Quand un présumé complot devient un piège pour le Roco

Publié le vendredi 11 mai 2018

Voilà une affaire embarrassante pour le président du Faso. S’il avait accepté de lever la main pour que l’arrestation du colonel Auguste Denise Barry se fasse, c’est sans doute pour ne pas apparaitre comme celui qui empêche les services de sécurité de travailler. Notre scepticisme est bien connu sur la question. Nous l’avions ouvertement exprimé en son temps, au regard de l’absurdité de la thèse du complot imputé au colonel. En effet, devant une situation absurde, on ne peut que marquer surprise et étonnement jusqu’à ce que des éléments probants viennent dissiper notre doute raisonnable. Ces éléments probants ont été promis aux Burkinabè par voie de presse par le premier flic de l’époque, Simon Compaoré. Cette promesse nous a été directement réitérée par le ministre d’Etat quand nous lui avions manifesté notre incrédulité devant les premiers éléments qui ont fondé la décision d’arrêter le colonel Barry. Voilà trois mois que le célèbre inculpé croupit à la MACA et nous n’avons toujours rien de ces preuves qui nous ont été promises. Faut-il considérer comme preuve, l’arrestation de trois civils dont un a été immédiatement mis en liberté provisoire ? Ces arrestations plongent d’ailleurs un peu plus les Burkinabè dans le mystère et le doute. Le mérite de ces arrestations (le seul à nos yeux), c’est peut-être de montrer que le putschiste Barry n’était pas seul. L’opinion publique pourrait ainsi croire que ça bosse dure et même que les choses avancent. Mais il n’est pas sûr que ces prises ont eu un réel effet sur les Burkinabè qui de toute évidence ont besoin de bien plus pour les convaincre. Malheureusement ce que l’on a voulu présenter comme une avancée ne peut cacher les difficultés réelles auxquelles se trouvent confrontés les enquêteurs.

« Les politiques ont compliqué un dossier que le procureur militaire aurait pu traiter sereinement. Il est à présent pris dans un piège où toute décision qu’il viendrait à prendre fera des gorges chaudes. »

La preuve, trois mois après son arrestation, aucun acte de procédure n’est venu confirmer la gravité des allégations portées contre le colonel Barry. Le seul témoin à charge que l’on pourrait qualifier de sérieux, ce pourrait être la déposition du colonel Serge Alain Ouédraogo. Mais là aussi une question sérieuse se pose. Qu’est ce qui prouve que le pandore dit vrai ? Peut-on écarter l’hypothèse d’une machination à laquelle il aurait décidé de collaborer ? Dans cette affaire, les regards des observateurs sérieux commencent à se tourner du côté de l’Agence Nationale du Renseignement, véritable cheville ouvrière de ce qu’il convient d’appeler l’« Affaire Barry ». C’est de là que tout est parti. Les Burkinabè ont le droit de s’interroger sur les réelles motivations de ceux qui ont lancé l’ « Affaire Barry ». On a promis de les en édifier et à la place ils ont eu droit à un silence lourd qui n’est pas synonyme de travail mais plutôt d’embarras.
Le président du Faso a de réels soucis à se faire face au risque de travestissement d’institutions ou de services qui ont pourtant vocation à travailler dans la loyauté et pour la république. L’affaire Barry a de forts relents de règlement de compte. Le Centre d’Etudes Stratégiques en Sécurité qu’il venait de créer avait commencé à engranger des succès. Il a été arrêté au lendemain d’un voyage qu’il a effectué à Paris à l’invitation du G5 Sahel. De toute évidence, il était dans une trajectoire vertueuse qui promettait des résultats intéressants. Cette perspective apparemment ne plaisait pas à tout le monde. Barry pourrait avoir été stoppé dans son envol pour d’autres considérations moins avouables. Les politiques ont compliqué un dossier que le procureur militaire aurait pu traiter sereinement. Il est à présent pris dans un piège où toute décision qu’il viendrait à prendre fera des gorges chaudes.

Par Germain B. Nama


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