La Justice doit protéger la presse !

Publié le vendredi 11 mai 2018

« Plaidoyer pour l’institution d’une immunité des journalistes » C’est le titre d’un écrit du docteur Seydou Dramé sur son profil Facebook il y a quelques jours : « Aucune poursuite ne peut être engagée à l’encontre d’un journaliste professionnel pour avoir diffusé une émission ou publié un article dans un organe d’information publique, métier par lequel il remplit une mission de service public afin que chaque citoyen participe de manière éclairée à la gestion de la vie publique. Tel devrait être le texte qui crée une immunité judiciaire au profit du journaliste professionnel qui, à l’instar du député, n’est efficace qu’indépendant et libre de s’exprimer dans la limite du vérifiable et au nom de l’intérêt public dont il est le serviteur. » Plus loin dans son plaidoyer, le docteur Dramé s’interroge : « Pourquoi donc ce que la loi a accordé à certaines personnes parce qu’elles sont obligées de parler pour remplir leurs fonctions, elle le refuse aux journalistes dont le silence est tout aussi suspect et fautif que les propos jugés diffamatoires ou élogieux ? »
Ces propos ont été vite traités de fantaisiste par nombre d’internautes qui pointaient par contre le manque de professionnalisme des journalistes ou encore ces « brebis galeuses » dans la profession toujours promptes à trainer dans la boue l’honneur de citoyens ‘’honnêtes’’. Ils trouvent inadmissible cette « impunité » que le docteur Dramé souhaite qu’on légalise pour les journalistes. Pour ou contre, chacun a affirmé son opinion. Mais à notre humble avis, ce dont les journalistes ont le plus besoin, ici au Burkina, c’est de protection. Et nous estimons que la Justice, plutôt que de regarder la presse en ennemie, doit plutôt la protéger. En le disant, nous ne revendiquons pas pour les journalistes une impunité qui se traduit par la relaxe systématique des journalistes quand ils sont traduits en jugement ! Nous pensons plutôt aux faiblesses de l’institution judiciaire où il manque cruellement des juges spécialisés sur les questions de presse. Les délits de presse sont jugés comme n’importe quel délit. Et pourtant ! En journalisme on parle d’éthique et de déontologie. Ce sont des valeurs qui encadrent la pratique du métier.

« Au moindre faux pas, un journal peut mettre la clé sous le paillasson. Les défenseurs de la liberté de presse et les professionnels parlent de « décisions judiciaires liberticides » (…) Mais comme on le dit, quand bien même la loi est imparfaite, avec des juges avisés on peut rendre des décisions acceptables ! »

Mais il y a une valeur capitale qui met en mouvement le journaliste. C’est celle de l’intérêt général. L’exemple que nous aimons citer c’est celui du journaliste français Dénis Robert qui, dans l’affaire Clearstream (question de blanchiment d’argent) où il est poursuivi pour « recel de vol », le tribunal l’a justifié en indiquant qu’il y avait là un intérêt supérieur qui s’appelle le devoir « d’informer le public sur un sujet d’intérêt général. » Il fut ainsi relaxé. Mais comment découvrir l’intérêt général quant à la base il vous manque la culture des médias qui suppose avant tout une éducation aux médias ? Dans un article d’investigation, il peut bien y avoir des propos et imputations litigieux. Pour autant le journaliste est-il coupable de diffamation ou d’injure ? Faut-il appréhender un délit de presse comme s’il s’agissait d’un QCM en fac d’université ? Le problème est là. Des risques réels pèsent sur nos têtes avec le nouveau régime de la presse. Au moindre faux pas, un journal peut mettre la clé sous le paillasson. Les défenseurs de la liberté de presse et les professionnels parlent de « décisions judiciaires liberticides ». La crainte est bien fondée. Mais comme on le dit, quand bien même la loi est imparfaite, avec des juges avisés on peut rendre des décisions acceptables. Il se trouve aussi que les gens ne prennent pas le temps d’épuiser toutes les voies de recours non contentieuses comme le droit de réponse ou de rectification que leur garantit la loi. Ils saisissent directement le Tribunal qui en principe devrait être le dernier recours. Le juge devrait s’assurer aussi que le plaignant a épuisé toutes les voies de recours avant d’arriver à son niveau. Bien évidemment, nous de la presse devons aussi reconnaître nos erreurs et nous excuser quand il le faut. Cela n’est pas un aveu de faiblesse. Bien au contraire !

Par Basidou KINDA


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