Me Ahmed Simozrag : « Le terrorisme, c’est l’anti-jihad »

Publié le vendredi 11 mai 2018

Expulsé de la France depuis 1998 pour faits supposés de terrorisme, Me Ahmed Simozrag vit toujours en résidence surveillée à Ouagadougou. En plus de sa profession d’avocat Me Simozrag est un érudit de la science islamique. Depuis son arrivée à Ouagadougou, il a fondé le Centre Africain de Diffusion Islamique et Scientifique (CADIS) où il enseigne l’Islam. Il a publié plus de 20 livres en 24 ans de vie au Burkina. Il fut l’avocat du Front Islamique du Salut (FIS). Nous avons eu avec lui des échanges à bâton rompu à son domicile ce dimanche 1e avril.

Evé : Vous qui êtes versé dans la science islamique, si on vous demandait de faire une autocritique sur l’Islam en lien avec la violence, le terrorisme ou l’extrémisme violent, que diriez-vous ?
Maitre Simozrag : Au nom de Dieu, le Tout miséricordieux, le Très miséricordieux. L’Islam est aux antipodes de la violence. C’est le contraire de la violence. L’Islam c’est la paix. Déjà, le mot Islam veut dire paix. L’Islam c’est un message de paix. Il y a une multitude de versets du Coran qui recommandent aux musulmans de dialoguer de la meilleure des façons, d’être bon envers leurs semblables, même avec leurs ennemis, de ne pas répondre au mal par le mal. De repousser la violence. De ne pas agresser, de ne pas tuer. Le Coran dit que celui qui tue un homme c’est comme s’il a tué l’humanité entière. Je ne vois pas où se trouve la violence et surtout le terrorisme dans l’Islam. Le terrorisme n’a rien à voir avec l’Islam.

Mais il y a le Jihad ?
Le Jihad est une manière de résister à l’agression. Et là, ce n’est que dans certains cas, pas dans tous les cas. Par exemple ALLAH nous donne l’exemple des deux fils d’Adam dans le Coran. Lorsque l’un a levé sa main pour tuer l’autre, ce dernier lui a répondu : « si tu lèves ta main pour me tuer moi je ne lèverai pas ma main pour te faire du mal ». Cela veut dire que même lorsqu’on est victime d’agression on peut ne pas se défendre et laisser sa défense à Dieu, c’est-à-dire au jour du jugement dernier. Mais il y a aussi la légitime défense et c’est ça le Jihad, ce n’est pas le terrorisme de la manière qu’on connait qui s’attaque aux innocents, aux biens, aux enfants injustement. Ça c’est diabolique, ça n’a rien à voir avec l’Islam. J’ai l’habitude de dire que le terrorisme, c’est l’anti-jihad. On ne peut pas imputer à l’Islam la violence des terroristes.

Qu’est-ce qui peut justifier alors le terrorisme des groupes ou personnes se réclamant de l’Islam ?
En Islam rien ne justifie le recours au terrorisme en s’en prenant aux innocents partout même dans les avions. C’est vrai qu’il y a des injustices, un terrorisme d’Etat comme celui pratiqué par l’Etat d’Israël contre les Palestiniens. Mais cela ne justifie pas une réplique par des massacres. Allez chercher les causes, les raisons ailleurs peut-être dans la politique et non dans l’Islam. Par exemple, en matière de développement, il y a beaucoup d’insuffisances, il y a des inégalités, des injustices partout par exemple des dirigeants de pays qui ont desservis par des infrastructures qui devraient permettre aux populations à la base de mieux vivre. Je pense qu’on doit remédier au terrorisme par une solution à trois D. C’est-à-dire Démocratie, Développement, Dialogue.

