Prêches, attention à la radicalité du discours !

Publié le mercredi 25 avril 2018

Il y a quelques temps, un enregistrement audio a circulé sur les réseaux sociaux, au même moment où l’histoire de la ‘’sécurité islamique’’ à Pouytenga battait son plein. Certains Burkinabè se demandaient pourquoi un tel enregistrement à ce moment précis d’autant que le son datait d’au moins une année. Des informations reçues, ce sont les services de la présidence qui l’avaient transféré en novembre 2017 à la fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) pour identification de l’auteur. L’audio en question est une prêche extrêmement violente contre la gouvernance politique menée par des frères d’autres confessions religieuses. Quand on considère le prêcheur comme une personne qui enseigne des dogmes religieux, il faut craindre l’influence que ses propos extrémistes peuvent exercer sur ses coreligionnaires. Malheureusement comme l’analysent certains érudits de l’Islam au Burkina, « la radicalité dans les prêches ce n’est pas une invention c’est une réalité » dans notre pays. Très souvent par ignorance et/ou par mauvaise compréhension des textes par certains prédicateurs. Tout à fait logique que quand on lit les écrits sans l’intelligence du contexte (parce que c’est cela aussi le problème) on aboutit à des contresens. Le discours religieux se confond au discours politique et le dialogue intra/inter-religieux est ainsi mis à mal. On répond radicalement à ses adversaires de manière interposée à travers radios ou télévisons confessionnelles. Tout cela passe dans ce Burkina et particulièrement à Ouagadougou. Cela pose du même coup le problème du suivi de ces chaines de télés ou stations radios par qui de droit. Pourtant, il faut bien prendre garde. Car comme il est dit, du radicalisme au terrorisme il n’y a qu’un pas.
Ceux qui entretiennent le radicalisme doivent comprendre que nous sommes Burkinabè avant d’appartenir à des religions. Notre djihad doit être le Burkina d’abord. Notre diversité ne doit pas être notre faiblesse mais notre force. Il est de fait absurde de vouloir fondre tout le monde dans la même identité. D’ailleurs, si Dieu lui-même n’incarnait pas la diversité, Il n’allait pas créer diversement les Hommes.

« Dialoguons ! La haine provient de l’ignorance de l’autre. Un rappel : le Prophète Mohamed avait reçu une délégation chrétienne dans la Mosquée de Médine. Un bon exemple du dialogue et de la tolérance intra/ inter-religieux que nous devrions suivre et renforcer absolument. »

Mais encore faut-il que ceux qui tiennent le discours radical dans leur prêche sachent cela. Il y a donc nécessité de trouver les moyens de prévention nécessaire et de contrôle dans l’intérêt du vivre ensemble. Une régulation des prêches s’impose tout autant que la formation des prédicateurs. Un petit souci tout de même, c’est la relative inorganisation de la communauté musulmane et des divergences en son sein. L’Etat étant donc le garant des libertés publiques, il lui appartient de s’assumer pleinement. Il ne faut pas continuer à fuir ses responsabilités sous prétexte que c’est un sujet sensible au risque de donner raison à cette opinion sur la question : « le Burkina aujourd’hui est un volcan qui dort. Un jour ça va exploser. »
Il faut dans cette dynamique d’apaisement encourager une structure comme BLM que dirige notre confrère Ouézen Louis Oulon qui sensibilise sur ces questions du moment. Un séminaire vient de se tenir sous sa houlette (les 28 et 29 mars dernier) autour du thème : « Terrorisme, religion et enjeux sécuritaires ». D’édifiantes communications y ont été prononcées par des personnes hautement qualifiées. Par ces sensibilisations, BLM est parvenu au Mali à faire qu’un imam et un pasteur soient de bons confidents alors qu’auparavant ils ne se parlaient jamais du fait du radicalisme de l’un ou de l’autre. Ils ont fini par comprendre que le meilleur se trouvait dans le juste milieu. Alors dialoguons ! La haine provient de l’ignorance de l’autre. Un rappel : le Prophète Mohamed avait reçu une délégation chrétienne dans la Mosquée de Médine. Un bon exemple du dialogue et de la tolérance intra/ inter-religieux que nous devrions suivre et renforcer absolument.

Par Basidou KINDA


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