Procès du putsch : Léonce, Hermann et les 50 millions

Publié le jeudi 6 décembre 2018

C’est connu. Les 50 millions sont venus de la Côte d’Ivoire, le 20 septembre 2015, à bord de l’hélicoptère militaire qui a amené le matériel de maintien d’ordre. Mais le mystère demeure quant aux donateurs et ce à quoi ils ont véritablement servi.

Le parquet militaire a tenté de percer le mystère. Mais sans toutefois réussir. La partie civile aussi. Ils savent tous que les 50 millions sont venus de la Côte d’Ivoire, à bord du même hélicoptère militaire qui transportait le matériel de maintien d’ordre pour les putschistes. Cependant, qui en sont les donateurs ? Et à quoi cet argent a véritablement servi ? Ce sont les deux questions sur lesquels la tension a par moment monté entre les parties au procès. En l’occurrence, le ministère public qui accuse et la partie civile d’un côté, et la défense de l’autre.
Léonce Koné a soutenu que les 50 millions sont le résultat d’une collecte de fonds entre amis, vivant en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays de la sous-région. Hermann Yaméogo, accusé de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et de coups et blessures volontaires sur 42 personnes, tout comme lui, confirme ses propos. Selon son récit à la barre, après l’insurrection de fin octobre 2014, il était convenu de trouver des financements. Des relations sont nouées à l’étranger. Et la campagne de levée de fonds lancée. L’argent collecté devait servir à financer les activités politiques du Front républicain. Né au lendemain de la chute de Blaise Compaoré, ce regroupement de partis politiques de l’ancienne mouvance présidentielle réclamait leur droit à participer aux élections de 2015. Surtout que la loi d’avril 2015, dite loi Shérif, les excluait de la compétition. 15 millions sont ses propres ressources qu’il avait gardées à l’étranger. 20 millions ont été remis au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). 5 millions aux autres partis du Front républicain. Le reste a été gardé par Réné Emile Kaboré, en sa qualité de trésorier. Ce dernier est actuellement en fuite hors du pays.
Mais Me Farama, avocat de la partie civile a soutenu le contraire. Se référant aux éléments du dossier, il a fait remarquer que les 50 millions ont été remis à l’ancienne mouvance présidentielle par le général de division, Vagondo Diomandé. Celui-ci n’est personne d’autre que le chef d’Etat-major particulier du président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara.
Si l’argent est le fruit d’une collecte, pourquoi c’est le général Diomandé qui l’expédie ? Etait-il au courant de la collecte ? Pourquoi l’argent a été envoyé au même moment que le matériel de maintien d’ordre remis également par le général Diomandé ?
La venue de l’argent, intervenue pendant la période du putsch n’est qu’une coïncidence, a répondu le deuxième vice-président du CDP au moment des faits. Mais quand le parquet a voulu connaître les noms des donateurs, il a refusé catégoriquement de les citer. Cependant, Il ne cache pas sa fierté d’avoir soutenu le Conseil national de la démocratie (CND) que présidait le général de brigade, Gilbert Diendéré. « Nous avons approuvé le changement de régime car la transition était arrivée à des dérives en nous empêchant de participer aux élections », a-t-il, déclaré devant les juges, soutenant que c’est son opinion politique. Toutefois, il nie deux faits. La première c’est son implication et celle de son parti politique, le CDP, dans le déclenchement du putsch. La seconde est la mobilisation de manifestants et le lancement d’une campagne médiatique sur les réseaux sociaux, avec les 50 millions, pour soutenir le putsch.
Hermann Yaméogo, lui a justifié son soutien au CND parce qu’il militait pour l’inclusion. « Nous avons soutenu un régime putschiste qui venait réparer des choses abominables. La transition m’a fait du mal, elle a fait du mal au pays », a-t-il déclaré. Puis de préciser : « Applaudir un coup d’État salvateur relève de mes opinions politiques pour lesquelles on ne peut pas me condamner ».

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Le sermon final de Léonce Koné

Des remords, des conjurations mais aussi des pics aux tenants du pouvoir actuel. Léonce Koné a ouvert son cœur dès la fin de son audition à la barre de la chambre de première instance du tribunal militaire, le 19 octobre 2018. Nous vous proposons un extrait.

« ...Je me souviens que le Président Macky Sall, en quittant le Burkina après ses efforts de médiation de 2015, avait dit en s’adressant à l’ensemble des protagonistes burkinabè de la crise : « N’allumez pas un feu que vous ne saurez pas éteindre ». Cet avertissement vaut encore aujourd’hui, parce que les germes de la violence existent encore. Ils sont nourris par les divisions, l’intolérance, l’hystérisation du débat politique, la manipulation des processus politiques…
Autant vous le dire tout de suite, je n’attends pas du régime du MPP qu’il réalise la réconciliation. Toutes les déclarations que les dirigeants actuels ont faites à ce sujet montrent que cela ne les intéresse pas. Ils n’en comprennent pas la nécessité. Ils ne semblent obnubilés que par la perpétuation de leur maintien au pouvoir. Pour eux, la réconciliation veut dire qu’ils vont faire condamner quelques-uns de leurs adversaires politiques, sans trop se soucier de savoir s’ils sont vraiment coupables des faits dont on les accuse…
Comme de nombreux Burkinabè, j’espère que nous mettrons fin (...) au cycle des vengeances et des règlements de comptes. Se pardonner mutuellement n’est pas un signe de faiblesse, de volonté d’amnésie sur des évènements douloureux. C’est simplement le meilleur moyen de conjurer les divisions, les tensions, les crispations qui minent la cohésion nationale.
Afin que notre pays puisse enfin ouvrir une nouvelle page de sa construction et se consacrer pleinement aux urgences qui l’assaillent : la sécurité des populations burkinabè, la restauration de la souveraineté nationale et de l’intégrité du territoire, le rétablissement d’une économie dynamique, qui offre de vrais espoirs d’une vie meilleure à notre jeunesse. Pour cela nous aurons besoin que les Burkinabè vivent en paix, retrouvent le sens de la fraternité, se sentent à nouveau solidaires et fiers d’affronter ensemble les défis du futur ».


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