Je propose qu’on garde ce point lorsque nous aborderons les solutions. Par ailleurs, les groupes terroristes ne se fondent pas sur les causes que vous venez d’énoncer, ils ont beaucoup plus tendance à s’appuyer sur des versets qu’ils tirent du Coran. Par exemple, le Coran promet de grosses récompenses pour les martyrs au paradis.
(le visage devient grave) Non. Ils se trompent. Ils interprètent mal les versets des martyrs du Jihad. Alors même si ce que vous dites est vrai, pourquoi ils ne considèrent pas le verset (maitre Simozrag récite un verset en arabe et le traduit) qui dit que combattez pour la cause de Dieu ceux qui vous combattent. Et n’agressez pas. Mieux, il y a une panoplie de versets qui interdisent de tuer les innocents. La plupart des terroristes s’en prennent aux innocents. Quand ils tuent un policier ou un gendarme, ce policier ou ce gendarme est dans un combat pour la cause de Dieu puisqu’il est là pour empêcher le vol, le viol, la drogue et toi terroriste tu viens le tuer. Tu deviens un allié de satan, tu es loin du paradis, au contraire Dieu va t’envoyer en enfer. Un policier ou un gendarme, on ne regarde pas sa religion, on regarde plutôt ce qu’il fait. Le policier ou le gendarme a pour rôle d’empêcher le mal de sévir, le mal des voleurs, des gangs, du banditisme. Et toi tu viens le tuer au nom de quoi ? Au nom de l’Islam ? au nom du Jihad ?. Non ! Dieu n’aime pas ça. C’est l’anti-Jihad ça, parce que le policier ou le gendarme est le premier moudjahidine (celui qui agit pour l’intérêt général ndlr). Imaginez un peu un policier qui est en train de gérer un embouteillage et toi tu viens l’abattre, qu’est-ce qui arrive ? Les gens se rentrent dedans. C’est le moindre des exemples.

Qu’est-ce que des gens comme vous qui connaissez bien le Coran et son interprétation peuvent faire pour mettre fin à ce terrorisme pratiqué au nom de l’Islam ?
Il y a seulement l’explication de l’Islam. Si le terrorisme est imputé à l’Islam ça veut dire que cet Islam est mal connu et mal pratiqué... Il faut dialoguer avec les terroristes, il ne faut pas se contenter des expéditions militaires. De la guerre. La guerre ne peut pas mettre fin au terrorisme. Les faits nous le prouvent. Cela fait plusieurs décennies qu’on a seulement recours à la force mais le phénomène ne fait que s’amplifier. Il faut une autre stratégie. Cette stratégie, c’est le dialogue. Moi je suis prêt à rencontrer les chefs des mouvements terroristes pour leur parler. Surtout lorsqu’ils prennent un pays comme le Burkina pour cible. Moi ça me fait mal. On peut recourir aussi à la religion pour traiter le terrorisme. Il faut par exemple moins de péché, il faut un peu de respect vis-à-vis de Dieu, il faut une prise de conscience de la présence de Dieu. Il est là. C’est lui qui dirige. Dieu peut empêcher le terrorisme comme il peut empêcher un tremblement de terre ou des inondations. Dieu laisse un peu faire parce qu’on l’a trop marginalisé.

Est-ce à dire que les érudits musulmans n’ont pas fait ou ne font pas leur travail d’enseignement ?
Ah oui. Ils sont défaillants. Ils doivent expliquer l’Islam par tous les moyens surtout que maintenant il y a internet et les réseaux sociaux, la radio, le portable, etc. S’il y a un rapport entre le terrorisme et l’Islam, c’est bien l’incompréhension de l’Islam. Celui qui crée les conditions du terrorisme est un terroriste. Vous croyez que le paradis c’est facile comme ça ? Tu viens mettre une balle dans la tête de quelqu’un et tu veux aller au paradis. Alors que Dieu a dit : « Dites la vérité émane de votre Seigneur, croira qui voudra et niera qui voudra ». Dieu a créé le monde, il y a des musulmans, il y a des chrétiens, des juifs, des mécréants, des animistes, etc. Il l’a diversifié de manière à éprouver ceux qui méritent le paradis et ceux qui ne le méritent pas. Si tu viens tuer quelqu’un par ce qu’il est mécréant, tu l’as privé des chances de devenir croyant. Peut-être dans les 5 ans ou même 5 minutes avant sa mort. C’est Dieu qui fait les choses, c’est lui qui a tout créé. Il y a des croyants qui ne sont pas musulmans. Il a des gens qui font le bien et qui ne sont pas musulmans, et il y a des gens qui font le mal et qui sont musulmans, c’est le cas des terroristes. Le bien c’est-à-dire l’antiterrorisme c’est donner à manger aux pauvres, soigner les malades, construire des écoles pour enseigner, donner l’aumône, etc. Si les terroristes veulent vraiment aller au paradis, ils n’ont qu’à prendre le contresens du terrorisme. Ils doivent dénoncer le terrorisme, qu’ils fassent du bien à ceux qui combattent le mal comme les policiers et les gendarmes. Ceux-là méritent qu’on leur fasse le bien, qu’on les aide au lieu de les abattre ou les agresser. Le Coran incite à faire le bien, pas le mal. Le terrorisme c’est un mal que le Coran condamne.

