Agriculture : « Notre pays a sacrifié le secteur agricole », SYNATRAG

Publié le vendredi 11 mai 2018

Le torchon brule entre les autorités du ministère de l’agriculture et le Syndicat National des Travailleurs de l’Agriculture (SYNATRAG).Ce syndicat longtemps resté à l’écart des remous sociaux monte au créneau pour dire « non » à ce qu’ils appellent exploitation et mal gouvernance de leur maison. Ils ont lancé un mot d’ordre boycottant ainsi toute activité liée à la gestion des intrants et précédant, jusqu’à la satisfaction de leur plateforme revendicative.

Mieux que des mots, les chiffres décrivent la situation alimentaire du pays des hommes intègres. 53,2 % des ménages ruraux agricoles ne seront pas en mesure de couvrir leurs besoins céréaliers avec leur seule production de la présente campagne.
C’est ce que traduisent les résultats définitifs de la campagne agricole 2017/2018. Le bilan céréalier définitif fait ressortir un déficit brut global estimé à 477 448 tonnes, plaçant ainsi 22 provinces en situation déficitaires sur la base du taux de couverture des besoins céréaliers. Pourtant 87% de la population active travaille dans ce domaine. Outrés, les syndicalistes du secteur de l’agriculture trouvent cette situation inadmissible. Ils pointent du doigt la politique agricole.
Pas moins que les autres politiques l’ayant précédé, le PNDES s’adapte mal aux réalités du terrain selon eux. Le secteur est donc obligé de se contenter des projets et programmes à majorité non gouvernementale qui mènent des actions spontanées, disparates et non soutenues sur certaines parties du territoire.

Une paysannerie abandonnée à elle même

Cette situation qui découle de ce que ces travailleurs assimilent à un manque de vision n’est pas sans conséquence sur les agriculteurs. Plus de neuf pauvres sur dix vivent en milieu rural. Ces chiffres sont de l’Enquête multisectorielle continue (EMC) de l’Institut national des statistiques et de la démographie (INSD) de 2014. La même source indique que 57,7% des burkinabè sont alimentairement pauvres. Là encore, 63,7% des personnes qui sont alimentairement pauvres sont concentrées en milieu rural. Même subventionnés, les paysans n’arrivent pas à s’acheter le sac d’engrais à 12000 frs sachant qu’il en faut 3 pour l’hectare. De petits producteurs qui pour manger voient leurs terres bradées au profit des agrobusinessmen qui font leur agriculture à des fins commerciales et s’enrichissent d’avantage. Certains producteurs qui ayant veillé jour et nuit pour produire leurs tomates sont restés impuissants face aux tas de putréfaction de leurs produits parce qu’ils n’ont pas trouvé de soutien. Ainsi exposé à l’insécurité alimentaire, l’avenir du secteur jusqu’à preuve contraire demeure incertain.

Une gestion scabreuse du ministère

Pendant que 98% des activités est menée sur le terrain, 90 à 95 % du budget alloué à la réalisation de ces activités est détenu au niveau central affirme le syndicat. Richard Somé, le secrétaire général poursuit en disant que l’organigramme qui est la référence est bafoué .C’est dire que le ministère manque de gestion vertueuse. Au ministère de l’agriculture on dénonce également des recrutements népotistes. On peut trouver à certains postes techniques et stratégiques, des personnes n’ayant pas les qualifications suffisamment prouvées ; et cela depuis le secrétariat général en passant par les directions centrales et régionales. On y déplore le fait que les techniciens et les cadres du ministère ne soient pas suffisamment valorisés.
Bien que le bénévolat soit interdit dans l’administration publique, ce ministère regorge « un nombre important de bénévoles permanents qui narguent même les titulaires, car ces bénévoles sont des protégés de certaines personnalités du ministère ».

Conditions exécrables de travail

56,4% des employés censés agir sur le terrain et parcourir en moyenne 25km par jour n’ont pas de moto de service à en croire le secrétaire général du syndicat. Là n’est pas le pire ; 80% des 895 motos sont défectueuses. Pendant ce temps, les agents pointent du doigt « les nombreuses sorties aux longs cortèges et budgétivores des autorités débordant de frais de missions », la priorisation des objectifs personnels au détriment des objectifs du ministère. Pendant que leurs revenus mensuels ne couvrent pas leurs besoins élémentaires pour leur survie et celle de leur famille, ces agents doivent financer de leur poche une bonne partie des frais de carburant et de réparation des motos utilisées, à en croire Richard Somé.
Soumis à des obligations de résultats, des techniciens chargés de faire des mesures, des évaluations se retrouvent sans matériel nécessaire à la réalisation de ces données statistiques. Conséquence, sur 53,3% des producteurs qui bénéficient de l’appui conseil des acteurs étatiques et non étatiques, 65,8% d’entre eux sont appuyés par les structures non étatiques : « c’est la preuve que le secteur de l’agriculture n’est pas une priorité du gouvernement » conclura Richard Somé.

Assita SANOU

Plateforme revendicative

- le paiement de la prise en charge issue de l’accord entre le ministère et le syndicat dans le cadre des activités de l’UNPCB ;
- la prise en charge conformément aux textes en vigueur des agents qui participent au conseil de direction provinciale ;
- la construction et sécurisation des magasins de stockage des intrants ;
- l’octroi des ristournes liées à la gestion des intrants et matériels agricoles n

A S


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