisse permanente, la panique bleue avec en prime une discorde nationale, ce sera une invitation à frapper plus fort et de manière plus cadencée. C’est dire que la cohésion nationale reste la première réponse face au terrorisme dont la violence n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour nous diviser, nous fragiliser, nous épuiser sur le plan moral, nous détruire physiquement.
Dans notre âpre lutte contre ce mal, les réseaux sociaux ne sont pas notre fidèle allié et la preuve est faite qu’ici aussi, les médias mettent plus en avant le fameux modèle journalistique qui veut qu’on s’intéresse aux trains qui arrivent en retard plutôt que ceux qui pointent à l’heure. Ainsi, certains confrères ont cette fâcheuse tendance à prioriser dans leurs papiers les défaites des forces de défense et de sécurité plutôt que leur victoire. Et pourtant ici, nous devons plutôt changer de paradigme car le vivre ensemble est mis à rude épreuve et la nation est en danger. C’est à croire que certains hommes de médias sont des succédanés des terroristes, car quand bien même on étendrait des carcasses de terroristes abattus, il s’en trouverait des confrères qui nageraient dans un scepticisme de mauvais aloi, cherchant des preuves pour y croire. Nous sommes en guerre et cette guerre ne se gagne pas seulement sur le terrain des opérations, elle se gagne également à travers notre manière de communiquer, notre comportement, toute chose qui montre notre inébranlable volonté à briser du terroriste. Nous ne doutons pas que dans cette lutte, quelques innocents pourraient passer à la trappe. Et c’est le lieu de rappeler que nos militaires se doivent de respecter les droits de l’homme en ne tirant pas sur tout ce qui bouge, du moins tout ce qui s’apparente à du terroriste d’accoutrement, pour faire le moins de victimes collatérales possibles.

Dans notre âpre lutte contre ce mal, les réseaux sociaux ne sont pas notre fidèle allié et la preuve est faite qu’ici aussi, les médias mettent plus en avant le fameux modèle journalistique qui veut qu’on s’intéresse aux trains qui arrivent en retard plutôt que ceux qui pointent à l’heure »

Sans fouler aux pieds les règles minimales de leur métier, les hommes de médias se doivent de se ranger sans fioritures du côté des FDS, du peuple, car tout traitement sensationnel ne contribuerait qu’à faire l’apologie du terrorisme.
Fins psychologues, les terroristes le sont assurément. Eux qui cherchent à impacter les esprits pour mieux les manipuler, savent mieux que personne que le talon d’Achille de nos sociétés africaines, c’est la peur de la mort. En surfant sur ce registre de massacres atroces, ils nous poussent à perdre la tête, à nous diviser, à trouver des boucs émissaires en notre sein. Et ce ne sont pas les spécialistes du cerveau qui diront le contraire, eux qui ont découvert que les émotions sont un composant essentiel du raisonnement et que la peur de la mort nous conduit bien de fois à des actes irrationnels. L’ancienne génération a vécu avec la peur d’une guerre nucléaire, puis ce fut la peur bleue du communisme et du fascisme. Aujourd’hui, dans la quasi-totalité des sociétés, c’est le terrorisme qui nous fait trembler de toutes nos carcasses.
Plus de 45 ans après les premières attaques terroristes en Europe et 17 ans depuis les attaques spectaculaires à New York et à Washington, les vagues de terreur se poursuivent partout dans le monde. Et notons qu’en dépit de leurs moyens militaires, de leurs considérables ressources financières, leurs services de renseignements presqu’inégalables à l’échelle du globe, il a fallu 10 longues années aux Américains pour mettre le grappin sur Ben Laden. C’est dire qu’après seulement quelques trois années de lutte, nulle question de céder au découragement n

Boureima DIALLO

1 Le titre est emprunté à Nicolas Henin, journaliste,
spécialiste du terrorisme


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