En tant qu’érudit musulman, si un jour vous avez devant vous les responsables de tous les groupes terroristes se réclamant de l’Islam, je veux parler par exemple de Daech, Al qaeda, Boko haram, etc, que leur diriez-vous pour les convaincre de cesser leur entreprise de terrorisme ?
Moi j’ai l’envie de les rencontrer. C’est peut être dangereux. Aqmi, Al mourabitoune, tous les groupes terroristes j’ai bien l’envie de les rencontrer pour leur dire que vous êtes dans l’erreur. Vous croyez que Dieu n’est pas capable d’instaurer l’Etat islamique ? Quand Il veut une chose Il dit soit ! Et elle est. Pourquoi faire couler le sang alors que ce n’est pas votre affaire. Pourquoi prendre les armes pour tuer ? Dieu seul sait pourquoi Il a fait les choses. Rendre telle personne croyante et une autre mécréante. Il y a des choses qu’un mécréant fait et qu’un croyant n’arrive pas à faire. C’est ainsi qu’il y a par exemple internet, etc. S’ils étaient tous des musulmans, ils n’auraient pas ces choses. Pourquoi les non musulmans ont créé l’avion et pas les musulmans ? Parce que si les non musulmans étaient musulmans, ils n’auraient pas créé l’avion. Ils se seraient chamaillés entre eux sur la sunna, le chiisme. Au lieu d’avancer dans la science, ils sont en train de se disputer alors que Dieu est au-dessus de tout ça. Dieu veut qu’on dépasse ces zizanies qui sont inutiles. Moi je suis prêt à les rencontrer surtout lorsqu’ils prennent un pays comme le Burkina pour cible. Moi j’aurai souhaité qu’ils amènent des subventions, des écoles ou des hôpitaux. Au lieu de la violence et l’effusion de sang, toutes choses interdites par l’Islam. La drogue, les prises d’otage est-ce que c’est islamique ça ? La prise d’otage est pire qu’un acte de mécréance parce que c’est un acte de vol, d’agression, d’injustice. L’injustice est pire qu’un acte de mécréance. L’injustice, c’est des ténèbres le jour de la résurrection. Tu prends en otage des personnes et tu demandes de l’argent ? C’est pire que quelqu’un qui a couché avec sa mère. Même les anges s’alarment devant un tel acte.

Donc ce n’est pas le paradis qui est destiné à ceux qui se font tuer dans des attentats suicides ?
Non. Jamais. Dieu a décrit les gens du paradis. Il dit les gens du paradis sont des gens modestes qui marchent humblement sur la terre, qui ne tuent pas leurs semblables, qui n’agressent pas, qui ne commettent pas des injustices. On ne peut pas classer ces personnes-là parmi les gens du paradis. Ça ne peut pas se faire. Des gens qui mettent des bombes dans un avion ? Même Satan ne fait pas ça.

Nous avions évoqué tantôt la responsabilité des savants musulmans dans la lutte contre le terrorisme. Depuis 1998 que vous avez été expulsé de France, vous avez écrit plus de 20 livres, le tout expliquant l’Islam. En plus vous avez créé un centre où vous enseignez l’Islam aux jeunes majoritairement composés d’étudiants. Quelles sont les idées maitresses de vos livres et le contenu de vos cours surtout dans un contexte d’extrémisme violent ?
J’indique principalement la finalité de la vie. Dieu nous a créé pour l’adorer. Et j’explique les différentes facettes de l’adoration de Dieu. Ce que Dieu aime et ce qu’Il déteste. Le processus qui a commencé avec le prophète Noé (paix de Dieu sur lui) jusqu’au prophète Mohamed (paix de Dieu sur lui) et tous les prophètes qui sont passés dans ce monde notamment Abraham, Issa (Jésus), Moussa (Moise), etc. Ils ont tous prêché le même message à savoir « Adorer Dieu et ne lui donnez pas d’associer et faites le bien ». Il y a une adoration physique, une adoration morale qui est le fait de contempler l’univers, réfléchir sur la création, les animaux, les étoiles, les planètes, la lune, la terre qui tourne sans cesse, comment Dieu dirige cet univers. Dieu veut qu’on fasse du bien, pas directement à Lui mais à travers ses créatures en soignant les malades, en aidant les nécessiteux, les vieillards, etc. Dans un célèbre hadith (parole du prophète Mohamed), Dieu a dit à une personne, Je suis tombé malade et tu ne m’as pas rendu visite, et cette personne s’étonne et demande : oh Dieu comment pourrai-je rendre visite au Seigneur. Dieu lui dit mon serviteur un tel est tombé malade et tu ne lui as pas rendu visite, si tu y étais allé, tu m’aurais trouvé à côté de lui… J’ai eu faim et tu ne m’as pas donné à manger et ainsi de suite. L’adoration est basée sur le bien. Celui qui fait le mal est perdant dans les deux mondes. Et le terrorisme est un mal. Je conseille aux terroristes d’arrêter cette pratique-là. C’est un mal. Si vous êtes musulman, Dieu vous demande de faire le bien. De ne pas insulter les divinités des autres. Si Dieu interdit au musulman d’insulter même les faux dieux, on ne peut trouver un seul verset qui encourage ou recommande le terrorisme. Cela n’existe pas. Gloire à Dieu ! Moi je connais le Coran par cœur depuis mon enfance et toute ma vie j’ai étudié le Coran. Le Jihad c’est autre chose. Ça n’a rien à voir avec ce que font les terroristes. Le Jihad, c’est par exemple lorsque je suis chez moi et un gang vient prendre d’assaut ma maison, je peux me défendre.

Est-ce que la guéguerre entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, les deux géants du monde sunnite et chiite qui se combattent par des groupes interposés notamment le Hezbollah chez les chiites et l’Etat islamique chez les sunnites. Est-cela n’est pas une cause du péril terroriste ?
Oui. Vous pouvez qualifier ça de terrorisme étatique.

Ces Etats sont les chefs de file des deux grands courants de l’Islam. Donc, il doit avoir un relent religieux ?
Ça n’a rien à voir encore une fois avec l’Islam. Parce que ALLAH a dit dans le Coran : « Ceux qui ont divisé leur religion en sectes, tu ne fais pas partie d’eux ». Ces gens-là ont divisé leur religion en sectes, en clans. La religion est une, il y a un seul Coran, un seul prophète (Mohamed pbasl) qui représente tous les autres prophètes en qui nous croyons. Donc il n’y a pas lieu de se diviser ou de pratiquer le sectarisme. Ils ont dévié et ils sont sortis de la religion, de la ligne du prophète (paix de Dieu sur lui) c’est-à-dire ce qu’on appelle la Sunna.

Vous avez été expulsé depuis 1998 de la France pour des raisons supposées de terrorisme. Cela fera aujourd’hui 24 ans que vous êtes en résidence surveillée loin de votre famille. Quel sentiment vous anime actuellement ?
Voilà le terrorisme. La France m’a écrit dernièrement et elle m’a innocenté. Je vais vous montrer la lettre. Elle m’a dit, on s’est trompé sur votre sujet, on découvre maintenant que vous n’êtes pas terroriste. (Notre interlocuteur nous présente deux lettres datant du 22 mars 2016. Elles font tous cas de l’abrogation de l’arrêté d’expulsion de maitre Simozrag du 9 novembre 1998, ndlr). Ils m’ont assigné pendant 24 ans, les militaires qui étaient avec moi ont vu et ils ont compris. L’histoire témoigne de ce que j’ai fait pendant ces 24 ans. Je ne peux parler de moi. Je ne peux pas dire que je fais le bien, je laisse l’histoire témoigner, venez un vendredi voir les nécessiteux qui viennent chercher des vivres, des médicaments. C’est ce que l’Islam nous demande de faire. Ce n’est pas de tuer ou de blesser ou d’agresser.

Vous êtes toujours là malgré l’abrogation de l’arrêté d’expulsion ? Est-ce à dire que vous ne pouvez toujours pas repartir vivre en France ?
En France, non. Malgré l’abrogation, à cause du terrorisme justement. Je veux parler des attentats au Burkina. Chaque fois que j’ai un rendez-vous à l’ambassade pour le visa, une opération terroriste se produit et les choses retardent.

Quel est votre souhait actuellement ? Retourner en France ?
Ma famille est en France. Je souhaite retourner en France et à partir de là rentrer en Algérie. Je veux rassembler la famille.

Est-ce que l’Etat français va vous indemniser après vous avoir éloigné pendant plusieurs années de votre famille ?
Ça, ce n’est pas à moi de le demander. Pour moi l’argent c’est la saleté de la vie. C’est peut être un moyen. Cependant, il y a mon avocat et ma fille avocate aussi qui vont demander l’indemnisation. Je ne veux même pas m’en occuper et ça ne m’intéresse même pas. Pour moi, rien ne peut compenser les années difficiles que j’ai vécues ici. Rien qu’une sonnerie à 01 heure du matin d’une prostituée qui cherchait son gars parmi les militaires qui étaient chargés de ma surveillance, vous pouvez imaginer des jours difficiles, mais je laisse à Dieu. C’est à Dieu que je demande la récompense. Je ne cherche pas la récompense à travers l’indemnisation. Mais je ne peux pas non plus empêcher ma fille et mon avocat de demander cette indemnisation. J’ai passé des jours difficiles. Je ne pouvais même pas aller en pharmacie pour acheter les médicaments, parce que les militaires ne voulaient même pas. Il y avait trois militaires avec moi qui se relayaient. Mais depuis que le régime de Blaise est tombé je ne suis plus assigné à résidence.

Qu’est-ce qui vous a permis de supporter toutes les difficultés que vous avez encourues ? Quel a été votre secret ?
C’est la foi.

Pas la foi des terroristes ?
(Rires) Non. La foi des terroristes est une foi altérée. Une foi corrompue, fausse. C’est la compréhension du Coran qui m’a permis de tenir. Moi je suis en dialogue avec ALLAH en permanence du matin au soir à travers le Coran. Je sais ce qu’Il veut. Il ne veut pas que je prenne par exemple un pistolet pour aller tuer un de Ses serviteurs. Dieu n’aime pas le mal. Je le dis toujours aux musulmans et je le répète. Quand Jésus dit celui qui te gifle sur une joue tend lui l’autre, c‘est ça le Coran, la suite de ce comportement-là ou de cette parole de Jésus.

La faiblesse étant humaine, est-ce qu’il vous est arrivé un jour ou des fois de vous venger, de vous en prendre à des intérêts français par exemple ?
Ah non ! Jamais, Jamais.

Malgré les difficultés ?
Jamais. Je me venge si je peux en faisant le bien. Moi je souhaite le bien à la France. Je fais miens les malheurs du monde, de la France, de l’Amérique, de l’Algérie, etc. Je ne déteste personne même Israël que tous les arabes détestent. Je comprends. Je n’ai pas la moindre idée de me venger. D’ailleurs, je me venge contre qui ? Contre les innocents ? Contre Charles Pasqua (ministre de l’intérieur de l’époque ndlr) ? Pasqua est mort. Même s’il était vivant, il nous a expulsés en tant que ministre de l’intérieur. Il avait reçu des ordres. Je ne venge pas contre lui.

Est-ce que vous regrettez d’avoir défendu le Front Islamique du Salut (FIS), c’est l’une des causes de votre expulsion ?
J’ai pris une position contre une politique qui a privé le peuple algérien de son choix. Le peuple a choisi ses dirigeants. Et on vient mettre fin à son choix alors que ce choix n’allait pas durer éternellement. C’était pour 5 ans, laissez-les. S’ils réussissent c’est tant mieux, s’ils ne réussissent pas le peuple est là pour les démettre. Au lieu d’annuler ce choix et jeter le pays dans la violence. Le sang a commencé à couler, des centaines de milliers de morts, des camps de concentrations, pourquoi tout ça ? C’est ça j’ai défendu et non le FIS en tant que le FIS. Moi-même, je ne relève pas du FIS n

Entretien réalisé par
Hamidou TRAORE


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